Central African Republic

Besoins humanitaires et plan de réponse RCA 2025 / Partie 2: Réponse humanitaire

2.6. Coordination et programmation inclusive, de qualité et centrées sur les personnes

La coordination humanitaire pour 2025 se veut flexible et centrée sur les personnes. La convergence opérationnelle et l’interface avec les stratégies complémentaires et les initiatives de développement et de paix aideront à optimiser l'utilisation des ressources. A travers les mécanismes de coordination au niveau national et sous-national, la coordination sera axée sur cinq objectifs :

  1. Assurer une réponse humanitaire cohérente, spécifique au contexte, contribuant à la résilience des communautés et favorisant des résultats concrets en matière de protection;
  2. Assurer une réponse humanitaire inclusive qui ne laisse personne de côté;
  3. Assurer un leadership systématique et prévisible sur l’accès;
  4. Faciliter des solutions durables face aux situations de déplacements prolongés;
  5. Assurer un financement humanitaire catalytique qui a un impact sur la vie des populations affectées.

L’interdépendance des besoins humanitaires et structurels dans plusieurs secteurs impose le renforcement de la réponse multisectorielle intégrant des questions transversales. L’impact humanitaire des chocs accentue les vulnérabilités de protection susceptibles d’affecter l’accès aux services et donc d'accroitre les sévérités (Par exemple, l'insuffisance des services d'eau et d'assainissement accroît la prévalence de la malnutrition et des maladies). Il est primordial de renforcer l’approche multisectorielle et d'intégrer la centralité de la protection à travers une analyse des besoins sensible au genre, de tenir compte de la redevabilité envers les personnes affectées, de promouvoir la localisation, et d'améliorer la protection contre l’exploitation et les abus sexuels.

Les interventions transversales seront encouragées, notamment les programmes EHA dans les écoles et centres de santé (pour lutter contre les maladies hydriques et féco-orales) ; l'intégration des soins de santé dans le paquet minimum d'activités de dépistage d’enfants malnutris ; la fourniture d’une assistance minimum sanitaire en matière de santé reproductive ; la gestion clinique des cas de viol dans les 72 heures et la sensibilisation sur les risques sanitaires dans les écoles et autres lieux d'apprentissage. De plus, tous les clusters renforceront leurs capacités de réponse aux urgences au-delà des approches sectorielles et du mécanisme de réponse rapide (RRM) pour répondre de manière rapide et efficace aux chocs humanitaires. Afin d’offrir plus de flexibilité et de tenir compte des modalités de réponses souhaitées et préférées par les personnes, le transfert en espèces à usages multiples sera encouragé.

La centralité de la protection

La protection est au cœur de la réponse humanitaire en 2025, soutenue par le plan d’action 2024–2025 de l’Equipe humanitaire pays (EHP) sur la centralité de la protection. En effet, à la suite de vastes consultations et conformément aux lignes directrices du Comité permanent inter-organisations (IASC), trois risques prioritaires ont été identifiés par la communauté humanitaire comme nécessitant une action collective et stratégique de la part des membres de l'EHP : (1) L’insécurité et les attaques répandues contre les populations civiles ; (2) les violences basées sur le genre, avec un focus sur les Violences sexuelles liées aux conflits (VSLC) et VBG dans les zones présentant des besoins humanitaires à la suite de chocs) ; et (3) les violations des droits de l'homme ciblant les enfants (avec un accent particulier sur le risque de recrutement d’enfants, leur association aux groupes armés).

Pour veiller au respect des engagements de l’EHP et des différents acteurs, un comité de suivi a été mis en place depuis la validation de la stratégie de protection transversale de l’EHP. Au-delà de ces 3 risques prioritaires, la communauté humanitaire continuera d’évaluer, d'analyser et de prendre des mesures pour prévenir et atténuer tous les autres risques de protection y compris l’identification des personnes à risque : les vulnérabilités spécifiques aux hommes, femmes, filles et garçons, personnes âgées, personnes vivant avec handicap, et les minorités, seront prises en compte. Une attention particulière est accordée au principe « Ne pas nuire », pour s’assurer que les actions entreprises dans le cadre de la réponse humanitaire et de protection, n’aient pas d’effets indésirables sur les populations affectées. En ce sens, les rôles, mandats et moyens d’actions complémentaires de tous les acteurs de protection sont reconnus et seront renforcés, au même titre que l’intégration des personnes affectées dans la planification et la réponse humanitaire.

Accroitre la protection contre les abus et exploitations sexuelles (PEAS)

La communauté humanitaire a réalisé des progrès notables en matière de renforcement de la coordination, de la prévention et de la réponse à l'exploitation et aux abus sexuels (EAS):

  • la création d’un pool d’investigateurs nationaux chargés d'enquêter sur les allégations d’EAS,
  • la mise en place de huit réseaux PEAS sous-nationaux, l’extension du réseau PEAS qui comptabilise désormais 184 membres,
  • la formation de 9 500 personnels/partenaires,
  • la sensibilisation de 1 646 000 membres des communautés sur le PEAS
  • le déploiement de 457 mécanismes sûrs et confidentiels pour le signalement d’allégations d’EAS.

