En 2026, plus de 4,5 millions de personnes vivant dans des départements classés en sévérité intersectorielle 3 et 4 du JIAF auront besoin d’une assistance humanitaire urgente au Tchad, contre 7 millions de personnes en 2025. Et 2,7 millions de ces personnes y compris 422 000 réfugiés sont dans une zone de sévérité 3, tandis que 1,9 million dont 770 000 réfugiés sont dans une zone de sévérité 4. Comparé à 2025, le paysage des besoins humanitaires s’est recomposé autour de poches de sévérité extrême plutôt que d’un plateau uniforme. Cette baisse apparente de plus de 36% ne traduit en rien une amélioration du contexte ; elle s’explique d’abord par un recentrage méthodologique et une réduction de la portée géographique de l’analyse conduits par l’analyse des chocs. Alors que le HNRP 2025 couvrait l’ensemble des 70 départements et comptabilisait les populations en sévérité 1 à 5, l’exercice 2026 se concentre sur 53 départements qui ont été impactés par un choc entre 2023 et 2025 et ne retient dans le PiN que les populations les plus sévèrement touchées (Sévérité 3 et 4). Autrement dit, environ 1 million de personnes en sévérité 1 et 2 sortent statistiquement du PiN, mais restent objectivement vulnérables.
Sur le plan géographique, l'analyse de la sévérité intersectorielle des départements révèle que six départements (Mamdi, Kaya, Fouli, Assoungha, Kobé, Kimiti) dans quatre provinces (Ouaddai, Wadi Fira,Sila et Lac) présentant les niveaux de criticité des besoins les plus élevés (Sévérité 4). Dans les provinces de l'Est (Ouaddaï, Wadi Fira), la crise soudanaise, conjuguée à une crise alimentaire, nutritionnelle et sanitaire a généré une concentration exceptionnelle de vulnérabilités, avec le besoin d'assistance critique dans des secteurs comme la Santé, le WASH, l’assistance alimentaire et nutritionnelle ainsi que la protection. La province du Lac présente la sévérité intersectorielle la plus critique avec trois départements sur six classés en sévérité 4 (Mamdi, Kaya, Fouli), où 260 000 personnes restent déplacées1 à la suite des violences des GANE, et où 898 incidents de protection ont été signalés entre février et septembre 2025. L’ensemble des personnes dans le besoin pour 2026, sont localisées dans 17 provinces (Batha, Borkou, Hadjer Lamis, Ennedi Est, Ennedi Ouest, Guéra, Hadjer Lamis, Logone Oriental, Mandoul, Moyen Chari, N'djamena, Ouaddaï, Salamat, Sila, Wadi Fira, Chari Baguirmi, Kanem). Une analyse intersectionnelle identifie quatre groupes de population particulièrement vulnérables nécessitant une attention prioritaire. Les enfants et adolescents représentent 61% des réfugiés soudanais et 68% des retournés. Avec eux, 1,85 million d'enfants, y compris les enfants tchadiens, nécessitent une assistance nutritionnelle, dont 537 000 souffrent de malnutrition aiguë sévère2, et 934 482 enfants ont besoin d'assistance en éducation. De plus, 83% des enfants réfugiés n'ont pas accès à l'école et le travail des enfants est largement répandu3 . Les femmes et filles, constituant 90% des réfugiés traversant la frontière, font face à des risques aigus avec 425 954 femmes et filles nécessitant une assistance VBG, et plus de 300 000 femmes enceintes ou allaitantes souffrant de malnutrition aiguë4 . Plus de 76% des ménages réfugiés ont subi des violations des droits humains, incluant des agressions physiques (36%) et l'extorsion de biens (32%)5. Les réfugiés, les retournés, les personnes déplacées internes ainsi que les populations hôtes restent au cœur des dynamiques de risque, car installés dans des sites saturés, dépendants de l’assistance et souvent sans documents d’identité, ils cumulent violations de droits, insécurité alimentaire et absence de perspectives6. Les personnes âgées, les personnes vivant avec un handicap et certains groupes minoritaires, notamment dans le Sud et le Lac ; expriment, via les mécanismes de redevabilité, un sentiment accru d’invisibilité dans la réponse. Les analyses des plaintes inter-agences montrent que la majorité des requêtes émane de femmes (plus de 60 %) et de personnes en situation de handicap, demandant surtout une assistance alimentaire, des abris et du cash, ce qui confirme une forte précarité économique et des trous de couverture dans les services de base7.
