Democratic Republic of the Congo

Besoins Humanitaire et Plan de réponse République Démocratique du Congo 2025 / Part 3 : Besoins et réponse par secteur/cluster

3.7 Protection

Les risques de protection les plus critiques identifiés cette année restent globalement les mêmes que ceux identifiés lors du développement de la stratégie de protection de l'Equipe Humanitaire Pays (EHP). Les violences basées sur le genre (VBG), les attaques contre les civils et contre les biens et infrastructures publiques à caractère civil, les vols, extorsions, évictions forcées et destructions de biens personnels, et la forte détresse mentale sont autant de risques auxquels font face les communautés affectées par les conflits, y compris les conflits fonciers. Le recrutement d'enfants dans les groupes armés ainsi que les enlèvements, kidnappings, disparitions forcées et/ou détentions arbitraires ou illégales sont également des risques récurrents.

En 2025, le Cluster Protection mettra l’accent sur le renforcement de son approche communautaire et de ses liens avec les acteurs de paix. Pour ce faire, il travaillera selon les lignes stratégiques développées dans le cadre de la stratégie de protection portée par l’EHP. L’approche holistique de prise en charge sera également préconisée afin de réduire au maximum les vulnérabilités des personnes affectées et les risques d’exposition future aux risques de protection.

Ventillation du PIN et cible par groupe de population

Ventillation du PIN et cible par sexe et âge

3.7.1 Protection générale

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Résumé de besoins

Les affrontements armés constituent la première cause de déplacement de population en RDC. Le pays compte plus de 6,3 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) et 2,4 millions de PDI retournées. Cette tendance s’est aggravée depuis début 2024, la plupart étant contraints à des déplacements multiples. Le retrait de la MONUSCO du Sud-Kivu, et prochainement du Nord-Kivu et de l’Ituri constitue un facteur aggravant la protection et la sécurité des populations affectées. Parmi les risques de protection constituant une préoccupation majeure au niveau de la protection générale :

  1. Attaques contre les civils et autres homicides illégaux, ainsi que les attaques contre des biens à caractère civil : Les civils ont subi le plus gros des attaques, les combats ciblant souvent les camps informels et les centres urbains et/ou se déroulant à proximité des sites de déplacés.
  2. Enlèvement, séquestrations, disparitions forcées, arrestations et/où détentions arbitraires ou illégales : Les violations et abus du droit à la liberté constituent 17 % de l’ensemble des violations enregistrées par le monitoring de protection du HCR et de ses partenaires.
  3. Détresse mentale : L’intensification des conflits et les déplacements multiples que vivent les familles laissent des traumatismes importants au sein des communautés au vu du niveau de violence extrêmement élevé.
  4. Travail forcé et pratiques analogues : Les effets combinés de l'augmentation du conflit et de la pauvreté entraînent des niveaux élevés de travail forcé et des pratiques analogues très répandues en RDC mais faiblement documentées.

Stratégie de réponse

En 2025, dans le contexte du retrait de la MONUSCO, le Cluster Protection et ses membres poursuivront les efforts de renforcement du système national de protection avec les institutions nationales et locales, notamment à travers la promotion de l’approche de protection à base communautaire. Dans cette optique, le Cluster Protection prévoit une meilleure intégration et une collaboration avec les acteurs de paix et la participation des personnes affectées, ainsi qu’une complémentarité avec les autres initiatives en cours, notamment le projet de protection non armée des civils (Unarmed Civilian Protection- UCP) et le projet axé sur la gouvernance sécuritaire (piloté par l’OIM, en collaboration avec le PNUD et le BCNUDH). Le cluster veillera au renforcement de capacité de ses membres ainsi qu’à une meilleure couverture et coordination de l’intervention pour une approche plus harmonisée avec les communautés concernées. Également en partenariat avec les acteurs de paix, le renforcement d’une programmation sensible au conflit (y compris l’engagement avec les acteurs armés) constituera un axe de travail pour 2025 et permettra d’assurer une réponse de protection plus adéquate.

