Ouahigouya, Nord Region, Burkina Faso: Thanks to CERF funding, this displaced elderly man has been able to resume his goat farm. Credit: OCHA/Pierre Perron
Le cartographie des capacités opérationnelles met en évidence la concentration des acteurs dans les régions du Centre-Nord, du Sahel, du Nord et de l’Est. A l’exception de la Boucle du Mouhoun, il y a une présence bien moindre des acteurs humanitaires dans les autres régions où les besoins humanitaires se sont densifiés ou ont émergé. Une lecture croisée des données disponibles montre aussi que la présence physique des partenaires ne garantit pas la réponse opérationnelle en 2023.
Accès Humanitaire
Dans le contexte opérationnel actuel au Burkina Faso, l’accès humanitaire et la gestion de l’espace humanitaire sont les problématiques centrales. Les partenaires humanitaires sont confrontés à des défis importants en termes d’insécurité ; d’acceptance entravée par la désinformation et la mésinformation (rumeurs) sur le travail humanitaire. Un tel environnement plaide en faveur d’un plaidoyer accru auprès des autorités et d’un engagement communautaire par le biais du dialogue et du renforcement de capacités.
Contraintes d’accès et mauvaise perception des acteurs humanitaires : la mobilité des humanitaires sur les axes routiers, les contrôles irréguliers source d’insécurité, ainsi que les violences contre le personnel et les biens humanitaires - au moins 56 incidents sécuritaires ont impacté les acteurs humanitaires entre janvier et décembre 2023. Ils ont entrainé 4 pertes en vies, 3 blessés et 12 détentions du personnel humanitaire et la destruction des équipements humanitaires. Le transport aérien est devenu un enjeu crucial pour l’acheminement de l’aide et la mobilité du personnel humanitaire notamment dans les zones d’accès difficiles.
Le besoin d'utilisation des escortes militaires sur certains axes a limité l’accès humanitaire. Également, au cours de l’année 2023, il a été observé que la voie aérienne pouvait être aussi restreinte que la voie terrestre pour des raisons d'insécurité, des contraintes administratives, mais également en raison de mesures internes de sécurité liées aux pannes techniques et aux conditions météorologiques changeantes. Il convient d'ajouter que l'utilisation des espaces privés comme héliports, dans certains cas, ont affecté les habitations voisines et ont entraîné des mécontements de la population locale.
En dépit de tous ces défis, le cadre de coordination civilo-militaire (CMCoord), au niveau national et local, est en cours de redynamisation en collaboration avec les autorités. Cela s’est traduit, entre autres, par la reprise effective des réunions CMCoord à Ouagadougou en 2023, le partage d’information et le plaidoyer. Alternatives développées par les acteurs pour mitiger les contraintes d’accès : En termes d’actions liées à l’accès, les acteurs humanitaires ont dû s’adapter progressivement à la situation en développant des stratégies pour atteindre les populations vulnérables. La continuité des actions humanitaires dans certaines zones à forts défis d’accès a été rendue possible par une combinaison de facteurs notamment : la présence de bases humanitaires dans les zones d’insécurité, la disponibilité du réseau téléphonique, la composition des équipes, l’utilisation de transport privé, la présence de relais communautaires, le partenariat avec les structures étatiques locales et l’adaptation des programmes dans le but de limiter au strict nécessaire le transport des intrants, etc.
En outre, de nombreuses alternatives aux convois militaires ont été conditionnées par la présence de l’Etat ainsi que par la présence de relais/volontaires/agents communautaires disposant d’un minimum de qualifications ou de compétences dans le domaine d’intervention. Le renforcement des capacités au niveau local (population hôte et population affectée) est venu soutenir ces efforts. Les défis d’accès ont requis davantage des cadres d’échanges de concertation et d’information entre acteurs humanitaires et acteurs étatiques civils et militaires à travers la CMCoord. Sur le plan logistique également, la communauté humanitaire a dû s’adapter via des services aériens humanitaires, une option qui reste extrêmement coûteuse et limitée ou par l’utilisation spontanée des prestataires privés pour ravitailler les zones d’accès difficile et apporter une réponse humanitaire bien que modeste par rapport à la demande.
Les stratégies d’accès et l'exploitation des opportunités d’accès sont des variables qui font toute la différence dans ce contexte. Il convient donc de privilégier l’engagement communautaire, d’intensifier le partage d’information au sein de la communauté humanitaire dans le but de renforcer le suivi et d’adapter autant que possible les stratégies d’accès. De même, le caractère jeune de la crise humanitaire au Burkina Faso fait du renforcement des capacités de tous les acteurs impliqués dans la réponse humanitaire, une priorité
L’espace humanitaire et le maintien du caractère civil et humanitaire des sites restent un défi majeur pour la communauté humanitaire et les populations déplacées. En 2023, quatre attaques de sites ont été recensées sur l’ensemble du territoire, dont trois dans les régions du Centre-Nord et du Sahel. Ces attaques constituent une grave violation du caractère civil et humanitaire des sites, sachant que plus de 50 % des occupants sont des femmes, et 60 % sont des enfants, incluant des personnes âgées et des personnes handicapées. Cette situation souligne que l’accès et la réponse humanitaire dans les sites peuvent être entravés lorsque ces espaces de protection pour les populations sinistrées subissent des représailles et intimidations. Leur agression peut également entraîner de nouveaux mouvements de populations, fragilisant ainsi leur protection et assistance.
Le non-respect du caractère civil et humanitaire des sites par les acteurs armés entrave ainsi l’aide humanitaire et par ricochet l’application des principes humanitaires. Dans leurs plaidoyers, les clusters Protection et Gestion des sites d'accueil temporaire (GSAT) vont continuer à promouvoir le maintien du caractère civil 1 et humanitaire des sites et espaces similaires afin de garantir la protection de la population et leur accès à l’aide humanitaire. Des partenariats (approche de la localisation) seront établis avec les populations déplacées et les hôtes à travers les comités de PDI/comités mixtes, en première ligne pour qu’elles s’engagent véritablement à garantir le respect du caractère civil et humanitaire des sites.
DORI/RÉGION DU SAHEL
Les élèves jouant dans la cours de l'école.
UNICEF/Amadou Boubacar Cisse
References
Orientations opérationnelles sur le maintien du caractère civil et humanitaire des sites et installations. Aide-mémoire réalisé par le CICR et l’UNHCR, 2018