Burkina Faso - Besoins Humanitaires et Plan de Réponse des Partenaires / Partie 2 : Réponse humanitaire

2.5 Programmation responsable, inclusive et de qualité

Centralité de la protection

Dans un contexte marqué par l’insécurité, les personnes affectées sont exposées à divers risques de protection liés aux incidents sécuritaires. Ainsi, il est primordial que tous les acteurs humanitaires, quel que soit leur domaine d’intervention, placent la centralité de la protection au cœur de leur réponse, en veillant à prévenir ou à atténuer l’impact des risques de protection identifiés sur les populations ciblées par leurs programmes.

En plus des actions spécifiques visant l’analyse de l’environnement de protection, la prévention et l’atténuation des risques de protection intégrées par chaque cluster, les programmes complémentaires en lien avec le Genre et l’inclusion, la Protection contre l'exploitation et les abus sexuels (PEAS) et la redevabilité envers les populations affectées (AAP) concourent à l’atteinte des résultats en termes de Centralité de la protection.

Qualité

En 2025, l’EHP du Burkina Faso a adopté son cadre de redevabilité en matière d'égalité de genre et d'inclusion, d'AAP, de VBG et de PEAS pour la période 2025-2027. L’EHP y réaffirme son engagement à préserver la redevabilité collective en respectant les principes non négociables que le Comité permanent inter-agences (IASC) considère comme fondamentaux pour la réponse humanitaire. Dans un contexte de limitation des ressources, l'EHP a pris des engagements clés pour garantir une aide humanitaire de qualité et inclusive. Il s'agit :

  • De renforcer une approche axée sur l'action, intégrée et contextuelle ;
  • D’amplifier la voix des communautés dans leur diversité, et ce, à toutes les échelles.
  • De systématiser la prise en compte de ces thématiques, y compris dans les processus d'hyper-priorisation ;
  • Et de maintenir un financement et un leadership stratégique.

Par ailleurs, dans le cadre du Cycle de programmation humanitaire (HPC) 2026, les groupes de travail CEAWG/Genre/PEAS ont travaillé avec les clusters pour l'adoption d'indicateurs alignés aux exigences globales et adaptés au contexte du Burkina Faso. En 2026, la communauté humanitaire s'engage à mettre l'accent sur une réponse davantage centrée sur les personnes dans leur diversité. Cette approche est portée par le leadership humanitaire et reflétée dans la programmation et la coordination. Le détail des approches et stratégies par domaines est donné ci-dessous.

Redevabilité envers les personnes affectées et réponse axée sur les personnes

Dans un contexte humanitaire marqué par une baisse significative des financements et la mise en œuvre du « reset humanitaire », l'AAP reste un pilier essentiel de la planification opérationnelle. Cette approche s’est traduite par l’élaboration de lignes directrices intégrant systématiquement la redevabilité dans les interventions des clusters, puis par l’analyse des retours et plaintes communautaires afin d’identifier les besoins prioritaires, attentes et préférences des populations.

Les résultats montrent que les besoins exprimés concernent principalement l’accès à la nourriture, aux soins de santé, à l’abri et aux articles ménagers. A ceux-ci s’ajoutent des besoins en équipements domestiques, soutien économique, activités génératrices de revenus et fournitures scolaires. Les retours communautaires soulignent des insuffisances : retards de distribution, quantités limitées, problèmes de qualité, lacunes dans le ciblage, difficultés d’accès et manque d’informations claires sur les modalités d’assistance.

En complément, l’évaluation multisectorielle des besoins 2025 renforcera l’intégration des voix des populations dans le cycle de programmation humanitaire. En 2026, la priorité sera donnée aux interventions ciblant les personnes les plus vulnérables. Le CEAWG poursuivra la mise en œuvre de la stratégie AAP 2025-2027 approuvée par l’EHP. La collecte, l’analyse et la désagrégation des retours et plaintes communautaires resteront cruciales pour éclairer les décisions stratégiques et ajuster les interventions afin d’améliorer la qualité de l’assistance. Des efforts supplémentaires viseront à renforcer la redevabilité collective par une communication intensive, promouvant les mécanismes inter agences de retours et plaintes des populations afin de garantir un accès équitable et inclusif.