Les acteurs de protection veilleront à assurer une prise en charge holistique des victimes et survivants afin de briser le cycle de vulnérabilité. Des outils seront développés/adaptés pour des évaluations plus inclusives, englobant les besoins des personnes affectées, y compris les personnes particulièrement vulnérables dans les crises aiguës et les zones en cours de stabilisation. Le paquet d’intervention de la protection générale se déclinera comme suit :

  • Assistance individuelle et fourniture des services ciblés de protection.
  • Réalisation d'évaluations de protection et de suivi des risques afin d'éclairer la programmation et la réponse en matière de protection.
  • Sensibilisation et vulgarisation de l'information sur les droits et services pour renforcer les capacités et stratégies de protection des populations affectées.
  • Renforcement des capacités et soutien institutionnel pour l'amélioration de l'environnement de protection.
  • Activités de renforcement de la protection à base communautaire/autoprotection communautaire.
  • Activités de renforcement de la cohésion sociale/cohabitation pacifique.

Ciblage et priorisation

En 2025, le cluster protection et ses partenaires ciblent les personnes les plus vulnérables en raison de leur exposition aux risques majeurs de protection dans les trois groupes de population (personnes déplacées internes, personnes retournées et populations hôtes) en prenant en compte d’autres vulnérabilités spécifiques. La nature du contexte et donc l’analyse des risques de protection dans chaque contexte (zones de retour, zones de conflit ouvert et quotidien, zones de stabilisation et zone de conflit sporadiques etc.) déterminera les activités prioritaires du paquet d’intervention et le ciblage des bénéficiaires. Le cluster protection tiendra compte des aspects de protection transversale telle que l’inclusion des minorités ethniques et des personnes à besoins spécifiques, dans sa stratégie de ciblage afin de garantir la qualité de la réponse.

Programmation inclusive et de qualité

Le Cluster Protection veillera à renforcer la qualité de son intervention en intégrant la protection transversale à toutes les étapes du cycle de programmation, notamment dans les outils d’analyse initiaux intégrant les aspects de genre, d'âge, de sensibilité au conflit et de maladies chroniques, notamment le VIH. Les outils seront revus au besoin et diffusés auprès des membres du cluster afin d’assurer leur utilisation effective. Lors de ses visites de terrain, le cluster veillera à s’assurer que les interventions de ses membres répondent aux standards de qualité en termes de genre, Protection contre l'exploitation et les abus sexuels (PSEA), protection transversale et redevabilité. La protection à base communautaire étant au centre de la réponse stratégique pour 2025, la participation et l’engagement avec les communautés seront au centre de l’intervention. Les cluster assurera également un rôle de soutien et d'accompagnement technique envers ses membres et offrira son appui technique aux autres clusters.

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3.7.2 Logement, terre et propriété (AoR)

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Résumé des besoins

Les besoins en logement, terre et propriété (LTP) se manifestent dans les zones de conflits ouverts et de plus grande instabilité. Ces besoins doivent être pris en considération dans la recherche de solutions à plus long terme. Les données récentes de l'Evaluation multisectorielle des besoins(MSNA) entre août et septembre 2024, révèlent que 2 597 304 personnes sont directement affectées par des problématiques liées aux fonciers. Ce chiffre marque une augmentation de 30 % par rapport aux deux millions de personnes enregistrées l'année précédente. De janvier à août 2024, le monitoring de protection a rapporté de nombreuses violations et/ou abus du droit à la propriété (13 152 incidents). Ces incidents incluent les cas d'extorsion de biens, de pillage, d’imposition de taxes illégales, de déguerpissements forcés, d’occupation illégale, de spoliations des terres, et de destruction de biens par les incendies. De plus, des catastrophes naturelles ont détruit de nombreuses maisons et terres agricoles, affectant plusieurs milliers de personnes dans l’ensemble des provinces du pays.

Dans les zones de déplacement, les PDI ont du mal à accéder aux terres pour le logement et l’agriculture. Il s’avère difficile de trouver des espaces pour ériger et/ou agrandir les sites des PDI. L’insuffisance des terres cultivables due à la présence et aux mouvements d’hommes armés dans les champs, et la méfiance des populations hôtes, limitent les possibilités de développer les moyens de subsistance dans un contexte où l’aide humanitaire reste insuffisante. Dans les zones de retour des cas d’occupations secondaires sont enregistrés. La difficulté de restitution des propriétés appartenant aux PDI représente un problème récurrent en l’absence d’une administration territoriale et judiciaire effective. Les PDI éprouvent des difficultés à rentrer dans leurs zones de provenance suite à la destruction de leurs logements et champs, des services sociaux de base ainsi que du pillage de leurs biens.