La crédibilité des chiffres de l’analyse des PiN 2026 repose sur un socle méthodologique renforcé, malgré des ressources limitées. L’analyse utilise le cadre JIAF intersectoriel, combinant données quantitatives (Cadre harmonisé, enquêtes ménages OIM, enquêtes nutritionnelles SMART, données de morbidité, suivi choléra et rougeole, statistiques de déplacement et d’accès) et données qualitatives (évaluations multisectorielles rapides, monitoring de protection Projet 21, mécanismes de redevabilité). Le Projet 21 a, par exemple, collecté des données auprès de 6 101 ménages et 2 141 informateurs clés dans 26 départements, documentant plus de 10 000 incidents individuels et permettant une triangulation fine entre perception communautaire et risques objectivés8. Les contraintes budgétaires de 2025 ont toutefois réduit le volume d’évaluations de terrain et d’enquêtes de représentativité statistique dans certaines zones d’accès difficile (Lac, Est et Sud). Les équipes ont compensé par un recours accru à l’analyse d’experts inter-secteurs, à la revue systématique des données secondaires (HNRP 2025, flashs inondations, rapports sectoriels, profils de déplacement UNHCR, analyses ACAPS, Analyses des données secondaires REACH/IMPACT et d’autres sources pertinentes) et à des rencontres d’analyse de preuves, permettant de documenter les sévérités JIAF et de valider les chiffres des PiN. Malgré ces efforts, des incertitudes demeurent : la sous-déclaration probable des VBG dans certaines localités, la couverture partielle des zones, les délais de remontée d’information dans certaines zones inondées ou enclavées, l’accès difficiles à certaines sources de données secondaires. Ces limites sont explicitement prises en compte dans l’analyse, ce qui plaide pour une lecture avisée et confiante des tendances ; la crise ne se résorbe pas, elle se recompose autour de poches de sévérité extrême.
1.2 Sévérité des besoins par département
1.2 personnes dans le besoin par département
Priorités, préférences & capacités des communautés affectées
Les consultations communautaires réalisées entre 2024 et fin 2025, incluant l’enquête de perception menée à l’Est, au Lac et N’Djamena, les rapports des mécanismes CIF/AAP, l’ERM auprès des communautés hôtes de l’Est, les audits VBG du Lac, le monitoring du Projet 21 et la DTM sur les retournés du Soudan, offrent un éclairage uniforme et profond sur les priorités, les préférences et les capacités des populations affectées au Tchad. Ces données, croisées avec les constats de FEWSNET sur la sécurité alimentaire, confirment une dégradation multidimensionnelle des conditions de vie et la montée d’une vulnérabilité chronique. Les analyses de perception indiquent clairement que les communautés, malgré leur résilience reconnue, voient leur capacité d’absorption s’amenuiser en 2025 et anticipent des besoins encore plus importants en 2026. Les populations interrogées font état d’une hiérarchie de besoins relativement homogène à savoir l’accès à la nourriture, à l’eau potable, aux soins de santé, aux abris/AME, et à la protection. Toutefois, plusieurs nuances émergent selon le statut, le genre et la zone géographique.
