Democratic Republic of the Congo

Besoins Humanitaire et Plan de réponse République Démocratique du Congo 2025 / Part 1 : Besoins humanitaires

1.2 Analyse des chocs, risques et besoins humanitaires selon la méthodologie JIAF

En 2024, la portée géographique de l’analyse des besoins pour la RDC a été définie sur la base d’une analyse des chocs ayant affecté le pays au cours des cinq dernières années. Ceci est un changement important par rapport aux années précédentes où l'analyse des besoins était réalisée sur l'ensemble du pays, sans distinction de la présence ou non de chocs. Tenant compte de la définition retenue d'un choc, tout événement majeur ayant provoqué des crises et perturbé les systèmes ainsi que la vie des personnes vulnérables -, la communauté humanitaire a identifié trois types de chocs en 2024 : les conflits, les aléas climatiques et les chocs sanitaires.

Choc lié aux conflits

En RDC, un choc lié aux conflits est défini comme tout affrontement violent récent ou en cours impliquant deux ou plusieurs acteurs, ayant entraîné le déplacement de populations ou impacté significativement la population locale. Ces chocs sont qualifiés de conflits armés lorsqu'ils impliquent des affrontements entre les FARDC et les GANE ou entre différents GANE. Ces chocs peuvent également être classés comme des conflits intercommunautaires lorsqu'ils concernent des affrontements entre des groupes ou communautés justifiant leurs hostilités par des raisons ethniques, confessionnelles ou territoriales, avec d'autres éléments de conflit à l'origine tels que des litiges fonciers, des troubles politiques, des intérêts économiques ou des activités criminelles.

Dans ce contexte, toutes les zones où il y a, ou où il y a eu (avec un recul de cinq ans) des conflits sont par défaut retenues et donc incluses dans la portée de l’analyse des besoins. Additionnement, les zones impactées secondairement par les conflits (celles qui abritent des déplacés) sont aussi retenues.

Zones avec chocs du fait des conflits armés et conflits intercommunautaire

Choc lié aux aléas climatiques

Les aléas climatiques, et plus spécifiquement les inondations, sont définis dans ce contexte comme des événements climatiques sévères ayant causé le déplacement de populations ou ayant eu un impact significatif sur la population locale. Ces inondations peuvent être de type pluvial (causées par des précipitations excessives) ou fluvial (causées par le débordement des cours d'eau). Les aléas climatiques comprennent également des phénomènes tels que les sécheresses, les tempêtes, et d'autres conditions météorologiques extrêmes qui perturbent la vie des personnes et les systèmes dont elles dépendent.

Dans le contexte de la RDC, il est difficile de prédire avec précision la durée des effets des inondations dans les différentes zones. Toutefois, le choix méthodologique retenu pour définir les zones concernées par les inondations sur une période de cinq années se fonde sur le registre de suivi des alertes d'OCHA concernant les catastrophes naturelles, en particulier les inondations. Plus spécifiquement, les zones retenues dans la portée de l’analyse sont celles qui ont expérimenté un évènement d’inondation avec des personnes sinistrées, sur au moins trois des cinq dernières années (période 2019-2023), selon les registres des alertes de OCHA. L’étude de UNICEF et REACH des zones à risque d’inondations, menée en fin 2023, a aussi été prise en compte pour ajuster l’analyse historique des données de OCHA, ce qui a permis d’intégrer des zones additionnelles dans la portée de l’analyse.

Choc aléas climatiques

Chocs sanitaires

Les chocs sanitaires, dans ce contexte, sont définis comme des événements de santé publique sévères ayant entraîné des impacts significatifs sur la population, au délà de l’augmentation de la mortalité et de la morbidité liée à la maladie en question. Ces chocs incluent des épidémies de maladies infectieuses, des pandémies, ainsi que d'autres crises sanitaires qui perturbent la vie des populations et les systèmes de santé. En 2024, les épidémies de choléra et de mpox ont été considérées comme des chocs sanitaires en RDC.

Épidémie de choléra en dehors des zones humanitaires

En RDC, certaines épidémies de choléra surviennent dans des zones qui ne sont ni en situation de conflit ni touchées par une catastrophe naturelle. Ces épidémies sont considérées comme des chocs sanitaires en raison de leur ampleur, du nombre de personnes affectées et exposées au risque, ainsi que de la complexité de leur prise en charge, liée à la dynamique de transmission. Certains aspects, tels que les facteurs transfrontaliers, notamment dans des provinces comme le Haut-Katanga, aggravent la situation. La dangerosité de ces épidémies est renforcée par un taux de létalité élevé, ainsi que par les perturbations qu’elles engendrent dans les services de santé et au sein des communautés.
Les zones de santé où ces épidémies ont atteint des niveaux épidémiologiques particulièrement sévères en août 2024 sont proposées pour inclusion dans la portée de l’analyse des besoins.