Stratégie de réponse

La stratégie de réponse en matière de LTP a été revue afin de rationaliser le paquet d’intervention pour avoir moins de duplications et des interventions plus stratégiques. En 2025, le LTP AoR mettra l’accent sur la sécurité d’occupation des logements (abris), des terres et des propriétés, ainsi que les infrastructures de base via un soutien technique de diligence raisonnable et de plaidoyer. Les liens étroits avec les clusters abris, sécurité alimentaire, éducation, CCCM et WASH seront renforcés.

Le LTP AoR travaillera également avec le soutien des autorités compétentes en matière de logement terre et propriété afin de garantir non seulement le respect et la prise en compte de la sécurité d’occupation des bénéficiaires par la signature des accords (documents) de reconnaissance des droits fonciers des bénéficiaires (abris, champs, sites des PDI, infrastructure), mais également dans le but de promouvoir la notion de sécurisation foncière au sein de la communauté.

Le paquet complet du LTP sera composé des activités suivantes :

  • Assistance directe (négociation et facilitation) pour l'accès à la terre et pour la sécurité d’occupation des PDI, communautés hôtes et retournés.
  • Conseils pour l'accès à la terre (agricole, résidentielle, y compris aux ressources naturelles) et pour la sécurité d’occupation des PDI, communautés hôtes et retournés.
  • Soutien technique de diligence raisonnable et plaidoyer pour l'accès sécurisé des PDI au logement, aux infrastructures, à la terre et à la propriété (bénéficiaires des secteurs Abris, Sécurité alimentaire, Education, CCCM et EHA).
  • Renforcement des capacités des acteurs humanitaires, autorités et leaders communautaires sur les droits LTP des PDI et autres thématiques de protection pertinentes (lois foncières, Principes directeurs relatifs aux déplacements des personnes à l'intérieur de leur pays, règlement collaboratif des conflits fonciers).
  • Mise en place/redynamisation des mécanismes locaux de gestion foncière et de règlement des conflits fonciers.
  • Ateliers/tables rondes sur la nouvelle loi foncière et sur la gouvernance foncière en lien avec la dynamique de déplacement.
  • Sensibilisation communautaire sur les droits LTP des personnes affectées par le déplacement.

Ciblage et priorisation

Pour le secteur LTP, le PIN a augmenté de 30 % par rapport à l’année précédente. En revanche, la cible a baissé de 1,5 %, tenant compte de la capacité opérationnelle des acteurs sur le terrain et des financements obtenus en 2024. Le secteur LTP ciblera les trois groupes de populations susmentionnés, avec une attention particulière pour les femmes, qui sont souvent privées de l'accès à la terre en raison de coutumes discriminatoires et de l'inefficacité de la loi. Malgré des textes garantissant l'égalité, les femmes subissent des injustices liées aux ressources foncières, exacerbées par l'analphabétisme et la dépendance économique. Le ciblage des bénéficiaires se fera par une évaluation participative impliquant les communautés locales, afin de garantir que les personnes les plus vulnérables, en particulier les femmes, soient correctement identifiées et prises en compte dans l'approche.

Programmation inclusive et de qualité

En 2024, les liens avec le cluster Abris ont été renforcés, et de nombreux acteurs du secteur ont approfondi leurs connaissances sur les questions liées au LTP, essentielles pour fournir une réponse de qualité tout en respectant les principes de protection transversale. Ces activités de renforcement des capacités se poursuivront avec les autres clusters clés, notamment CCCM, Éducation, WASH et Sécurité Alimentaire, afin d’assurer une approche cohérente et intégrée. La question du genre étant particulièrement importante dans les dynamiques LTP, le LTP AoR renforcera ses membres sur la conduite d’analyses de genre et d’approches « DO NO HARM » afin de développer des interventions de qualité, en tenant compte d’un ciblage spécifique en faveur des femmes et des personnes vivant avec un handicap. Les organisations féminines seront impliquées et renforcées pour contribuer à ce ciblage, dans le but de promouvoir une approche transformatrice et inclusive basée sur le genre.

