Tchad Besoins et Plan de Réponse Humanitaire 2026 / Partie 2 : Réponse humanitaire

2.2 Personnes ciblées et prioritaires

Personnes ciblées

Dans un contexte marqué par une superposition de crise persistante, notamment l’afflux massif de réfugiés soudanais, l’insécurité chronique dans le bassin du Lac Tchad et les chocs climatiques récurrents induisant les inondations et la sécheresse, la communauté humanitaire a opéré un arbitrage stratégique majeur pour 2026. Sur une population totale de 4,5 millions de personnes dans le besoin identifiées par les analyses, l’Aperçu des Besoins et Plan de Réponse Humanitaire (HNRP) 2026 cible, 3,4 millions de personnes. Ce chiffre marque une rationalisation de 38 % par rapport à la cible de 2025 (5,5 millions), témoignant d'une volonté de concentrer les ressources limitées sur les besoins les plus sévères plutôt que de saupoudrer l'assistance. Cette baisse s'explique aussi par l'adoption d’une nouvelle méthodologie de ciblage sectoriel et intersectoriel, qui privilégie une approche axée sur les besoins critiques dans les zones de sévérité intersectorielle 3 à 5, requérant qu'au moins quatre clusters présentent cette sévérité pour qu'un département soit classifié en conséquence.
Ce ciblage inclut spécifiquement les cinq provinces de l'Est (Ouaddaï, Sila, Wadi Fira, Ennedi Est et Ouest) concentrent 65,5% des personnes ciblées (2,2 millions personnes), y compris 1,07 million de réfugiés soudanais (dont 180 000 nouveaux attendus en 2026), 330 000 retournés tchadiens et 800 000 autres personnes. La province du Lac représente 13,8% de la cible (464 000 personnes) où les communautés font face à l'insécurité, la malnutrition et les épidémies récurrentes. Les six provinces du sud totalisent 4,7% des personnes ciblées (157 771 personnes), tandis les 9 autres provinces comprises dans la portée de l’analyse comptent 16% (541 000 personnes).
La formule de ciblage standardisée a été appliquée rigoureusement : 100 % des populations des zones en sévérité intersectorielle 4 et 5, et un maximum de 50 % dans les zones en sévérité 3, afin de garantir une réponse à fort impact. Cette approche garantit que l'intégralité des personnes vivant dans les situations les plus critiques reçoit une assistance, tout en permettant une couverture partielle des zones en crise modérée, en fonction des capacités opérationnelles disponibles.


personnes ciblées par département

personnes ciblées par département

Personnes prioritaires

Au sein des personnes ciblées, 1,9 million de personnes sont identifiées comme prioritaires absolues, correspondant à 100% du PiN intersectoriel des zones en phases de sévérité 4. Ces populations font face à des besoins critiques et urgents nécessitant une assistance immédiate pour prévenir une détérioration catastrophique de leur situation.

La province du Lac présente une concentration critique avec trois départements en sévérité 4 (Mamdi, Kaya, Fouli avec 409 000 personnes), caractérisés par des privations multisectorielles sévères, un accès humanitaire contraint et des risques sécuritaires élevés. À l'Est, les départements de Assoungha (Ouaddaï), Kimiti (Sila) et Kobé (Wadi Fira) totalisent 1,5 million de personnes prioritaires, confrontés à l'épidémie de choléra dans un environnement sanitaire chaotique, l’insécurité alimentaire aigue, à la malnutrition aigüe des enfants et à un accès difficile à l’eau potable. Les enfants constituent le groupe le plus vulnérable avec au moins 67% d’enfants identifiées comme prioritaires qui souffrent ou à risque de malnutrition aiguë, de maladie, de faim et plus de 530 000 cas de malnutrition aiguë sévère nécessitant un traitement immédiat. Les femmes et filles, représentant près de 60% des réfugiés traversant la frontière depuis le Soudan, font face à des risques aigus de violence basée sur le genre (VBG), avec plus de 300 000 femmes enceintes ou allaitantes souffrant de malnutrition. Les enfants réfugiés sont particulièrement affectés, avec 83% sans accès à l'éducation et une exposition élevée au travail des enfants et aux violations de protection. Les personnes handicapées et âgées rencontrent des barrières additionnelles dans l'accès aux services essentiels, avec des besoins spécifiques souvent négligés.

apercuglobale

Financement requis pour 2026

Pour atteindre les 3 356 098 personnes ciblées en 2026, la communauté humanitaire requiert 986,1 millions USD, représentant une réduction de 34% par rapport aux 1,454 milliard USD du HNRP 2025, en cohérence avec l'approche méthodologique privilégiant les interventions dans les zones à sévérité critique. Ce requis stratégique des ressources vise à maximiser l'impact de la réponse en priorisant les situations les plus urgentes tout en maintenant une capacité d'adaptation face à l'évolution du contexte humanitaire.

