Democratic Republic of the Congo

Besoins Humanitaire et Plan de réponse République Démocratique du Congo 2025 / Avant-propos du Coordonnateur humanitaire

Avant-propos du Coordonnateur Humanitaire

Le début de l’année 2025 en République démocratique du Congo a été marqué par des développements dramatiques. Alors que le Plan de Réponse Humanitaire était en phase de finalisation et d’approbation, l’espoir d’un apaisement persistait. En l’espace de quelques semaines, la situation a basculé de façon spectaculaire. La prise de contrôle de Goma par le M23 le 27 janvier, suivie de l’intensification des combats au Sud-Kivu et de la prise de Bukavu le 16 février, a plongé le pays et la région des Grands Lacs dans une crise d’une ampleur inédite depuis plusieurs décennies. L’onde de choc de ces événements dépasse largement les provinces directement affectées, et les risques de conflagration régionale sont désormais très élevés, bouleversant l’ensemble de la réponse humanitaire. Depuis plus de trente ans, la RDC traverse une crise humanitaire d’une grande complexité, marquée par de nombreux conflits armés de natures diverses, des épidémies récurrentes et des catastrophes liées aux aléas naturels, amplifiées par le changement climatique. À la fin de l’année 2024, plus de 6,5 millions de personnes étaient déjà déplacées à l’intérieur du pays, faisant de la RDC l’une des plus grandes crises de déplacement au monde. L’insécurité alimentaire touche aujourd’hui plus de 25,6 millions de personnes, et 1,39 million d’enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère. Derrière ces statistiques se cachent des familles déracinées, des vies brisées et des communautés qui, année après année, peinent à se relever. Même si les hypothèses de planification utilisées pour l’élaboration de ce Plan demeurent pertinentes, la réalité sur le terrain a évolué à une vitesse alarmante. Depuis janvier 2025, l’offensive du M23 a marqué un tournant décisif. Les combats autour de Goma ont coûté la vie à des centaines de civils, blessés plusieurs milliers en quelques jours, et entraîné d’importants mouvements de population. L’usage d’artillerie lourde en zone urbaine a touché des quartiers entiers et des infrastructures essentielles, provoquant des pénuries critiques. Les hôpitaux, déjà fragilisés, sont débordés par l’afflux de blessés, tandis que de nombreux stocks humanitaires ont été pillés et que des centres de soins ont été pris pour cible. Les capacités d’intervention des acteurs humanitaires ont été mises à rude épreuve, alors même que les financements internationaux se contractent dangereusement. L’évolution de la situation ne fait que renforcer une crise de protection qui touche de manière disproportionnée les femmes et les jeunes filles, exposées en particulier à un niveau intolérable de violences sexuelles et de violences basées sur le genre. Elle a également un impact sur une situation sanitaire déjà complexe et dégradée, marquée par la faiblesse du système de santé et l’évolution continue de la situation épidémiologique, avec notamment l’émergence en 2024 d’un variant de Mpox, qui a jusqu’à présent fait plus de 1 300 victimes, qui est venu s’ajouter aux maladies telles que choléra, rougeole et malaria. Dans ce contexte, l’adaptabilité et la réactivité ne sont plus des options, mais des nécessités impérieuses. Face à l’instabilité des combats, aux entraves à l’accès humanitaire et à des besoins dépassant largement les ressources disponibles, chaque intervention doit être conçue pour maximiser son impact. Il est essentiel de prioriser les actions vitales, renforcer la coordination avec les autorités congolaises et les administrations techniques, et s’appuyer sur des solutions innovantes pour garantir une assistance efficace aux populations vulnérables. Malgré ces défis immenses, l’engagement de la communauté humanitaire en RDC reste inébranlable. Ce Plan de Réponse Humanitaire 2025 est le fruit d’un effort collectif des Nations Unies, des autorités nationales, des ONG nationales et internationales et de nos partenaires financiers. Mais nous ne pourrons pas relever seuls cette crise d’une ampleur inédite. Une mobilisation internationale accrue est indispensable pour maintenir une réponse à la hauteur des besoins croissants. Je tiens à rendre hommage à toutes celles et ceux qui, sur le terrain, œuvrent sans relâche pour porter secours aux plus vulnérables. Les humanitaires en RDC font face à des risques considérables, et leur dévouement force l’admiration. En 2024, neuf de nos collègues ont tragiquement perdu la vie en exerçant leur mission, et plus de 400 incidents sécuritaires ont entravé l’acheminement de l’aide. Nous leur devons protection et reconnaissance. Mais surtout, nous devons exiger le respect du droit international humanitaire par toutes les parties au conflit – condition essentielle pour garantir un accès sûr aux populations affectées. Nous appelons également au strict respect des droits des personnes déplacées internes et au caractère volontaire de tout retour. Ces retours ne peuvent se faire que dans des conditions sécurisées, volontaires et dignes, conformément aux principes internationaux. Au-delà de l’aide d’urgence, il nous faut aussi reconnaître et valoriser la résilience extraordinaire du peuple congolais. Dans ce pays où près de 70 % des déplacés trouvent refuge auprès de familles d’accueil, la solidarité locale est une force souvent invisible mais fondamentale. Ce sont ces familles qui partagent le peu qu’elles ont pour offrir un toit, de la nourriture et du réconfort à ceux qui ont tout perdu. Enfin, je veux saluer le rôle essentiel des autorités locales et des services de l’État, qui, malgré des ressources limitées et des défis considérables, s’efforcent d’assurer la continuité des services de base. Leur engagement est indispensable, et il est de notre responsabilité collective d’appuyer leurs efforts, sans jamais s’y substituer. L’année 2025 sera décisive. Nous sommes à un moment charnière où les violences s’intensifient, l’incertitude grandit et la pression sur les humanitaires n’a jamais été aussi forte. Nous avons une obligation morale et collective : agir, protéger et porter assistance à ceux qui en ont le plus besoin, en nous appuyant sur les principes humanitaires fondamentaux, absolus et non négociables d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Pour reprendre les mots prononcés par le Secrétaire General des Nations Unies le 6 février 2025 face à cette crise, «_Faites taire les armes ; arrêtez l’escalade ; respectez la souveraineté et l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo ; l'heure est à la médiation_; il est temps de mettre fin à cette crise ; l'heure est à la paix. »

Bruno Lemarquis
Coordonnateur Humanitaire