Zenaba Ismail est une femme déplacée qui vit sur le site avec son mari et leurs dix enfants. Après avoir fui le village de Sissi, elle prévoit de reconstruire sa vie à Birao. OCHA/Virginie Bero
1.2 Analyse des chocs et de l'impact de la crise
En dépit de l'amélioration relative de la situation sécuritaire et humanitaire dans certaines localités en 2025, une grande partie de la population reste exposée aux chocs et à leurs conséquences.
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De septembre 2023 à août 2025, les acteurs humanitaires ont enregistré au total 280 chocs affectant 372 292 personnes. En comparant les 2 années couvrant la même période ; à savoir entre septembre 2023 et août 2024, 134 chocs affectant 260 647 personnes ont été enregistrés, tandis qu'entre septembre 2024 à août 2025, 146 incidents affectant 111 645 personnes ont été enregistrés. Cela représente une légère augmentation de 9 % des incidents et une baisse significative de 57% de personnes affectées entre les deux années de la même période d'analyse. Les chocs les plus récurrents durant la période d’analyse (septembre 2023 à août 2025) sont liés aux conflits et à l’insécurité (61%), les catastrophes naturelles (30%) et les urgences sanitaires (9%).
Les cinq sous-préfectures les plus affectées sont Ndélé, Bozoum, Batangafo, Nana-Bakassa et Kabo, avec 41% de tous les incidents et 36,6% des personnes touchées. Pour ce qui est des chocs liés aux urgences sanitaires, les acteurs du secteur santé ont confirmé 24 épidémies affectant 198 personnes (sur lesquelles les tests épidémiques sont positifs au laboratoire uniquement dans les districts épidémiques) durant la période d’analyse. Les préfectures les plus affectées sont Bangui (avec huit épidémies confirmées) et Ouham Fafa (avec quatre épidémies confirmées à Batangafo et à Kabo).
La situation sécuritaire volatile, continue d'engendrer des vulnérabilités, des risques de protection et des besoins humanitaires urgents à cause des attaques sporadiques contre des civils et des biens civils, et par des affrontements entre des groupes armés et les Forces armées centrafricaines (FACA), soutenues par d’autres personnels de sécurité.Durant les 24 mois de l’analyse (septembre 2023 à août 2025), 167 incidents liés aux conflits et insécurité ont été enregistrés, touchant 263 321 personnes. Ndélé, Bozoum, Nana Bakassa, Batangafo et Kodi ont été les sous-préfectures les plus affectées au cours de la période considérée, avec 155 922 personnes soit 40% des personnes affectées par les chocs conflits et insécurité. Il existe trois poches d'insécurité majeures en RCA pendant la période analysée, notamment le sud-est, le nord-est et l’ouest.
Le contexte sécuritaire pose des problématiques majeures qui accentuent les besoins de protection, causant les déplacements préventifs de plusieurs milliers de personnes vers des sites de regroupement dans l'ouest, le nord-est et le sud-est. Plusieurs incidents sécuritaires notamment le meurtre d’une trentaine des civils ; l'incendie et destruction de plus de 800 habitations, greniers de semences, et des réserves de vivres ; ont provoqué des déplacements temporaires. Plus de 60 000 personnes dans le Mbomou et haut-Mbomou sont déplacées à Zapai (RDC) en tant que réfugiés en mai 2025 ; plus de 15 000 personnes dans la Vakaga (notamment les sous-préfectures de Am-Dafock et Birao) ; et plus de 21 700 personnes des plusieurs localités des préfectures de Nana-Mambere et l’Ouham Pendé sont déplacés à Bozoum, Bouar, Baoro à Bocaranga.
En outre, ces affrontements récurrents entre acteurs armés, impactent sévèrement la protection des civils, ont conduit à une réduction de l’espace humanitaire — suspensions des , réduit fortement l’accès aux services de prise en charge spécialisés.