Épidémie de mpox

L'épidémie de la variole simienne (mpox) en RDC constitue un choc sanitaire qui a entraîné une augmentation de la morbidité et de la mortalité liées à la maladie. Les tendances actuelles des cas et des décès signalés en 2024 illustrent des tendances inquiétantes qui ont largement dépassé celles observées en 2023. Comme pour le choléra, les zones de santé où l’épidémie de mpox a atteint des niveaux tels qu’elle provoque une perturbation très importante des systèmes de santé et entraine des impacts additionnels au sein de la population, selon les informations partagées par l’OMS en août 2024, ont également été retenues dans la portée de l’analyse.

Zones avec chocs sanitaires

Portée de l’analyse finale selon la méthodologie du JIAF

En retenant toutes les zones de santé où au moins un des trois chocs identifiés est présent (conflit, inondations, épidémies), on comptabilise 253 zones de santé (sur le total de 519 en RDC) réparties dans 21 provinces. Les résultats de cet exercice sur l’étendue de l’analyse des besoins sont alignés avec la méthodologie et le cadre général du JIAF 2.0, qui encourage une approche basée sur l'impact des chocs, afin de téterminer la portée de l'analyse des besoins.

Alors que la portée de l’analyse a retenu 253 zones de santé en se basant principalement sur des facteurs liés aux crises immédiates (conflits, catastrophes naturelles et chocs sanitaires), l'analyse sectorielle en nutrition a révélé des zones où les indicateurs nutritionnels dépassent les seuils d’urgence. Ces zones, bien que non directement touchées par des chocs soudains, présentent des niveaux alarmants de malnutrition aiguë, justifiant ainsi leur inclusion dans la portée de l'analyse humanitaire. Ainsi, le Cluster Nutrition a identifié 79 zones de santé supplémentaires où la prévalence de la malnutrition aiguë globale (MAG) est égale ou supérieure à 15 %, et où la malnutrition aiguë sévère (MAS) dépasse 5 %. De plus, ces zones de santé sont également classées en phase 4 ou plus selon l'analyse IPC malnutrition aiguë, bien qu'elles ne se trouvent pas dans les zones affectées par les chocs définis dans l’analyse initiale. Cette approche permet de garantir que les besoins nutritionnels critiques qui mettent en péril la vie des populations sont pris en compte dans le cadre de l’évaluation humanitaire.

Étant donné que 2025 marque la première année d'application de la méthodologie JIAF 2.0 en RDC, et en raison de la flexibilité qu'elle offre pour l'analyse des niveaux de sévérité, le Coordonnateur humanitaire a donc décidé d'inclure ces 79 zones de santé supplémentaires. Cela est particulièrement justifié, car les niveaux de malnutrition critique sont directement liés à la survie des enfants. Ainsi, au total, 332 zone de santé ont été retenues dans l’analyse de besoins en RDC en 2024, représentant 64 % du nombre total de zone de santé du pays.

Sévérité intersectorielle

Personnes dans le besoin

En appliquant la méthodologie JIAF 2.0, la sévérité intersectorielle des besoins au niveau des zones de santé a été estimée sur la base de la sévérité des différents clusters. Comme indiqué sur la carte, aucune zone n'a atteint la sévérité maximale de 5 (catastrophique), tandis que 66 zones de santé présentent une sévérité de 4 (critique). Ces zones critiques sont situées dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Tanganyika, ce qui s'explique par une superposition plus marquée des chocs et des vulnérabilités dans ces régions. Par ailleurs, 119 zones de santé ont été classées en sévérité intersectorielle 3. Étant donné que la méthodologie d'estimation de la sévérité a été entièrement révisée cette année, il n'est pas pertinent d'établir une comparaison avec les résultats de 2024.

Le nombre de personnes dans le besoin (“people in need”, PIN) a diminué de 17 % par rapport à 2024, en raison d'une réduction de la portée géographique de l'analyse. En 2024, l'ensemble des 519 zones de santé avait été pris en compte, tandis qu'en 2025, seulement 332 zones de santé (64 % du total) ont été retenues pour l’analyse des besoins et l’estimation de la sévérité et du PIN. Cependant, si l'on compare uniquement les 332 zones de santé retenues en 2025 avec ces mêmes zones en 2024, on observe une augmentation de 20 % du nombre de personnes dans le besoin, ce qui indique une aggravation de la situation humanitaire générale.