Atténuation des erreurs d'inclusion et d'exclusion


Le processus d’atténuation des erreurs d’inclusion et d’exclusion a commencé depuis le processus de définition de la portée de l’analyse. En effet, plusieurs strates d’analyse ont été mises en place ; il s’est agit dans un premier temps d’impliquer l’ensemble des clusters et tous les acteurs actifs dans le processus des localités ayant été impactés par un choc, à l’issue de cela, il est intervenu une analyse des données secondaires qui a permis de considérer tous les départements impactés des chocs ou qui connais des indicateurs de MAG au-dessus des seuils de l’OMS. Pour finir les équipes d’analyse ont procédé à une analyse des poches de besoin dans les départements inclus dans la portée de l’analyse à travers une analyse minutieuse et consensuelle des départements dont les Indicateurs de résultat de référence (Reference Outcome Indicators, ROI) qui a permis d’aller chercher les personnes ciblées dans huit départements (Batha Ouest, Fitri, Borkou, Chari, Haraze Al Biar, Wadi Bissam, Bahr Azoum, Megri) où il n’y avait pas initialement de cible.

Analyse de réponse

Capacité opérationnelle

en 2025

Capacité opérationnelle

La réponse humanitaire au Tchad mobilise 210 organisations humanitaires (12 agences ONU, 5 mouvements de la Croix Rouge, 79 ONG internationales et 114 ONG nationales) déployées dans les 23 provinces du pays, avec une présence renforcée dans les quatre provinces de l'Est accueillant les réfugiés soudanais ainsi que les retournés tchadiens. UNHAS Tchad a transporté 15 374 passagers et 40 274 tonnes de cargo entre janvier et juin 2025, effectuant 1 878 vols vers 23 destinations. Toutefois, la réduction de la flotte aérienne a entraîné la suspension des dessertes vers Bol, Mao et Sarh depuis le 1er juillet 2025.

Contraintes et défis d'accès


L'environnement opérationnel au Tchad demeure caractérisé par des contraintes d'accès significatives. En juin 2025, 90 incidents d'accès ont été recensés à travers le Cadre de suivi et de rapportage (AMRF), dont 70 restrictions de mouvement à l'intérieur du pays, 8 incidents liés à l'environnement physique, 7 cas de violence contre le personnel humanitaire et 4 entraves dues aux opérations militaires et hostilités. Les ONG internationales ont signalé 72 incidents, dont 68 liés aux délais d'obtention des autorisations de circuler à l'Est pour les personnels expatriés en transit vers le Darfour, avec des temps d'attente dépassant un mois.

Cette situation a impacté la mise en œuvre de plus d'une douzaine de projets d'assistance vitale. Les affrontements intercommunautaires survenus à Oregomel (département de Nanaye, 14-16 mai) et à Traoné, Mabrone et Molou (département d'Assoungha, 15 juin) ont entraîné des interdictions de déplacements, empêchant l'évaluation des besoins de 12 500 personnes déplacées et retardant l'assistance à
170 332 bénéficiaires de plus d'une dizaine de jours.

Toutefois, une amélioration notable a été observée entre juillet et août 2025, avec une réduction significative à 26 incidents d'accès (contre 90 en juin), attribuable au dialogue régulier entre les ONG internationales et les autorités, ainsi qu'au plaidoyer soutenu d'OCHA. Par ailleurs, 39 vols UNHAS ont été annulés durant cette période en raison de l'état des pistes d'atterrissage et des intempéries, la province du Ouaddaï étant la plus touchée avec 24 vols annulés (11 vers Farchana, 9 vers Adré). La dégradation de la piste d'Adré a occasionné la suspension de sa desserte du 30 juillet au 17 septembre 2025. Par ailleurs, 2 957 incidents de protection ont été rapportés durant cette période, témoignant de la fragilité du contexte sécuritaire. Il convient de souligner tout de même la disponibilité des autorités nationales et territoriales à faciliter l’accès des humanitaires aux personnes vulnérables.

L’accès humanitaire au Tchad demeure contraint par une combinaison de facteurs climatiques, logistiques, administratifs et sécuritaires, malgré les efforts constants des autorités pour faciliter les opérations conformément aux cadres juridiques et sécuritaires nationaux.