Priorités des communautés touchées
Communautés hôtes de l’Est (Ouaddaï, Sila, Wadi Fira, Ennedi Est)
Les communautés hôtes de l’Est identifient l’accès à l’eau potable comme priorité absolue. L’évaluation multisectorielle ERM révèle qu’environ 75 à 79 % des ménages considèrent l’eau comme leur besoin le plus pressant9, en raison de la forte pression exercée par les réfugiés et retournés soudanais, de la surcharge des points d’eau et de la dégradation des infrastructures. La santé constitue la seconde priorité, environ 64 % des ménages signalent des difficultés d’accès10, principalement dues à la saturation des centres, aux ruptures de médicaments et à la hausse des cas de malnutrition. La nourriture arrive en troisième position. La pression démographique, la réduction des terres agricoles disponibles et la hausse des prix affectent directement la sécurité alimentaire des hôtes. Les enfants des communautés hôtes placent l’éducation comme leur premier besoin, reflétant l’encombrement des écoles et l’impact des mouvements de population11.
PDI et autres communautés du Lac
Dans la province du Lac, les priorités sont davantage marquées par le déplacement et l’exposition aux violences. Les données des CIF et l’enquête de perception montrent que la nourriture est le besoin principal : 64 % des PDI la citent comme priorité n°112, et 78 % la mentionnent dans les priorités multiples de leur ménage13. Les données FEWS NET confirment que plusieurs provinces entreront en Phase 3 (Crise) de l’IPC entre fin 2025 et mi-2026, aggravant la dépendance à l’assistance alimentaire14. Les abris/AME représentent un enjeu majeur (17 % des plaintes CIF)15, particulièrement pour les personnes âgées, les personnes handicapées et les familles nouvellement déplacées. Le WASH reste critique et de nombreux ménages rapportent des distances longues pour accéder à l’eau et une absence de latrines sécurisées, augmentant les risques de maladies hydriques et de violences envers les femmes et filles. La protection occupe une place prioritaire pour les femmes et les adolescentes. L’audit VBG réalisé au Lac par le Cluster VBG, révèle des niveaux alarmants de violences conjugales, violences sexuelles et mariages forcés. Ces risques sont accentués lors des déplacements quotidiens vers les points d’eau, les marchés ou les zones de collecte de bois. Les données de montoring de protection du Projet 21 montrent une augmentation de près de 80 % des incidents de protection entre 2024 et 202516, confirmant que la protection fait désormais partie des besoins essentiels, au même titre que l’eau ou la nourriture. Les besoins de santé sont également soulignés. En effet, le faible accès aux soins maternels, les coûts des médicaments et la fréquence du paludisme et des infections hydriques aggravent la vulnérabilité des ménages.
Réfugiés soudanais et retournés tchadiens
Les profils des réfugiés et des retournés sont marqués par l’absence quasi totale de moyens de subsistance à l’arrivée. Les réfugiés soudanais citent l’eau potable comme leur besoin prioritaire. 38 % la classent en première position, devant la nourriture17, en raison des files d’attente prolongées et du manque de points d’eau adaptés. Les retournés tchadiens priorisent la nourriture, citée par près de 70 % comme besoin principal18 , confirmant que leur retour s’effectue souvent sans actifs, sans ressources et sans logement stable. Les deux groupes expriment également des besoins urgents en abris, AME, et soins de santé, notamment pour les femmes enceintes et allaitantes, les enfants malnutris et les personnes blessées ou traumatisées.Préférences en matière de modalités d’aide et canaux d’information
Modalités d’aide préférées
Les communautés hôtes et locales indiquent une préférence croissante pour les transferts monétaires, considérés comme plus flexibles pour couvrir les dépenses prioritaires (alimentaires et non alimentaires). L’enquête de perception qui est la plus exhaustive et complète montre une forte préférence pour le cash dans les zones hôtes et chez les PDI, lorsque les marchés sont accessibles19 Cependant, pour les réfugiés et les retournés nouvellement arrivés, les préférences se tournent vers les vivres, les AME, les kits WASH et les abris d’urgence, du fait de leur incapacité à répondre rapidement à leurs besoins via les marchés locaux. Les différences sexospécifiques sont marquées, en effet, les femmes privilégient les transferts monétaires réguliers et prévisibles, ainsi que des kits de dignité et des infrastructures sécurisées (latrines séparées, éclairage, abris renforcés)20. Quant aux hommes, ils expriment un intérêt supérieur pour les intrants agricoles et les ressources permettant de relancer les moyens de subsistance.