Scenarios humanitaires et analyse des risques

L’étendue géographique de la RDC rend difficile une analyse unique des risques communs à l'ensemble du pays et aux différentes crises. Chaque crise et chaque facteur de déstabilisation peuvent évoluer différemment, à des moments distincts, en fonction de la région du pays et de sa situation spécifique au cours de l'année 2025. Néanmoins, certains éléments des différentes crises peuvent être analysés pour éclairer une certaine évolution de la situation.

Risque des conflits armés et violences intercommunautaires.

L'évolution du conflit armé dans l'Est du pays dépendra de la dynamique des affrontements entre la RDC et le Rwanda à travers le M23 et des avancées et reculs des deux parties sur le terrain. Par ailleurs, les actions des dizaines d’autres GANE opérant dans la région risquent d'aggraver la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. L'existence de ces acteurs armés, dotés de structures de commandement et d'une présence géographique variable, ainsi que l'évolution rapide de la dynamique des avancées et revers des acteurs armés sur le terrain, créeront un environnement dans lequel le contrôle territorial par les différents GANE et l’Etat congolais pourra changer régulièrement au cours de 2025. Compte tenu de cette incertitude, une aggravation de la situation humanitaire est à anticiper dans les prochains mois, en particulier en Ituri et au Nord-Kivu, notamment après la prise de contrôle de Goma par le M23.

Dans la province du Sud-Kivu, bien que le déploiement significatif des FARDC et de la PNC en termes d’effectifs soit notable, un défi majeur subsiste : le manque de soutien nécessaire pour assurer leur mobilité et leur réactivité. Cette situation est cruciale pour éviter de créer un vide sécuritaire après le retrait de la MONUSCO en juin 2024. Il existe ainsi un risque considérable d'une avancée accrue des groupes armés en provenance du Nord-Kivu, ainsi que d'une augmentation de leurs activités dans cette province, ce qui aurait des répercussions négatives sur les populations locales.
Bien que l'expansion de certains groupes armés ait déjà été signalée, il demeure difficile d'évaluer l'ampleur de son impact sur la situation humanitaire actuelle. Avant même le départ de la MONUSCO, plus de 90 groupes armés étaient déjà actifs dans la province, ce qui complexifie davantage la situation.
Jusqu'à présent, les équipes d'accès n'ont pas relevé d'impact négatif sur l'accès humanitaire suite au retrait de la MONUSCO. Cependant, il est à noter que la réduction des effectifs d'UNHAS dans la province en 2025, avec un seul hélicoptère opérationnel, limitera les capacités logistiques des vols, notamment vers les Hauts Plateaux.

Ainsi, une résolution durable des causes profondes des conflits dans l'Est de la RDC doit prendre en compte la dimension politique, économique et foncière du conflit armé souvent aussi à l’origine de la violence intercommunautaire. Cela inclut l'élargissement de l'espace politique et civique et l'assurance d'une gouvernance inclusive et efficacement décentralisée. Il est également essentiel de soutenir et de créer des synergies entre les initiatives de médiation et de dialogues politiques locaux et les processus de paix régionaux existants, notamment ceux de Luanda et de Nairobi, afin de favoriser la voie politique et diplomatique à la crise sécuritaire. Enfin, la recherche d’un consensus national sur les réformes politiques, telles que la réforme constitutionnelle et les réformes dans les secteurs de la sécurité ou encore de l'exploitation des ressources naturelles et minières, pourrait être crucial pour renforcer la paix, la stabilité et le développement à long terme.

La province du Tanganyika, en particulier dans le nord, continuera de subir l'évolution des tensions intercommunautaires persistantes depuis plusieurs années , alimentées par la lutte pour le contrôle des ressources minières. En outre, l'activisme des groupes Maï-Maï Malaika dans le sud de la province du Maniema devrait également continuer à affecter le territoire de Kongolo (Tanganyika) où s’installe une partie des personnes déplacées fuyant le conflit.
Au niveau de l’espace Grand Bandundu, les indicateurs montrent que les violences liées aux activités des miliciens Mobondo risquent de se poursuivre dans les zones de santé de Kenge et Popokabaka au Kwango, de Kikongo au Kwilu, de Kwamouth au Maï-Ndombe et de Maluku à Kinshasa. Dans ces différentes zones, ces miliciens continueront probablement à maintenir leurs positions le long des axes secondaires des routes principales, dans l’espoir d’étendre leur influence intercommunautaire, leurs zones d’influence et d’emprise. Cela entraînera des affrontements répétés avec les forces congolaises de défense et de sécurité. Ces affrontements constitueront, comme en 2024, la principale cause de violations des droits humains et de détérioration de l’environnement protecteur des populations civiles.