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3.7.3 Lutte anti-mine (AoR)

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Résumé des besoins

Les besoins en lutte antimines (LAM) en RDC restent critiques, notamment dans l'Est (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu), où les conflits armés ont entraîné une hausse alarmante des victimes d'engins explosifs (EE). Selon ACLED (Armed Conflict Location and Event Data), les incidents d'engins explosifs sont passés de 92 pour 330 victimes en 2023 à 164 incidents pour 634 victimes en 2024. Cette augmentation reflète l'intensification des hostilités, la prolifération des restes explosifs de guerre (REG) et l'émergence des engins explosifs improvisés (EEI) sophistiqués, notamment dans le nord du Nord-Kivu et le sud de l'Ituri, complexifiant les opérations de déminage et nécessitant des capacités techniques spécifiques.

Du 1er janvier 2024 au 28 novembre 2024, le secteur LAM a enregistré 469 zones contaminées par les REG dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et du Tanganyika. En outre, le Centre Congolais de Lutte Antimines (CCLAM) en 2023 a confirmé 16 zones potentiellement minées dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, portant le nombre de champs de mine en RDC à 30. L'étendue du territoire congolais et la dispersion des zones contaminées complexifient la réponse humanitaire. Déployer des équipes de déminage et/ou de dépollution exige des ressources considérables en temps et en budget, limitant la réactivité face aux besoins des populations. Par ailleurs, la mobilité des groupes armés et l'évolution rapide des lignes de front accroissent la contamination, rendant la planification des interventions encore plus difficile. En outre, le retrait progressif de la MONUSCO, entamé depuis juin 2024 au Sud-Kivu va davantage compliquer la situation. En effet, ce retrait va entrainer une diminution des ressources et capacités en matière de lutte anti-mines que la MONUSCO déployait notamment à travers UNMAS. Le Nord-Kivu et l'Ituri, avec leurs groupes armés plus actifs, risquent de connaître une situation encore plus critique si des mesures urgentes ne sont pas prises pour renforcer les capacités nationales et mobiliser des financements supplémentaires pour soutenir les programmes de déminage et de sensibilisation aux dangers des engins explosifs.

Stratégie de réponse

La réponse de la Lutte Antimines vise à protéger 1 237 502 personnes affectées par les conflits en réduisant les risques liés aux engins explosifs (mines, REG, EEI). S’inscrivant dans une approche globale, elle tient compte des priorités humanitaires, des dynamiques sécuritaires et des capacités opérationnelles des acteurs sur le terrain. Le suivi des activités se fera via des visites d’assurance qualité afin de s’assurer que les opérations sont mises en œuvre selon les normes internationales et nationales en LAM. Les interventions cibleront en priorité les zones les plus contaminées, identifiées grâce aux enquêtes, aux données disponibles et aux analyses multisectorielles. Ces activités incluront les opérations de dépollution, notamment autour des infrastructures vitales (écoles, marchés, centres de santé), des campagnes d’éducation aux risques pour sensibiliser les communautés, notamment les enfants, les femmes et les jeunes sur la menace explosive et le déminage.

Un volet essentiel sera l’assistance aux victimes, via leur référencement vers des structures de prise en charge (médicale, psychosociale, réhabilitation...), en collaboration avec le Cluster Santé et d’autres partenaires. Ces efforts viseront également à sensibiliser sur les droits des victimes et à les intégrer dans des programmes de réinsertion sociale et économique. La LAM privilégiera une approche participative, impliquant activement les communautés pour s’assurer que les réponses correspondent à leurs besoins réels. Une coordination étroite sera maintenue avec les autres acteurs humanitaires afin de garantir une réponse cohérente et respectueuse des droits humains, en particulier le droit à la vie, à la santé et à l’éducation.