Canaux d’information préférés
L’enquête de perception auprès des communautés hôtes et locales montre que les ménages favorisent les canaux de proximité. Les rencontres communautaires (49 %) arrivent en tête des choix suivi des représentants communautaires (47 %) comme véhicule d’information et enfin les téléphones/SMS (39 %) arrivent comme moyens fiables. Les réfugiés et retournés ont recours prioritairement aux leaders communautaires comme source d’information fiable, tandis que les PDI utilisent davantage les SMS. Les femmes demandent des espaces sûrs et des relais féminins pour recevoir des informations liées à la santé, au bien-être et à la protection.
Stratégies et capacités d’adaptation des communautés
Les communautés affectées continuent de faire preuve d’une résilience remarquable, mais leurs mécanismes d’adaptation sont aujourd’hui soumis à une pression croissante. Les multiples chocs, engendrant les déplacements répétés, la hausse des prix, l’insécurité persistante et la saturation des services essentiels, affaiblissent progressivement leur capacité à faire face sans assistance extérieure. Les communautés déploient des mécanismes d'adaptation variés mais soumis à une pression croissante.
Les données disponibles montrent que les communautés affectées au Tchad mobilisent encore des mécanismes d’adaptation, mais que ces capacités se fragilisent rapidement face à l’intensification des chocs. La combinaison de l’insécurité, des déplacements récurrents, de la hausse des prix alimentaires, de la pression démographique et des pertes structurelles de moyens de subsistance réduit leur marge de manœuvre. Les analyses des données de l’Enquête Nationale de Sécurité Alimentaire (ENSA) confirment cette tendance, dans plusieurs départements, plus de 60 % des ménages recourent désormais à des stratégies d’adaptation de stress, et entre 3 et 37 % utilisent déjà des stratégies d’adaptation dites d’urgence, considérées comme les plus dommageables21.
Stratégies positives : une résilience encore active mais sous tension
Malgré un contexte de plus en plus difficile, les communautés continuent de déployer des stratégies positives essentielles pour amortir les crises. Ces mécanismes jouent un rôle déterminant dans le maintien de la cohésion sociale et la gestion des besoins immédiats.
Mobilisation communautaire : L’enquête de perception montre que la mobilisation collective demeure un pilier majeur, 55 % des familles participent à des initiatives locales de sensibilisation, d’organisation interne et de résolution communautaire de problèmes22. Cette mobilisation contribue notamment à l’orientation des personnes vulnérables et à la prise en charge communautaire des urgences locales.
Soutien mutuel : Les dynamiques de solidarité restent très présentes, avec 39 % des ménages déclarant partager de la nourriture, soutenir la construction d’abris ou accorder des prêts informels23. Ce soutien, souvent porté par les femmes et les réseaux de voisinage, constitue une forme de protection essentielle contre l’effondrement total des moyens d’existence.
Comités locaux : Les comités de protection, de gestion de l’eau et d’assainissement (20 % des ménages impliqués) assurent un rôle critique dans la transmission des informations, la gestion des infrastructures et l’orientation des cas sensibles24. Dans des zones où l’accès institutionnel est limité, ces comités sont souvent les premiers points de référence pour les ménages.
Activités génératrices de revenus (AGR), une dynamique portée par les femmes. Dans l’Est et dans les sites de retournés, les femmes développent des AGR telles que le petit commerce, le maraîchage ou l’artisanat, contribuant ainsi à la stabilité économique du ménage25. Si ces initiatives sont encore actives, les données NSA montrent que dans plusieurs zones, leur durabilité est menacée par des stratégies d’adaptation plus négatives qui se renforcent.
Stratégies négatives : des mécanismes de survie de plus en plus répandus
La situation actuelle indique une montée inquiétante des stratégies négatives. Dans certains départements (par exemple Barh El Gazal Ouest ou Batha Est), jusqu’à 36 % des ménages utilisent déjà des stratégies d’urgence telles que la vente d’actifs ou la réduction drastique de la consommation26. Cela confirme l’épuisement rapide des capacités de réponse.