Risque des inondations

En 2025, le pays continuera d'être exposé aux inondations récurrentes, principalement en raison de la montée des grands fleuves qui submergent les zones inondables occupées par la population. Entre octobre 2024 et février 2025, des précipitations supérieures à la moyenne sont attendues dans tout le nord du pays (Équateur, Nord-Ubangi, Sud-Ubangi, Mongala, Haut-Uele, Bas-Uele, Ituri et Tshopo), ainsi que dans l'est du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Tanganyika ainsi que dans la ville de Kinshasa. Cela pourrait exacerber l'impact des inondations récurrentes dans ces zones. Dans le reste du pays, les précipitations devraient être similaires à la normale pour cette période.

Une augmentation du niveau des grands lacs à l'est du pays, notamment le lac Tanganyika, est également probable, entraînant des inondations spécialement importantes dans les zones environnantes des provinces du Sud-Kivu et du Tanganyika. Toutefois, il est incertain que ces inondations atteignent les niveaux exceptionnels de 2024. El Niño vers une phase marquée par son antagoniste La Niña au cours de l'année 2025, ne devrait a priori pas favoriser un scénario similaire à 2024. Ainsi, l'impact des inondations lacustres à l’est du pays devrait être moins important qu’en 2024.

Cependant, compte tenu des incertitudes liées aux prévisions climatiques, la communauté humanitaire anticipe que le nombre de personnes touchées par les inondations se situera autour de la moyenne des alertes reçues ces dernières années (hors année record de 2023) affectées de manière significative par les inondations en 2025.

Saisonnalité

Calendrier de saisonnalité

Risque des épidémies
Les épidémies resteront un élément perturbateur en 2025, étant donné que leurs causes structurelles comprennent la faiblesse chronique des systèmes d'assainissement, des infrastructures de santé et des capacités de soins en RDC.

Bien que le nombre de cas suspects de choléra en 2024 ait été significativement plus bas qu'en 2023, ce chiffre est plus élevé qu'en 2022. Il est donc probable qu'en 2025, l'épidémie continuera de toucher de larges parties du pays, y compris en dehors des zones endémiques. Une attention particulière doit être portée aux sites de déplacés, notamment dans le Nord-Kivu où l'épidémie a durement frappé en 2023 et 2024.

En ce qui concerne la rougeole, bien que le nombre de cas en 2024 ait également diminué significativement par rapport à 2023, l’ampleur de l’épidémie reste importante. Elle est principalement due à une couverture vaccinale faible et irrégulière, aggravée par les conditions de promiscuité dans les sites de déplacement. En 2025, l'épidémie de rougeole restera donc une source de préoccupation majeure.

Quant au mpox, alors que les cas suspects ont quadruplé par rapport à 2023, on a noté une certaine réduction de la vitesse de propagation vers la fin de 2024. On note également une baisse du taux de létalité. En 2025, le risque épidémie devrait donc rester particulièrement élevé, mais les efforts continus de vaccination et de sensibilisation pourraient stabiliser la tendance à la baisse observée en fin 2024. Toutefois, il sera crucial de maintenir une surveillance étroite et mener des actions concertées dans les zones à haut risque, tels que la province du Sud-Kivu.

Outre les épidémies mentionnées précédemment, il existe un risque d'épidémie de Marbourg, étant donné que cette maladie a été confirmée en 2024 au Rwanda à Gisenyi, ville frontière avec la RDC. Compte tenu de la proximité de la RDC avec le Rwanda à travers les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu et du volume important de trafic entre ces deux pays, il est à craindre que cette épidémie constitue un risque en 2025.

Score du risque des épidemies

Carte de sévérité représentant la perception de sévérité de risque (tous les risques confondus) pour 2025, issue du jugement des experts lors des ateliers provinciaux dans les provinces de l’Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Tanganyika.