Ciblage et priorisation

Il est essentiel de poursuivre les activités d’éducation aux risques, en ciblant particulièrement les enfants et les jeunes, qui figurent parmi les groupes les plus vulnérables face aux restes explosifs de guerre (REG) ainsi que les zones les plus contaminées et accessibles. Par ailleurs, certaines populations, fortement impactées par les conflits, s’engagent dans la collecte de métaux pour subvenir à leurs besoins. Les REG, contenant souvent des métaux réutilisables, deviennent alors une source de revenus potentielle, exposant ces populations à des dangers graves et immédiats. Grâce aux activités d'éducation aux risques, les équipes sur le terrain jouent un rôle crucial, y compris dans l’orientation des victimes d’EE vers des services d'assistance, tout en recueillant des informations précieuses sur la contamination. Ces données permettent de mieux cartographier les zones à risque et d’ajuster les interventions de manière plus ciblée et efficace.

Programmation inclusive et de qualité

Pour garantir que les interventions en lutte antimines intègrent les aspects transversaux prioritaires définis par l’EHP, une approche inclusive et systématique sera adoptée. Le secteur de la LAM s'assurera de la participation active des communautés affectées en organisant des consultations régulières pour identifier leurs besoins prioritaires et spécifiques. Les interventions tiendront également compte de l'égalité des genres, en veillant à assurer la participation active des femmes à tous les processus de prise de décision. Ces consultations permettront d’adapter les activités aux besoins distincts des enfants, des personnes en situation de handicap, des PDI, des femmes et des populations hôtes. En outre, des formations sur la PEAS seront dispensées au personnel impliqué dans les activités. Ces formations visent à renforcer les capacités pour prévenir les abus et protéger les bénéficiaires, garantissant ainsi un environnement sûr et respectueux pour toutes les populations ciblées.

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3.7.4 Protection de l’enfance (AoR)

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Résumé des besoins

En 2024, la crise humanitaire en RDC demeure une crise de protection dans laquelle les femmes, les filles adolescentes et enfants sont les plus affectés et à risque. Un contexte de conflits, de catastrophes naturelles et d'épidémies, combiné à d’importants déplacements de population, entraine la hausse du nombre d’incidents de protection auxquels sont constamment exposés les enfants, filles et garçons.

L’intensification des besoins reste préoccupante et continue d’impacter les enfants vivant dans les zones exposées aux différents chocs humanitaires. L’amplification de ces chocs a aggravé les conditions de vie de ces enfants ainsi que leur détresse psychologique ; a accru les risques de violations graves de leurs droits et risques de protection tels que, entre autres, la séparation familiale, tout type de violence, notamment des violences sexuelles, et le recrutement et l'utilisation dans les groupes armés ; avec des conséquences immédiates et à long terme sur leurs santé, leur bien-être, leur développement et leur éducation.

De janvier à octobre 2024, l'AoR Protection de l'enfance (CP AoR) en RDC a assisté plus de 19 200 (10 781 garçons / 8 428 filles) enfants non accompagnés/séparés, près de 11 000 enfants (2 247 garçons /8 595 filles) victimes de violences, et pris en charge près de 6 900 (4 774 garçons /2 120 filles) enfants associés aux groupes armés. Entre janvier et septembre 2024, les Nations Unies ont vérifié près de 3 000 violations graves à l’encontre des enfants dont 60 % sont des cas de recrutement et d'utilisation d’enfants par les groupes armés, représentant une augmentation de 60 % par rapport à la même période l’année dernière. Une augmentation de plus de 100 % des cas vérifiés par les Nations Unies de violence sexuelle à l’encontre d’enfants est enregistrée sur cette période en comparaison à la même période l’année dernière. Au vu du contexte persistant de conflit, de catastrophes naturelles et d'épidémies, la crise de protection perdure et les projections pour 2025 maintiennent les filles et garçons affectés par les urgences en RDC à haut risque. Le retrait progressif annoncé de la MONUSCO en RDC, déjà effectif dans certaines provinces a des conséquences sur les besoins en protection des enfants et la disponibilité des services car il impacte l’accès humanitaire à certaines zones en considération de leur dynamique sécuritaire. Cela met en exergue la nécessité d’ajustements pour la réponse humanitaire de protection de l’enfant, en particulier dans les zones affectées par les conflits.