Réduction du nombre et de la qualité des repas : Documentée à la fois dans le monitoring de protection et l’enquête de perception, cette pratique touche de plus en plus de ménages. La baisse de la diversité alimentaire accroît les risques de malnutrition, notamment chez les enfants de moins de cinq ans27.
Endettement et liquidation des actifs productifs : Les ménages recourent à l’endettement ou vendent du bétail, des outils agricoles ou des biens commerciaux pour faire face à leurs besoins essentiels. L’Enquête Nationale de Sécurité Alimentaire (ENSA) confirment une hausse importante de ces stratégies de stress dans plusieurs départements (souvent supérieure à 60 % des ménages)28.
Collecte de bois, une stratégie dangereuse fortement genrée : Pour compenser la perte de revenus, certaines familles dépendent davantage de la collecte de bois. L’audit VBG montre que cette pratique expose les femmes et filles à un risque accru de violences sexuelles et physiques, particulièrement dans la province du Lac29.
Mariages précoces et forcés, un mécanisme de survie : L’audit VBG documente des niveaux alarmants de mariages précoces (49 % dans certaines localités du Lac), considérés par certains ménages comme une stratégie économique ou de “protection”30. Cette pratique, en expansion, constitue une violation grave des droits des filles.
La combinaison des données, montrent clairement que le seuil critique de résilience est en train d’être dépassé, en effet, la proportion faible de ménages n’utilisant aucune stratégie négative (parfois inférieur à 10 %) montre que la majorité est déjà en situation de vulnérabilité avancée. Tandis que le recours massif aux stratégies de stress (Supérieur à 60 % dans plusieurs départements du centre et de l’est) révèle une incapacité à maintenir un niveau minimal d’autonomie. Enfin, la présence non négligeable de stratégies d’urgence (jusqu’à 36 %) indique que certaines communautés basculent déjà dans des pratiques irréversibles, compromettant leur redressement futur31.
Sans une intensification de l’assistance alimentaire, du cash, des filets de sécurité, du soutien WASH, de la protection et du relèvement économique, ces dynamiques s’aggraveront davantage en 2026.
Perspectives et risques humanitaires
Le Tchad demeure l'un des pays les plus vulnérables aux chocs multidimensionnels, avec un indice INFORM Risk de 7,8 le classant au 4e rang mondial des pays à risque très élevé32. L'année 2026 s'annonce particulièrement critique, marquée par une convergence de risques climatiques, sécuritaires et épidémiologiques qui menacent directement les 4,5 millions de personnes dans le besoin. Au Tchad, trois chocs (Climatique, Sécurité/conflit, Epidémie) sont récurrents et le tableau d’analyse du niveau de risque montre que ces trois chocs ont des niveaux de risque élevé. Cette situation exige une vigilance accrue et une préparation renforcée pour atténuer l'impact des chocs prévisibles et émergentes.
Risques climatiques : inondations et sécheresse
Les inondations constituent le risque le plus imminent et le plus dévastateur. En 2024, le Tchad a connu les pires inondations depuis 30 ans, affectant près de 2 millions de personnes à travers 19 des 23 provinces33.Le pays a enregistré 576 décès et des pertes économiques estimées à 380 millions de dollars, avec 433 000 hectares de terres cultivées détruites et 218 000 habitations endommagées34. Les modélisations climatiques projettent que des inondations de cette ampleur pourraient survenir tous les 2 à 5 ans35, rendues 80 fois plus probables et 20 % plus intenses à cause du changement climatique36.
L'analyse du bassin du Lac Tchad révèle une vulnérabilité structurelle amplifiée par l'héritage des sécheresses des années 1970-1980 qui ont laissé des sols imperméables, augmentant le risque d'inondations soudaines37. Les provinces les plus exposées incluent le Lac, Mandoul, Mayo Kebbi Est et Ouest, Logone Oriental et Occidental, ainsi que N'Djamena où le fleuve Chari représente une menace récurrente38. Paradoxalement, la sécheresse menace simultanément les zones sahéliennes et sahariennes du nord, où la désertification progresse à un rythme de 3 kilomètres par an39. Cette alternance brutale entre inondations et sécheresses crée une imprévisibilité qui déstabilise les systèmes agricoles et pastoraux, piliers de 83 % de la population active40.