En plus, la PEAS a été renforcée grâce à l’entrée en vigueur du Protocole révisé de partage d'information sur les allégations d'exploitation et abus sexuels, le nouveau code de conduite inter-agences, et deux directives interagences relatives à l’intégration de la PEAS dans la réponse humanitaire. Le long délai d’investigations de cas de EAS, l’inégale répartition géographique des services de prise en charge des victimes et des mécanismes de plaintes sûrs/confidentiels et accessibles, la faible capacité des acteurs locaux en matière de PEAS, restent des défis à surmonter.
Pour y faire face, la stratégie 2025 s’articule autour de quatre actions de référence : l’évaluation interagences des risques d’EAS (IARA) ; l’amélioration de l’efficacité des mécanismes de plaintes et signalement d’allégations d’EAS par les communautés ; le renforcement des mécanismes de coordination au niveau sous national (afin de localiser les actions de sensibilisation, de renforcer les capacités des acteurs humanitaires); l’amélioration des services aux victimes, et la collaboration avec les institutions étatiques.

L’intégration du genre dans la réponse humanitaire

Au-delà des besoins résultant des différents chocs que subissent les populations centrafricaines, les normes socio-culturelles constituent des barrières au plein épanouissement des femmes/filles, y compris à leur participation aux instances décisionnelles et à la planification humanitaire. L'évaluation MSNA 2024 montre que le genre, l'âge et le handicap restent des déterminants clés des risques de protection, et des vulnérabilités des populations impactées par des chocs. Les ménages dirigés par les femmes éprouvent plus de difficultés à faire face aux effets indésirables des crises, et nécessitent des actions ciblées afin de réduire significativement les risques de VBG et les VSLC.

Pour faire face à ces défis, il est nécessaire d’adopter une approche inclusive multisectorielle et de renforcer l'intégration genre dans la programmation de la réponse humanitaire, des solutions durables et du développement. Cette approche permettra non seulement d’atténuer les vulnérabilités des femmes, filles, garçons et hommes, mais aussi d'accroitre la participation de femmes et le leadership des organisations féminines dans l’action humanitaire en RCA. Selon le plan d'action Genre 2024–2025 adopté par l’EHP, la priorité en 2025 consiste à assurer la disponibilité et l’usage systématique des données critiques sur le genre, pour informer les aspects opérationnels. Le Groupe de travail genre dans l’action humanitaire (GTGH) soutiendra l’EHP pour coordonner les questions de genre dans l'action humanitaire, et renforcer l’indicateur genre dans le financement et la réponse humanitaire. Enfin, le GTGH renforcera la capacité des points focaux genre et des organisations locales dirigées par des femmes, afin d'améliorer leur inclusion et participation dans la prise de décisions au sein des structures de coordination humanitaire.

La redevabilité envers les personnes affectées (AAP)

L’engagement communautaire et l’intégration AAP-Cash améliorera l’aspect qualitatif des initiatives de redevabilité envers les personnes affectées à travers le cycle de programmation humanitaire. 14 000 consultations ont eu lieu avec les ménages, et trois fois plus de plaintes et retours ont été collectés et traités entre janvier et novembre 2024 (25 000 plaintes en 2024 contre 7 500 en 2023). 13 ateliers régionaux ont permis l’écoute active de communautés affectées qui ont déterminé leurs vulnérabilités et leurs besoins prioritaires face aux différents types de chocs, ainsi que leurs préférences humanitaires.

Pour 2025, le groupe de travail sur la redevabilité envers les populations affectées (GTAAP) focalisera ses efforts sur l’engagement communautaire pour mieux impliquer les bénéficiaires dans la planification et le suivi des réponses, à travers quatre axes stratégiques :

  1. le renforcement des capacités des acteurs humanitaires et des points focaux AAP sur le terrain;
  2. la mise en place de mécanismes de coordination AAP régionaux;
  3. l’intégration des préférences et des retours des communautés dans les prises de décisions opérationnelles et stratégiques (EHP, et la coordination intersectorielle);
  4. le renforcement des synergies avec le GT-Cash pour la réalisation du baromèstre Cash (enquête de perception auprès des communautés sur le cash dans la réponse humanitaire). Une plateforme numérique sera dédiée à cet effet, et les capacités de collecte/rapportage des comités locaux dédiés à la gestion systématique des plaintes seront aussi renforcées.

La localisation

En plus du plaidoyer auprès des instances décisionnelles, des actions concrètes sur le plan opérationnel permettront de renforcer les acquis de 2024 qui incluent :

  • l’augmentation à 30% des financements directs alloués aux ONGN et ONG féminines par le Fonds humanitaire (contre 4% en 2021 et 20% en 2023);
  • la participation de 153 acteurs nationaux dans la mise à jour de la cartographie initiée en 2023 (hausse de 23% du nombre d’acteurs nationaux, soit 29 nouveaux acteurs).Ces progrès démontrent tout l‘intérêt et l’engagement des acteurs au sein des mécanismes de coordination axés sur la localisation.
  • La représentativité d’acteurs locaux dans les instances opérationnelles et décisionnelles est une réalité au niveau national : deux ONGN dirigées par les femmes participent à la coordination intersectorielle au niveau national, une ONGN membre de la Task-force localisation (TFL) siège à l’EHP, et deux membres de la TFL sont membres du comité consultatif du Fonds humanitaire (FH), organe d’orientation stratégique des financements.