De même, la présence des engins explosifs très particulièrement dans l’ouest du pays reste une inquiétude. Dans cette région, l’explosion d’un engin le 11 mars 2025 a tué deux garçons et blessé un autre dans la Sous-préfecture de Bocaranga (Ouham-Pendé). Et récemment dans le Haut Mbomou (sud-est), des incidents liés aux engins explosifs improvisés (EEI) ayant coûté la vie à cinq personnes ont aussi été enregistrés autour de Zémio en juillet 2025. Cela affecte sérieusement l’accès des populations affectées aux services de base, notamment en santé, en protection, en sécurité alimentaire et en eau, hygiène et assainissement (EHA).
L'impact des catastrophes naturelles, en particulier les inondations, engendre le déplacement temporaire, accroît la vulnérabilité et les besoins humanitaires de milliers de personnes. Durant la période sous analyse, les acteurs humanitaires ont enregistré 89 alertes de suite des inondations affectant 108 773 personnes sinistrées dans 38 sous-préfectures. Les sous-préfectures les plus touchées sont Gambo (14 502 personnes soit 13,8%), Bangui-Fleuve (9 446 personnes soit 8,7%), Sido (9 175 personnes soit 8,4%), Ndele (9 022 personnes soit 8,3%), Kabo (5 875 personnes soit 5,4%). Les tendances de l’ampleur et de l’impact des inondations montrent une baisse progressive depuis 2022 : 119 947 personnes affectées en 2022, 84 928 en 2023, 45 926 en 2024, puis une augmentation en 2025 à 55 442 personnes. En parallèle, les perturbations climatiques engendrent les conflits agriculteurs-éleveurs, réduisant la disponibilité alimentaire. En conséquence, l'analyse du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) d'octobre 2025 indique que 1 928 000 personnes sont en situation d'insécurité alimentaire (phase 3+). L’accès à l’eau et à l’assainissement reste limité : seuls 38% des habitants ont accès à une source d’eau améliorée, et à peine 28% en zone rurale.
L'impact néfaste de l'insécurité dans les pays voisins entraîne une détérioration des besoins humanitaires dans certaines régions de la RCA. Au 31 octobre 2025, la RCA accueillait 62 651 réfugiés et demandeurs d'asile (dont 54 187 réfugiés et 8 464 demandeurs d'asile), principalement originaires du Soudan, de la République démocratique du Congo, du Tchad, du Soudan du Sud et du Rwanda.1 Parmi eux, 48% (y compris 12 140 réfugiés soudanais) vivent dans des zones rurales souvent difficiles d'accès, en particulier dans les préfectures de Vakaga, Bamingui-Bangoran, Haute-Kotto, Ouaka, Mbomou et Haut-Mbomou. Par ailleurs, environ 36 024 réfugiés soudanais (dont 84% femmes et enfants) sont désormais recensés (plus de 11 000 arrivés au cours de l’année 2025). Tandis que 3 458 réfugiés tchadiens (1 584 hommes et 1 874 femmes), ont été identifiés à travers l’enregistrement biométrique à Betoko, préfecture de l’Ouham- Pende au troisième trimestre 2025.
En outre, plus de 6 360 Centrafricains qui vivaient comme réfugiés au Darfour, au Soudan, et plus de 6 235 au sud du Tchad sont spontanément retournés en RCA dans des conditions difficiles, alors que les conditions de réintégration restent précaires. Cette dynamique de retours spontanés et la présence des réfugiés exacerbent la vulnérabilité des populations dans les localités d’accueil, déjà confrontées à l’insécurité alimentaire, à l’accès limité aux services sociaux de base (santé, éducation, protection) et aux maladies épidémiques. Ainsi, l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement (EHA), ainsi que la santé deviennent problématiques. De plus, le conflit au Soudan a perturbé l’approvisionnement de plusieurs villes frontalières en RCA entraînant une forte augmentation du prix des produits de première nécessité.
L’insuffisance d’infrastructures sanitaires et du personnel médical, conjuguée aux actes de violence contre les structures, infrastructures et personnel de santé, affecte les capacités d’absorption d’urgences sanitaires.