Risques sécuritaires : persistance de la violence et afflux transfrontaliers
Les défis sécuritaires subsistent malgré les efforts soutenus du Gouvernement. La région du Lac demeure un théâtre d'opérations militaires actives contre les GANE, même si l’on a constaté une tendance à l’accalmie en 2025. L'attaque dévastatrice du 27 octobre 2024 qui a coûté la vie à au moins 40 soldats tchadiens à Barkaram41 a déclenché l'Opération Haskanite en novembre 2024, marquant une escalade significative. Cette opération militaire a causé la mort de 96 combattants des groupes armés et contraint de nombreux combattants à traverser les frontières vers le Nigeria et le Cameroun42, créant une dynamique régionale instable.
L'indice INFORM Risk attribue au Tchad un score de 9,9/10 pour la probabilité de conflit projeté et 5,3/10 pour l'intensité actuelle du conflit43, plaçant le pays au 27e rang mondial pour les risques d'exposition aux dangers. À cela s'ajoute la crise soudanaise qui continue de générer des mouvements de population massifs. Les zones frontalières de l'Est notamment les provinces du Ouaddaï, Sila, Wadi Fira et Ennedi Est, accueillent plus de 900 000 réfugiés soudanais au 31 décembre 2025et 180 000 nouveaux attendus en 2026. Cette pression démographique exacerbe les tensions intercommunautaires et la compétition pour les ressources naturelles déjà limitées.
La situation sécuritaire au Tchad reste marquée par des dynamiques structurelles et transfrontalières persistantes. Les tensions liées à l’accès aux polders et aux ressources naturelles, aux questions foncières et à la cohabitation entre éleveurs et agriculteurs alimentent régulièrement des conflits communautaires. Sur les 25 conflits enregistrés au premier semestre 2025, 15 ont eu lieu dans les provinces du Sud. Ces conflits communautaires qui sont rapportés accentuent les défis sécuritaires et les contraintes d’accès humanitaire.
Entre mars et décembre 2025, 33 incidents sécuritaires ont affecté les acteurs ainsi que les opérations humanitaires, dont 13 cas de braquage de véhicules. Les provinces de l’Est ont enregistré 30 de ces incidents. Cette recrudescence des attaques ciblant le personnel humanitaire constitue une évolution préoccupante, alors qu’aucun braquage de véhicule n’avait été signalé en 2024.
Dans la province du Lac, l’activisme persistant des groupes armés non étatiques dans le bassin du lac Tchad, continue d’alimenter l’instabilité. L’attaque de la base militaire de Barkaram en octobre 2024 a déclenché une réponse militaire d’ampleur, renforçant les efforts de stabilisation dans la zone.
À l’Est, l’afflux massif de réfugiés lié au conflit au Soudan depuis avril 2023 représente un autre facteur majeur de pression. L’arrivée de 882 000 réfugiés depuis 2023 s’ajoute à des vulnérabilités préexistantes et intensifie la compétition pour des ressources naturelles limitées. Dans ce contexte, la ceinture sécuritaire déployée le long de la frontière soudanaise vise à prévenir tout débordement du conflit. Parallèlement, le dialogue permanent entre autorités nationales et communautés contribue à désamorcer les tensions potentielles liées à la présence importante de réfugiés soudanais.