Stratégie de réponse

Le CP AoR accordera la priorité à la fourniture d'un accès équitable et sûr à des services de protection qualité pour tous les enfants et adolescent.e.s affectées par les conflits, les catastrophes naturelles et les épidémies, forcés au déplacement, victimes ou à risque d’incidents de protection. Les réponses apportées cibleront les enfants en détresse psychosociale, enfants non accompagnés et séparés (ENA/S), les enfants associés aux groupes armés (EAGA), les enfants à risque et victimes de violences, y compris les violences sexuelles, les enfants déplacés et retournés, les enfants victimes de restes explosifs de guerre, les enfants issus des minorités ainsi que les enfants et adolescent.e.s vivant dans des lieux à hauts risques. Une attention particulière sera portée aux enfants en situation de handicap, et aux enfants vivant hors cadre familial. Les acteurs interviendront en coordination avec les services de l’Etat, en s'appuyant sur les mécanismes et systèmes existants, notamment les réseaux communautaires, afin d’améliorer la prévention des risques de protection. Un accent sera mis sur le renforcement de capacités des acteurs locaux, sur une approche intégrée avec les autres secteurs afin d’assurer la prise en compte de la centralité de la protection, en plaçant l’enfant au centre des interventions. Un focus sur la qualité de la réponse, en particulier pour l’appui psychosocial et le soutien en santé mentale est prévu, surtout concernant l’encadrement psychologique individuel des enfants affectés. Le CP AoR contribuera au développement d’outils contextualisés et harmonisés afin que les interventions soient respectueuses des standards humanitaires et alignées sur des outils communs.

Ciblage et priorisation

En 2025, considérant les ratios appliqués pour le ciblage par rapport au PIN, les cibles prioritaires seront les enfants sortis des groupes armés, enfants séparés et non accompagnés et enfants victimes de violences dont violences sexuelles et enfants victimes de restes explosifs de guerre : 100 % de ces enfants dans le besoin sont ciblés. Malgré cette priorisation, les acteurs de protection de l’enfant membres du CP AoR interviendront plus généralement auprès des enfants et adolescent.e.s affectés par les conflits, les catastrophes naturelles et les épidémies, enfants déplacés internes, retournés ou issus des populations hôtes vulnérables, en détresse psychosociale, exposés à des risques de protection ou victimes, avec une attention particulière aux enfants en situation de handicap. Les personnes clés des réseaux communautaires seront aussi ciblées dans le cadre des interventions du CP AoR afin de pouvoir renforcer les systèmes de protection de l’enfant - incluant les alertes précoces et les mécanismes de référencement - et améliorer la prévention des risques et la réponse aux incidents de protection de l’enfant.

Programmation inclusive et de qualité

Le CP AOR travaillera à assurer la fourniture d'un accès significatif, équitable et sûr à des services de qualité pour tous les enfants filles et garçons, vivant dans les zones d’urgence humanitaire y compris des enfants en situation de handicap, tant sur le plan de la prévention que de la réponse. Également, dans le cadre des activités, une attention particulière sera mise sur la protection contre les abus et exploitations sexuels, la redevabilité de manière à assurer la participation des enfants (filles et garçons) et l'implication des communautés locales afin de garantir que les voix des enfants et des familles soient prises en compte de même que les vulnérabilités spécifiques des filles et garçons, l’égalité des sexes et la lutte contre toute forme de discrimination. Par ailleurs le CP AoR veillera à assurer que les acteurs intègrent des sensibilisations contre le VIH, via des messages clés développés spécifiquement pour les enfants et adolescents.

Ventillation du PIN et cible par groupe de population

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3.7.5 Violence basé sur le genre (AoR)

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Résumé des besoins

La situation de la violence basée sur le genre (VBG/GBV) demeure alarmante dans l'ensemble de la RDC. Toutefois elle est d’autant plus préoccupante dans les provinces en situation humanitaire. Ce phénomène touche de manière disproportionnée les femmes et les filles, bien qu'aucun individu ne soit totalement à l'abri. Ceci est exacerbé par plusieurs facteurs : la persistance des conflits armés, la fragilité des institutions étatiques, la culture du silence et de l’impunité, ainsi que des inégalités de genre profondément enracinées. Ces violences affectent non seulement les survivantes mais aussi les communautés dans leur ensemble. Elles exacerbent les divisions sociales et économiques et retardent les progrès vers la paix et le développement durable. Entre janvier et octobre 2024, 109 860 survivant.es de violences basées sur le genre ont été reçus dans les services de prise en charge holistique en fonction de leurs besoins. Plus de 60 % de ces cas ont été signalés dans les provinces de l'Est. Parmi eux, 90 % étaient des femmes et des filles et 10 % des hommes.