Protection contre l'exploitation et les abus sexuels

ce contexte spécifique de restructuration humanitaire, l’IASC a réaffirmé son engagement à maintenir la PEAS et la tolérance zéro contre l’inaction contre cette grave violation comme des priorités non négociable. De même, les résultats de l’enquête sur le Réseau national PEAS au Burkina Faso notent des avancées significatives mais également des défis qui restent à relever dans ce domaine, notamment l’insuffisance des ressources dédiées à la mise en œuvre à l’échelle du système de l’approche centrée sur les victimes / survivants d’exploitation et abus sexuel, le besoin de renforcement et d’extension du Réseau national PEAS, le besoin de renforcement de la prévention, de l’engagement et de l’appropriation de la PEAS au niveau communautaire, etc.

Conformément aux directives de la Circulaire du Secrétaire Général des Nations unies , à la Stratégie PEAS 2022-2026, et au nouveau cadre de redevabilité AAP, Genre et inclusion et PEAS 2025-2027, le leadership humanitaire (Coordonnateur Humanitaire/EHP) du pays maintiendra son engagement à renforcer la responsabilité et la redevabilité collective sur la PEAS à travers un environnement humanitaire qui respecte et protège les communautés assistées et les humanitaires contre l’exploitation, l’abus et le harcèlement sexuel et qui réponde à de tels actes conformément à l’approche centrée sur les victimes / survivant-e-s .

En droite ligne avec les priorités du domaine, (i) la PEAS sera renforcée dans le pays et intégrée dans les mécanismes de planification et de coordination de la réponse humanitaire des clusters et dans le secteur de développement. Un appui sera apporté au processus d’intégration de la PEAS au sein des ministères clés du Gouvernement ; (ii) une planification et plaidoyer conjoints avec d’autres groupes thématiques Genre et inclusion et VBG y compris les donateurs diversifiés renforceront l’accès aux ressources et l’offre des services holistiques aux survivantes/victimes d’exploitation et abus sexuel ; (iii) l’expansion du Réseau PEAS dans d’autres régions continuera avec un accent particulier sur l’engagement communautaire sur la PEAS à travers le renforcement des organisations à base communautaire y compris les organisations féminines et le mécanisme communautaire de retours et de plaintes. Le renforcement des capacités des acteurs sera maintenu pour un meilleur alignement sur les normes et standards de la PEAS et en matière de prévention et de mitigation des risques, de la réponse et de l’investigation.

Égalité genre et autonomisation des femmes et des filles

Les résultats provisoires de l’analyse genre de la réponse humanitaire et les consultations conduites avec 75 représentantes d'organisations dirigées par des femmes, des jeunes filles, et des femmes en situation de handicap dans les régions du Bankui, des Koulsé, du Nakambé, du Goulmou, du Yaadga, du Liptako et du Kadiogo (56 pour cent de ces organisations venant des zones urbaines et 44 pour cent venaient des zones rurales) montrent la nécessité de renforcer la prise en compte de l’égalité genre et inclusion pour une réponse humanitaire résiliente et qui sauve des vies.

En effet, si la crise a fondamentalement modifié les rôles et responsabilités traditionnels entre hommes, femmes, filles et garçons, ceci n’a pas eu un impact significatif en ce qui concerne la prise de décision et participation des femmes et filles dans la gestion du ménage et au niveau communautaire. Les femmes et filles ont vu leurs responsabilités accrues dans le travail, la recherche des ressources et la survie du ménage (revenus, éducation des enfants, approvisionnement en eau et nourriture). Certaines sont devenues cheffes de ménage. Les hommes sont confrontés à la perte d’emploi ou au déplacement, et participent davantage aux tâches domestiques tout en gardant le pouvoir de décision. Les obstacles différenciés existent pour l’accès aux services et biens humanitaires comprenant entre autres : l'inaccessibilité physique aux infrastructures (pour les personnes handicapées), les barrières socioculturelles (pour les femmes cheffes de ménage ou adolescentes mères), les contraintes sécuritaires, financières ou géographiques (PDI dans les zones non lotis) et défis d’accès aux informations. Les incidents de VBG se sont complexifiés affectant en majorité les femmes et filles. Par ailleurs, dans un contexte de limitation des ressources, des réponses adaptées aux besoins spécifiques restent difficiles. Aussi, les risques d’exploitation et abus sexuels restent accrus. Ce contexte contribue à renforcer les vulnérabilités différenciées et accrues et les catégories les plus exposées sont : les personnes handicapées, les personnes âgées, les filles-mères, les adolescentes, les femmes cheffes de ménage et les veuves en raison de l'accumulation des facteurs d'exclusion.