Risques épidémiologiques : choléra et maladies à potentiel épidémique
L'épidémie de choléra déclarée officiellement le 24 juillet 2025 et ayant pris fin le 23 décembre 2025, a connu une expansion géographique alarmante. Au 27 octobre 2025, le pays comptabilisait 2 853 cas confirmés et 156 décès, soit un taux de létalité de 5,5 %44. La maladie s'est propagée de son épicentre initial dans le camp de réfugiés de Dougui (province d'Ouaddaï) à 91 aires de santé réparties dans 14 districts sanitaires couvrant quatre provinces : Ouaddaï (8 districts), Sila (3 districts), Guéra (Bitkine) et Hadjer Lamis (Bokoro)45. La proximité avec le Soudan, où l'épidémie a causé 3 368 décès sur 120 496 cas46, constitue un facteur de risque majeur pour la propagation transfrontalière. Les conditions structurelles favorisant la transmission demeurent critiques, on note que seulement 36 % de la population a accès à des services d'eau de base, 64 % pratiquent la défécation à l'air libre47, et le surpeuplement dans les camps de réfugiés amplifie les vulnérabilités. L'indice INFORM Risk attribue au Tchad un score de 7,3/10 pour le risque épidémique48. En parallèle, le paludisme, la rougeole, la diphtérie et la dengue représentent des menaces sanitaires additionnelles dans un contexte où les trois quarts des infrastructures de santé sont en état précaire ou non fonctionnelles dans certaines zones.
Personnes dans le besoin projetées et chocs anticipés
Le PiN global de 4,5 millions intègre un facteur de projection pour les risques connus, particulièrement les populations exposées aux zones inondables identifiées et les communautés frontalières susceptibles d'accueillir de nouveaux déplacements. Les modélisations prévoient que :
Inondations de la saison des pluies 2026 (juin-octobre) : Jusqu'à 500 000 personnes supplémentaires pourraient être affectées si les précipitations atteignent les niveaux de 2022 ou 2024, avec un impact concentré dans les provinces du Lac (230 000 personnes à N'Djamena seules), Mandoul, et Mayo Kebbi.
Insécurité alimentaire aiguë (période de soudure juin-août 2026) : 2,9 millions de personnes en phases 3 à 5 du Cadre Harmonisé, soit une réduction de 27 % par rapport à la même période de 202549.
Nouveaux déplacements transfrontaliers : 180 000 personnes supplémentaires (réfugiés soudanais et retournés tchadiens) attendues d'ici la fin 2026 en provenance du Darfour, particulièrement suite à l'intensification des violences autour d'El Fasher.
Expansion du choléra : 50 000 à 100 000 cas additionnels potentiels si la maladie continue sa progression géographique vers les provinces du Sud, facilitée par la contamination humaine et des sources d'eau pendant la saison des pluies.
Mécanismes de suivi situationnel et coordination des évaluations
Le suivi de la situation humanitaire au Tchad repose sur un système de surveillance coordonné mobilisant plusieurs mécanismes complémentaires. La Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l'OIM réalise des évaluations bimestrielles dans les provinces de l'Est, du Lac et du Sud pour documenter les flux de population et les besoins des personnes déplacées, tandis que le Cadre Harmonisé produit deux analyses annuelles (mars et novembre) projetant l'insécurité alimentaire pendant les périodes courante et de soudure, l’exercice de mars 2026 étant déterminant pour le pré-positionnement de l'assistance alimentaire. Sur le plan sanitaire, le SNIS assure un reporting hebdomadaire des maladies à potentiel épidémique, complété par les bulletins du Cluster Santé qui coordonnent la réponse aux flambées comme le choléra. REACH conduit des évaluations de perception trimestrielles et déploie des évaluations rapides dans les 72 heures suivant les urgences majeures. Le PAM surveille mensuellement 45 marchés sentinelles pour détecter les tensions sur les prix et les ruptures d'approvisionnement. OCHA travaille avec un ensemble d’acteurs pour une agrégation des résultats sorties de chaque système pour cohérence méthodologique et l'utilisation optimale des ressources d'évaluation tout au long du cycle de programmation 2026.
Surveillance des risques et systèmes d'alerte précoce
Calendrier saisonnier des risques et planification
Le contexte tchadien est marqué par des chocs saisonniers prévisibles qui nécessitent une planification anticipée
Calendrier saisonnier des risques et planification
References
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