PRIORITÉS, PRÉFERENCES ET CAPACITÉS DES COMMUNAUTÉS AFFECTÉES

En 2024, plus de 8 900 ménages dans 79 zones de santé ont été interrogés lors d’une évaluation multisectorielle (MSNA) menée par REACH entre juillet et août dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces trois provinces concentrent 81 % des personnes ayant bénéficié d'une aide humanitaire en RDC jusqu’en septembre 2024. Également, cette évaluation a été complétée par des enquêtes auprès d’informateurs clés, qui ont permis d’évaluer 684 localités à distance dans les zones difficiles d’accès des trois provinces mentionnées.

En novembre 2023, Ground Truth Solutions (GTS) en partenariat avec le bureau de recherche Innovations & Entrepreneuriat Social Congo (IES Congo) a également mené une étude qualitative auprès des communautés des trois provinces de l’Est de la RDC. L’objectif de cette phase était de recueillir leurs recommandations sur l’amélioration de l’aide humanitaire. Les thématiques abordées étaient le partage d'information et les mécanismes de feedback ;l’autonomie et la planification à long-terme ;la perception de l’équité, ainsi que les risques de protection des communautés.

Prédominance des besoins alimentaires, du logement et des soins de santé dans le top 3 des besoins. Dans les trois provinces évaluées par REACH, l'aide alimentaire reste la priorité des ménages interrogés, quel que soit leur statut. La deuxième priorité, commune à trois des quatre groupes de population interrogés, est l'accès aux abris/logement. Seuls les PDI dans les sites placent en deuxième position l’assistance en articles ménagers essentiels avant le logement. Le soutien aux moyens de subsistance est la troisième priorité pour les retournés et les communautés hôtes, tandis que pour les PDI dans les familles d'accueil, ce sont les soins de santé. Concernant l’aide reçue, au niveau des provinces, l’aide alimentaire est le type d’assistance le plus mentionné par les ménages, ce qui est aligné avec la priorité de la population de manière générale. Au niveau des territoires ou des zones de santé, il y a cependant plus d’hétérogénéité et , parfois, le type d’aide préférée ne correspond pas à l'aide effectivement reçue.

La majorité des ménages préfèrent une aide en transferts monétaires (espèce, via mobile, carte prépayée ou par virement bancaire). Au moins 46 % des ménages interrogés en Ituri, 57 % au Nord-Kivu et 63 % au Sud-Kivu privilégient cette forme d'assistance. Les communautés, de manière générale, pensent que l’assistance monétaire adéquate contribue à un meilleur niveau d’autonomie que l’assistance en nature, selon les focus groupes menés par GTS. Dans quelques territoires, cependant, une large majorité de la population préfère recevoir de l’assistance en nature, comme c’est le cas, entre autres, dans les territoires de Irumu (Ituri), Oicha (Nord-Kivu) ou Fizi (Sud-Kivu), soit à cause de l’insécurité, soit en raison de la hausse des prix ou de l’indisponibilité des produits sur les marchés.

Préférence pour la modalité Cash

La majorité des ménages interrogés en Ituri (62%) au Nord-Kivu (56 %) et au Sud-Kivu (70 %) rapportent avoir été consultés sur leurs besoins. Cependant, les enquêtes à distance réalisées dans les zones difficiles d’accès montrent une grande disparité dans la satisfaction de l'assistance humanitaire reçue. Ainsi selon les enquêtes auprès des informateurs clés, en Ituri, dans seulement 23 % des localités ayant reçue de l’aide humanitaire, celle-ci a permis de répondre en quantité et en qualité suffisante à la majorité de la population. Ce pourcentage monte à 33 % au Nord-Kivu et 52 % au Sud-Kivu. Des efforts pour améliorer la consultation des ménages sur l'aide nécessaire doivent continuer, y compris le renforcement des mécanismes de feedback, lesquels ne sont pas nécessairement connus par toutes les communautés, ainsi que la lutte contre les barrières à l’efficacité desdits mécanismes. A cet égard, il est important de noter que selon les focus group menés par GTS, les communautés préfèrent des interactions humaines directes lorsqu'il s'agit de déposer une plainte ou une suggestion.

Twishime, 20 ans, est un jeune déplacé ayant fui la guerre. En janvier 2022, il a trouvé refuge avec ses parents sur le site de Don Bosco. Passionné de coiffure, avec l’autorisation de ses parents, il a investi une partie de l'assistance humanitaire en cash octroyée à la famille pour acheter une tondeuse et une batterie solaire. C’est ainsi que démarre son salon de coiffure installé sur le site. Avec les revenus tirés de son activité, il contribue à la survie de sa famille. Tout en travaillant comme coiffeur, il poursuit ses études gratuitement en classe de terminale des humanités. Twishime inspire sa famille et sa communauté par son courage et sa capacité à surmonter les défis.