Environ 98 pour cent des organisations dirigées par des femmes (ODF) enquêtées pendant l’analyse genre, sont affectées par la réduction des financements humanitaires, menaçant directement leur travail et la pérennisation des acquis. Ces dernières travaillent surtout grâce à un financement propre (89 pour cent) et 52 pour cent déclarent n’avoir pas bénéficié de financement humanitaire au cours des trois dernières années (entre 2023 et 2025). Au-delà du financement, ces ODF rencontrent des difficultés majeures pour participer et influencer le Cycle de programmation humanitaire y compris : le faible accès à l’information ; le déficit de capacités techniques et organisationnelles, la perception des partenaires techniques et financiers et acteurs humanitaires sur le travail des ODF.

Dans la continuité des efforts entamés ces trois dernières années, le Groupe de travail Egalité Genre et Inclusion dans la réponse humanitaire (GT EGIAH) appuyé par le programme GenCap du IASC poursuivra les efforts pour soutenir l’intégration du genre dans la réponse humanitaire au Burkina Faso. Alignés aux priorités de la réinitialisation humanitaire et politique égalité genre du IASC, le travail consistera à consolider les acquis tout en soutenant un engagement continu matérialisé par des actions concrètes du leadership et de la communauté humanitaire. Toute chose qui nécessite un financement prévisible et conséquent.

Dans un contexte de réduction de ressources financières, matérielles et humaines, le GT EGIAH continuera de travailler en étroite collaboration avec le réseau PEAS, le AoR VBG et autres cadres de coordination pertinents.

Handicap et autonomisation

Les personnes handicapées font face à de nombreux défis et barrières qui limitent leur accès aux services et biens humanitaires et l’exercice de leurs droits. Aussi, le pays est confronté aux menaces liées aux EEI avec des conséquences sur la sécurité et le bien-être des communautés et particulièrement les enfants et les femmes. Les femmes handicapées sont confrontées à une double discrimination fondée sur le genre et le handicap. Les personnes handicapées restent moins représentées et moins visibles tout au long du cycle de planification humanitaire.

En 2026, les priorités porteront sur :

  • Le suivi de la mise œuvre et reporting du cadre de redevabilité de l'EHP sur le genre, la redevabilité, les VBG et la PEAS (2025 - 2027) ;
  • L’accompagnement des clusters dans l’implémentation des « 4 Actions Incontournables » des directives du Comité Permanent Inter organisations (CPI) sur l'inclusion des personnes handicapées dans l'action humanitaire à savoir la participation significative des personnes handicapées ; la suppression des barrières ; l’autonomisation et développement des capacités des personnes handicapées et la collecte et analyse des données sur le handicap, l'âge et le sexe ;
  • Le renforcement des capacités des acteurs humanitaires ;
  • Le plaidoyer pour une meilleure implication des organisations des personnes handicapées dans le Cycle de programmation humanitaire.

Environnement

Les interventions humanitaires 2026 intégreront des mesures visant à protéger et, tant que possible, à restaurer l’environnement naturel tout en répondant aux besoins prioritaires des communautés affectées. Dans un contexte marqué par la dégradation des terres, la pression sur les ressources forestières et les risques sécuritaires liés à la collecte de bois de chauffe, la réponse humanitaire prêtera une attention particulière aux solutions réduisant l’impact environnemental, telles que l’utilisation d’emballages recyclables, la distribution de foyers améliorés et de kits solaires pour limiter la dépendance au bois de chauffe. Des activités de reboisement participatif et la promotion de petits potagers communautaires utilisant des techniques agro-écologiques seront encouragées afin de renforcer la résilience écologique et la sécurité alimentaire.

Une attention particulière sera accordée à l’inclusion des groupes vulnérables (personnes handicapées, âgées, jeunes et déplacées internes) en adaptant les activités à leurs capacités et en offrant des opportunités économiques durables, notamment pour les femmes afin de réduire les risques liés à la recherche de bois. Les actions de sensibilisation à la protection de l’environnement seront renforcées par des campagnes en langues locales via les radios communautaires, les leaders locaux et agents humanitaires. Ces actions seront mises en œuvre en coordination avec les autorités locales, les ONG et les agences onusiennes, et s’appuieront sur les mécanismes de redevabilité et d’engagement communautaire existants dans le but de garantir une plus grande participation active des populations.


Genre

Priorités égalité genre et autonomisation des femmes et filles dans la réponse humanitaire en 2026

References