Toutefois, les nouveaux protocoles administratifs à l’échelle nationale constituent encore des obstacles qui alourdissent les efforts consentis (par exemple l’engagement à développer et maintenir les capacités nationales pour un co-leadership permanent dans tous les secteurs).

Pour 2025, la mise en œuvre de la localisation est axée autour de cinq piliers clés de la stratégie 2022-2024, afin de compléter les engagements et

localisation

progrès réalisés par l’équipe humanitaire pays. Cela inclut entre autres : une meilleure cartographie d’initiatives de localisation sur le plan national (spécialement des financements alloués aux ONGN par les bailleurs de fonds, agences des Nations Unies et organisation internationales) ; l’augmentation du financement alloué directement aux ONGN par le FH (conformément à la stratégie localisation du Fonds humanitaire) ; le renforcement des stratégies sectorielles sur la localisation incluant le leadership d’ONGN dans les mécanismes de coordination sectorielle; le renforcement de la localisation au niveau sous-national ; et la promotion de la localisation auprès d’acteurs de développement et de solutions durables. En outre, la participation d’ONGN à la veille humanitaire hors des zones définies par la portée du HNRP sera renforcée au niveau opérationnel.

Nexus et solutions durables

Afin d'apporter une réponse plus appropriée aux personnes touchées par des déplacements prolongés et lorsque l'aide humanitaire risque de maintenir les communautés dans un cercle vicieux, l’équipe humanitaire pays (EHP) s'engagera auprès du gouvernement par l'intermédiaire de son groupe de travail sur les solutions durables, pour amener ces communautés sur la voie de solutions à moyen et long terme. À cet égard, l’EHP plaidera en faveur d'investissements à long terme là où les personnes déplacées ont exprimé le désir de s'installer et/ou de retourner chez elles.

Le plan de réponse humanitaire reste focalisé sur les communautés affectées par les chocs récents, vers lesquels seront orientés les financements humanitaires. Toutefois, les besoins persistent en dehors des zones définies par la portée géographique du HNRP. L’engagement de l’EHP envers le gouvernement et les acteurs de développement mettra en lumière ces zones non ciblées par la réponse humanitaire, pour que soit maintenu les acquis de la réponse humanitaire, et éviter une rechute vers des vulnérabilités accrues. A cette fin, et dans le respect des principes humanitaires, la communauté humanitaire appuiera la mise en œuvre de stratégies orientées vers la promotion de la convergence opérationnelle avec d’autres types d’acteurs (développement et paix).

Accès et coordination civilo-militaire

Face à la diversité d’acteurs, le cadre d’échange entre les humanitaires et les acteurs armés sera maintenu, de même que les initiatives pour la promotion des principes humanitaires, visant à préserver l’espace humanitaire. Le maintien de l’engagement avec les acteurs civils (représentants de l’Etat et responsables des communautés) favorisera la poursuite du plaidoyer pour l’accès des humanitaires aux personnes affectées. Un accent particulier sera mis sur les interactions au niveau local, pour faciliter la conduite d’opérations humanitaires même dans les zones difficiles d’accès. Les actions de renforcement viseront les acteurs civils et militaires et favoriseront une large compréhension du travail des humanitaires et une amélioration de leur acceptation.

Financement humanitaire

Afin d’assurer un financement humanitaire catalytique avec un impact sur le quotidien des personnes affectées, la cartographie des flux de financements permettra d’accroître l'engagement et le financement du secteur privé (grâce à une stratégie de mobilisation des ressources innovante ciblant les donateurs qui ne contribuent pas encore à la réponse humanitaire en RCA). Des mécanismes visant à accroître les synergies de financement inter-agences avec d'autres fonds et donateurs dans le pays sont également envisagés (tout en développant conjointement les capacités des partenaires dans des domaines transversaux spécifiques : la redevabilité, l'âge, le genre et la diversité, en particulier les personnes handicapées).

En soutien aux efforts et engagements visant à promouvoir la localisation, il s'agira de soutenir de manière continue les organisations locales et nationales dans leur recherche de financements directs (par le biais du renforcement des capacités et du mentorat) afin d'augmenter le nombre d'ONG éligibles aux allocations du Fonds humanitaire. De même seront encouragés le renforcement de capacités et la participation des organisations féminines dans les processus d’allocation.

Les allocations se concentreront sur le soutien à l'intégration de thèmes transversaux et à l'inclusivité de la réponse humanitaire. Elles serviront à éliminer les barrières d'accès à l'aide pour les plus vulnérables, en soutenant la mise en œuvre des différentes feuilles de route existantes.