La barrière d’accès à l’aide la plus mentionnée parmi les ménages des trois provinces est le manque d’information.

Le Sud Kivu est la province où les populations ont rencontré le plus de difficultés à accéder l’aide, avec 59% des ménages interrogés rapportant des obstacles, suivi du Nord-Kivu (48%) et d’Ituri (37%).

Il est donc urgent de renforcer le partage d'information pour améliorer l'accessibilité de l'aide, en particulier au Sud-Kivu. En Ituri, les barrières physiques sont aussi particulièrement marquées, tandis qu'au Sud-Kivu les ménages dans certaines zones ont mentionné de façon significative que l'aide humanitaire n'est pas toujours accessible ou suffisamment fournie. Certains ménages, surtout des territoires de Fizi et Uvira, ont mentionné qu'ils n'étaient pas éligibles à recevoir de l'aide, ou que les critères d'éligibilité n'étaient pas clairs. Ceci montre qu’une aide ciblée vers des groupes spécifiques peut être équitable mais doit être transparente et expliquée.

Barrière d'accès à l'aide

De grandes disparités apparaissent dans l’aide reçue entre les différents groupes de population. Parmi les populations ayant bénéficié d’une aide humanitaire dans les trois provinces, 66 % étaient des déplacés dans les sites, 17 % des déplacés et des retournés en famille d’accueil et 15 % des communautés hôtes. Cette aide avait été majoritairement distribuée entre janvier 2024 et septembre 2024 en Ituri et au Sud-Kivu et entre avril et juin 2024 au Nord-Kivu. Bien que les PDI vivant dans les sites soient les principaux bénéficiaires de l’aide humanitaire, environ 80% des PDI en RDC habitent avec des familles d’accueil.

L’aide humanitaire est centrée sur l’urgence et la réponse immédiate mais il manque une perspective plus durable et résiliente. Selon les résultats des focus groups de GTS, bien que les populations reconnaissent la nécessité de prioriser l'aide humanitaire d'urgence dans certaines circonstances, notamment en réponse à des déplacements ou à des événements d'insécurité récents, les communautés participantes expriment aussi leur insatisfaction face à l’insuffisance de planification pour une transition de l'urgence vers le développement dans la mise en œuvre de l'aide humanitaire. Elles soulignent également le manque de préparation pour faire face aux les chocs et les prévenir

satisfaction sur l'assistance humanitaire

References

  1. En 2024, aucun aléa climatique, appart les inondations, a été identifié en RDC et donc la portée définis se base sur ce seul élément.
  2. Le suivi des alertes des catastrophes naturelles géré par OCHA considère des personnes sinistrées comme les personnes qui se sont déplacées ou dont leurs maisons ont été détruites/écroulées, ou dont leurs champs ont été emblavés, ou dont leur bétail a été englouti, entre autres.
  3. L’exemple le plus représentatif des chocs sanitaires est la pandémie de Covid-19, qui a causé, surtout en 2020 et 2021 des impacts très importantes sur la population dans beaucoup des pays et même des nouveaux besoins humanitaires dans des contextes spécifiques. En 2024, seulement les épidémies de choléra et de mpox ont reçu la considération de choc sanitaire en RDC. Dans le cas de la rougeole, bien qu'il s'agisse d'un problème majeur dans le pays, comme décrit dans la section 1.1, il s'agit d'une épidémie présente dans toutes les zones du pays et qui touche particulièrement un groupe de population spécifique (les enfants). La rougeole est un problème structurel en RDC, principalement lié au faible taux de vaccination contre la maladie. Ce fait rend difficile la catégorisation de cette épidémie comme un choc sanitaire en RDC pour l'exercice spécifique de définition de la portée géographique de l'analyse des besoins humanitaires. Cependant, il est important de noter que le fait de ne pas considérer la rougeole comme un choc pour l’exercice de définition de la portée de l’analyse ne signifie pas qu'elle n'est pas prise en compte dans la réponse humanitaire. Au contraire, comme on peut le voir dans la stratégie de réponse 2025 du cluster santé et d'autres, il y a des interventions spécifiques prévues pour répondre à cette épidémie. Il est également important de noter que les zones les plus touchées par l'épidémie de rougeole en 2024 sont déjà incluses dans la portée géographique de l'analyse de besoins, en raison de l'existence d'un ou plusieurs des autres chocs définis.
  4. REACH. Multisectoral Needs Assessment. Septembre 2024.