En 2025, le pays continue de faire face à des épidémies évitables par la vaccination, et qui reviennent de manière cyclique (rougeole, coqueluche, méningite, hépatite virale et rage). D’autre part, le changement climatique en RCA aggrave la transmission de maladies zoonotiques et vectorielles (fièvre jaune, dengue, etc.). Le paludisme est la première cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans, représentant 57% des motifs de consultation, et 31% des causes de décès.
Aux urgences sanitaires, s’ajoute l’insuffisance d’infrastructures et de personnel médical qualifié, notamment dans les zones rurales. Les conflits et l’insécurité dans plusieurs zones du pays impactent l’accessibilité et la fonctionnalité des formations sanitaires. Les affrontements armés entraînent encore la fermeture temporaire de plusieurs centres de santé, privant ainsi les communautés locales d'un accès vital aux soins médicaux. Une évaluation réalisée par l’OMS dans 1 166 structures de santé révèle que seules 998 sont opérationnelles2. Parmi celles-ci, 42% demeurent partiellement accessibles en raison de l’insécurité, de barrières physiques et financières. Le sud-est (Mbomou et Haut-Mbomou) figure parmi les zones les plus affectées. L’occupation répétitive du centre médical de Nzacko par des éléments armés, les attaques contre des agents de santé et les infrastructures sanitaires le long de l’axe Bangassou-Bakouma continue de privé les habitants de ces localités d’accès aux soins.
Cadre d’analyse des besoins et de la sévérité intersectorielle en 2026.
L’ analyse des besoins et la sévérité pour le HNRP 2026 a été basée sur les chocs. Ainsi, le cadre d'analyse du cycle de programme humanitaire (HPC) 2026 s'est concentré sur les 65 sous-préfectures touchées par trois chocs principaux (conflits/insécurité, catastrophes naturelles, en particulier les inondations, et les urgences sanitaires, y compris les épidémies) au cours des 24 derniers mois (septembre 2023 à août 2025), ainsi que les zones où les personnes déplacées et/ou retournées/rapatriées représentent au moins 25% de la population totale de la zone ; et les localités qui accueillent des réfugiés. En raison de la réponse humanitaire limitée en 2025 due à la réduction drastique du financement humanitaire, la période d'analyse a été prolongée de 12 à 24 mois afin de garantir que toutes les populations vulnérables touchées par des chocs ne soient pas laissées pour compte. En conséquence, on estime que 2,3 millions de personnes en RCA auront besoin d'une aide humanitaire en 2026. Cela représente une baisse de 9% du nombre de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire par rapport à 2025.
La méthodologie de hiérarchisation des priorités pour le HNRP 2026 repose sur une priorisation par zone, établie à partir des besoins exprimés par les communautés affectées. Ainsi, la gravité des chocs et des mécanismes d'adaptation communautaires associés à celle des besoins ont servi de base à la définition des priorités opérationnelles par secteur. La médiane des priorités opérationnelles sectorielles a été utilisée pour définir les priorités opérationnelles intersectorielles. Ainsi, les chiffres hyper-prioritaires (0,94 million de personnes) ont été identifiés dans 47 des 65 sous-préfectures couvertes par le HNRP. En 2026, 10 sous-préfectures à savoir Bouca, Kabo, Sido, Ouandja, Birao, Am-Dafock, Yalinga, Zémio, Obo et Bambouti sont en sévérité intersectorielle 4. La réponse humanitaire se concentrera sur l'aide vitale, la protection et les solutions locales, reflétant les réalités actuelles et façonnées par les retours de la communauté.
Priorités, préférences et capacités de la communauté.