Plusieurs besoins demeurent en matière de réponse holistique, notamment la disponibilité des services et leur accessibilité dans les zones affectées par les conflits armés ou les catastrophes naturelles, ainsi que l’insuffisance du personnel qualifié pour les services spécialisés en santé mentale. L’insuffisance du paquet de réinsertion socioéconomique et de moyens de subsistance renforce le recours aux mécanismes de survie nuisibles incluant le sexe de survie, les mariages précoces ou forcés, qui, en retour, augmentent les risques de protection et sanitaires. D’autres facteurs sont liés à l’insuffisance des initiatives de prévention, la persistance et le poids de normes socioculturelles néfastes, la faible application des politiques et des lois sur la VBG, l’impunité ainsi que la faiblesse des mécanismes de protection et de réparation pour les survivant.es. Enfin, une coordination efficace ainsi que des interventions multisectorielles dans le cadre de la prévention, la mitigation des risques et la réponse holistique pour les survivant.es de VBG doit demeurer une priorité de l’assistance humanitaire pour répondre à ces défis.

Stratégie de réponse

La stratégie du GBV AoR repose sur les deux objectifs stratégiques du Plan de réponse : (1) besoins vitaux et bien-être physique et mental, et (2) conditions de vie. En 2025, le GBV AoR cible 1,1 million de personnes dans 217 zones de santé où plusieurs impacts humanitaires se superposent.

Dans le cadre de la réponse holistique, le GBV AoR assurera la disponibilité de services accessibles, confidentiels et centrés sur les survivantes, notamment la prise en charge psychosociale, y compris la santé mentale des survivant(e)s de VBG, la réinsertion socio-économique et/ou scolaire des femmes et filles vulnérables, y compris les survivantes de VBG, à travers un kit de réinsertion ou le programme de transfert monétaire, ainsi que l’accompagnement juridique et judiciaire.

Les données ne cessent de démontrer les facteurs de risque VBG liés aux autres secteurs de l’action humanitaire. Le GBV AoR va continuer de renforcer la collaboration avec tous les secteurs de l’assistance humanitaire dans l’intégration de la mitigation des risques VBG. En plus des évaluations et des analyses de risques conjointes, la formation des acteurs des autres clusters ainsi que le suivi des indicateurs de mitigation des risques VBG seront renforcés. Un plaidoyer continu avec les bailleurs de fonds permettra d’améliorer la redevabilité des secteurs dans l’intégration de cette thématique transversale dans leurs interventions.

La feuille de route actualisée de l’appel à l’action sur la protection contre la VBG en situation d’urgence permettra d’optimiser la coordination avec le gouvernement, et les principales parties prenantes, notamment Le Fonds National des Réparations des Victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité (FONAREV) autour des cinq priorités clés (i. Politique et normes, ii. Coordination, iii. Efficacité de la réponse et responsabilité, iv. Mobilisation des ressources et v. Atténuation des risques.).

Ciblage et priorisation

Dans le cadre du processus d'élaboration du Plan de réponse humanitaire 2025, le GBV AoR a sélectionné trois risques spécifiques de VBG parmi les sept principaux risques de protection identifiés lors de l’analyse globale des besoins de protection. Conformément à la méthodologie globale du Cluster Protection et aux recommandations du Global GBV AoR, la sévérité des risques de protection, tels que les violences sexuelles, le mariage forcé, le trafic d’êtres humains, l’abus psychologique et émotionnel, est utilisée comme facteur de pondération pour affiner le calcul de la sévérité des besoins VBG, assurant ainsi une évaluation plus complète et contextualisée des personnes en besoin de protection spécifique contre les VBG. La priorisation a pris en compte les besoins des personnes déplacées internes, des retournés et d’un ratio de 20 % de la population hôte.

Programmation inclusive et de qualité

La réponse VBG dans le cadre de la réponse humanitaire est centrée sur l'intégration de principes transversaux qui garantissent que les interventions humanitaires prennent en compte des enjeux cruciaux liés à l'intersectionnalité, des besoins sexospécifiques et multiples des populations affectées.

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