Les inondations pluviales et fluviales, récurrentes chaque année, rendent de nombreux axes routiers impraticables. En 2024, elles ont provoqué l’effondrement de plusieurs ponts dans le sud du pays. Le Plan de contingence inondations, coordonné par le Gouvernement avec l’appui de la communauté humanitaire, permet toutefois d’atténuer l’impact de ces aléas. À l’est, les crues saisonnières des Ouadis continuent de retarder l’acheminement de l’assistance vitale et aggravent les contraintes d’accès physique.

Depuis le début de la crise soudanaise, les autorités tchadiennes ont autorisé l’ouverture d’un couloir humanitaire vers le Soudan et renforcé la sécurité frontalière pour prévenir tout débordement du conflit. Des mesures supplémentaires soutiennent la réponse humanitaire dans l’est, en tenant compte des impératifs de sécurité, de conformité et de souveraineté. Cependant, l’obtention d’autorisations de circuler pour le personnel expatrié des ONG internationales demeure un défi récurrent, en raison des délais de traitement et des besoins d’exemption pour les organisations agréées ou impliquées dans la réponse transfrontalière vers le Darfour. Un cadre de dialogue permanent entre les autorités et la communauté humanitaire contribue à atténuer ces contraintes.

Entre mars et décembre 2025, 33 incidents sécuritaires ont affecté les acteurs humanitaires, dont 13 braquages de véhicules, principalement dans l’Est. Cette augmentation, contrastant avec l’absence de braquages en 2024, illustre une tendance préoccupante. La mission conjointe Gouvernement–Nations Unies d’octobre 2025 témoigne d’une volonté commune de renforcer la sécurisation des axes routiers.

Par ailleurs, 25 conflits inter et intracommunautaires ont été enregistrés entre janvier et juin 2025, une légère baisse par rapport à 2024, mais leur récurrence continue de poser des défis de protection et d’accès.

Enfin, le recours aux escortes armées par certaines agences onusiennes dans l’est soulève des préoccupations liées au respect des principes humanitaires et à l’augmentation des coûts. Plusieurs cadres de concertation visent à identifier des alternatives et à renforcer la sécurité des déplacements conformément aux normes internationales.

Tendances de la réponse 2025


Au cours de la période janvier-septembre 2025, la réponse humanitaire a atteint 1 591 976 personnes (hors réponse réfugiés), soit un taux de couverture global de 29,1% par rapport aux 5,5 millions de personnes ciblées51. Les performances sectorielles révèlent des disparités significatives : le cluster Éducation affiche le meilleur taux de couverture avec 104,4% (485 783 personnes assistées dépassant la cible de 465 495), témoignant d'une priorisation accrue de ce secteur. En revanche, la Protection n'a atteint que 9,7% de sa cible (54 860 sur 562 907 personnes ciblées), signalant des gaps critiques dans ce domaine. Les clusters Abris/AME (40,4%), CCCM (36,7%), WASH (27,9%), Nutrition (28,2%), Sécurité alimentaire (26%) et Santé (16,6%) présentent des niveaux de couverture insuffisants au regard des besoins identifiés .

A titre de comparaison,entre janvier et septembre 2024, 2 809 412 personnes ont été atteintes, soit un taux de réalisation de 48%51. La baisse de performance de plus de 76% observée sur la même période en 2025 s'explique par l'augmentation de la population ciblée, liée à l'intensification des chocs, conjuguée à un niveau de financement nettement insuffisant.

L'année 2025 a été marquée par une augmentation de 13% de la population ciblée en raison de l'intensification des chocs. Les partenaires ont ciblé 5,5 millions de personnes sur 7 millions estimées dans le besoin en 2025, nécessitant $1,454 milliard (augmentation de 23% par rapport à 2024). Les besoins en sécurité alimentaire ont presque doublé (passant de $145,9M à $285,8M), tandis que les besoins en WASH ont augmenté de 40% ($34,1M à $47,7M). La réponse multisectorielle pour les réfugiés constitue la portion la plus importante du budget, augmentant de 27% (de $631,6M à $800M). Les secteurs les plus sous-financés sont : Réponse réfugiés (17,5%), Nutrition (17,9%), Santé (18,7%) et Abris/AME (19,3%). Seule la Protection présente un taux de financement relativement satisfaisant (70,3%).

References

  1. OCHA Chad, Joint Intersectoral Analysis Framework (JIAF) 2.0 – Résultats préliminaires, novembre 2025
  2. OCHA Chad, Tableau de bord Accès humanitaire - Juin 2025, 5 août 2025.
  3. Ibid.
  4. OCHA Chad, Tableau de bord Accès humanitaire - Juillet-Août 2025, 7 octobre 2025.
  5. Ibid.