En 2025, de nombreux efforts ont été déployés par les acteurs humanitaires pour intégrer les priorités et préférences des populations affectées, aussi bien dans l'analyse des besoins que dans la planification de la réponse humanitaire : 11 149 enquêtes ménages (MSNA) dans 57 sous-préfectures ; 2 160 personnes consultées lors de 270 consultations communautaires dans 135 des 145 communes dans les 65 sous-préfectures dans le cadre d’analyse ; et 4 062 personnes (dont 24% femmes) consultées dans le cadre de la refonte du système humanitaire. Ces consultations ont permis de comprendre les attentes, avis, besoins et préférences des communautés, en fonction de leurs vulnérabilités respectives, y compris sur le genre, la situation de handicap et le statut de déplacement.
Selon la MSNA, les trois besoins prioritaires exprimés par les communautés sont : la nourriture (76%), la santé (62%) et l’eau, l’hygiène et l’assainissement (48%), avec des niveaux encore plus élevés chez les PDI sur les sites (83% pour la nourriture). Pour ce qui est des modalités de réponse, 73% des ménages privilégient l'assistance en cash en raison de la flexibilité et l’autonomie que leur confère cette modalité d'assistance. En outre, les capacités locales reposent sur l’entraide et la solidarité traditionnelle, mais ces stratégies sont affaiblies par la pauvreté et la répétition des crises.
L’accès à l’aide humanitaire demeure limité et inégal.
Seuls 16% des ménages interrogés déclaraient avoir reçu une assistance au cours des 12 derniers mois, avec une forte disparité entre les groupes
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(54 % de PDI sur sites contre 15% des ménages hôtes et PDI en familles d’accueil ; et 20% pour les ménages retournés). La redevabilité et la qualité de l’aide nécessitent des améliorations. 78% des ménages ont dit être satisfaits de l’aide reçue, tandis que 43% ont signalé un manque d’adéquation avec leurs besoins. Plus de la moitié des ménages (56%) estimaient que l’aide humanitaire reçue avait contribué à améliorer leurs conditions de vie. En outre, la moitié des ménages (50%) se sont déclarés satisfaits du comportement des travailleurs humanitaires dans leurs régions, contre 44% qui ont exprimé une insatisfaction. Cette perception variait selon les groupes de population : 66% chez les PDI sur sites, 4 % chez les PDI en familles d’accueil et 50% parmi les ménages hôtes.
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Perspectives et risques humanitaires.
Quatre principaux risques :l’insécurité, les conflits armés et intercommunautaires qu’ils engendrent ; les catastrophes naturelles, principalement les inondations ; les urgences sanitaires ; et le contexte régional sont identifiés comme pouvant directement impacter le contexte humanitaire en 2026.
Bien que le démantèlement de certains groupes armés et la multiplication d’opérations militaires aient contribué à une légère baisse de l’étendue et de l’impact des conflits dans les grandes villes, la violence persiste sur les axes et les localités éloignées. Le risque d’insécurité reste probable avec les mêmes tendances qu’en 2025 en raison de la persistance des violences armées, les tensions intercommunautaires et le danger omniprésent d’engins explosifs.
Les catastrophes naturelles, notamment les inondations récurrentes et la sécheresse localisées dans le nord, continueront de faire déplacer des groupes de population, causant la destruction des maisons et terres cultivées, avec des effets sur la sécurité alimentaire et la santé publique. En outre, la réapparition d'épidémies évitables par la vaccination (Mpox, hépatite virale E, fièvre jaune, rougeole, etc.) et l’insuffisance des capacités sanitaires pour y répondre constituent également un facteur de risque majeur en 2026. Finalement, le conflit au Soudan continuera d’engendrer des retours spontanés et l’arrivée de demandeurs d’asile et de réfugiés, avec un impact multidimensionnel et humanitaire dans les souspréfectures transfrontalières.
Ces risques seront intégrés dans la planification et les interventions en 2026. Les acteurs humanitaires veilleront à disposer de capacités d'intervention d'urgence flexibles dans les zones les plus exposées afin de réduire l'impact de ces risques sur les communautés touchées. Le suivi des besoins et des risques sera assuré par la communauté humanitaire. Les mécanismes d’action anticipatoire devront être activés en cas de crise climatique ou sécuritaire majeure.