2.4 Plaidoyer en faveur des personnes non assistées par le HNRP auprès des autorités et/ou des acteurs du développement
Personnes non assistées dans le cadre du HNRP
Le HNRP 2026 du Tchad cible 3,4 millions de personnes sur un total de 4,5 millions dans le besoin, soit un taux de couverture prévisionnel de 73%. Cette priorisation laisse 1,1 million de personnes dans le besoin sans assistance humanitaire directe, principalement dans les zones de sévérité intersectorielle 3 qui viennent s’ajouter aux 750 000 personnes dans le besoin dans les zones de sévérité 1 et 2. À cela s'ajoutent environ 4,7 millions de personnes en situation de stress (phase 2 du Cadre Harmonisé situation projetée)1 qui, bien qu'en dehors de la portée géographique immédiate du HNRP, demeurent vulnérables aux chocs et risquent de subir le choc secondaire de la crise, caractérisé par une saturation des services sociaux de base (santé, éducation, eau). L'urgence n'est plus seulement de sauver des vies, mais d'éviter la régression de ce segment vulnérable qui, sans intervention de relèvement rapide, basculera inexorablement vers des niveaux d'insécurité alimentaire et de malnutrition sévère (MAG/MAS). L’exemple de la réduction drastique de l'engagement du Programme Alimentaire Mondial (PAM) de 1 million de personnes en 2024 à seulement 118 000 en 2025, faute de financement, illustre le risque d'un retrait des acteurs humanitaires sans relais crédible. La non-assistance de ces segments intermédiaires exacerbe également la compétition pour les ressources naturelles (eau, bois de chauffe) entre réfugiés et communautés hôtes, minant la cohésion sociale qui est le socle de la stabilité.
Les départements non prioritaires des provinces du Logone Occidental, du Mandoul, du Mayo Kebbi Est, du Mayo Kebbi Ouest, de la Tandjilé, du Barh El Gazel et de l’Ennedi Ouest, concentrent une part importante de ces populations non ciblées. L'absence d'interventions humanitaires dans ces zones pourrait entraîner une détérioration progressive des conditions de vie, une augmentation des taux de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans, une érosion accélérée des actifs productifs des ménages vulnérables, et une aggravation des tensions intercommunautaires autour de l'accès aux ressources naturelles déjà limitées.
Collaboration entre l'humanitaire et le développement
Le Tchad se trouve à un point de bascule critique face au triple défi : multiplication des chocs sécuritaires (groupes armés non étatiques), exacerbation des chocs climatiques (inondations, sécheresses) et financement humanitaire déclinant. Face à cette crise prolongée, exacerbée par l'afflux massif de réfugiés soudanais et retournés, le continuum Humanitaire-Développement-Paix (HDP) devient le fondement d'une responsabilité collective. L'opérationnalisation du nexus HDP constitue le socle stratégique pour répondre aux besoins des populations non ciblées par le HNRP 2026. Le Plan National de Développement 2025-2030, visant à faire du Tchad un pays émergent à l'horizon 2030, prévoit des investissements structurels dans les secteurs sociaux et infrastructures productives2. L'UNSDCF 2023-2027 complète cette vision en ciblant la résilience communautaire. Des initiatives concrètes incarnent cette synergie : le Projet PASRRC, lancé en janvier 2025 par le PNUD et la Banque Africaine de Développement dans les provinces de l'Ouaddaï, Sila et Wadi Fira ; le programme RESPECCT (2023-2028), financé par l'UE et l'AFD, combinant urgence, résilience économique et consolidation de la paix. La coordination s'est renforcée avec des structures hybrides dans les trois provinces de l'Est identifiant neuf zones de convergence, une plateforme numérique en développement avec l'INSEED, et le Plan d'Urgence et de Résilience de la FAO (2025-2028).
Messages de plaidoyer envers les autorités et/ou les acteurs du développement
Face aux 1,1 million de personnes dans le besoin non-couvertes par le HNRP 2026, le Gouvernement et ses partenaires humanitaires appellent à une mobilisation accrue des acteurs du développement et des partenaires techniques et financiers. En premier lieu, l’accélération des investissement dans les zones de sévérité 2 et 3 en dehors du ciblage humanitaire s’impose pour prévenir leur basculement en crise sévère. Les interventions de développement cibleront prioritairement le renforcement des services sociaux de base (santé, éducation, WASH), la restauration des moyens d'existence agropastoraux et l'amélioration de l'accès aux marchés dans les départements du Logone Occidental, Mandoul, Mayo Kebbi Est, Mayo Kebbi Ouest, Tandjilé, Barh El Gazel et Ennedi Ouest.
Ensuite, les autorités nationales et territoriales, avec l’appui des partenaires, vont soutenir la décentralisation des mécanismes de coordination nexus au niveau provincial et départemental, en renforçant les capacités techniques et financières des délégations provinciales et des communes pour piloter des plans de développement locaux intégrant résilience et cohésion sociale. La révision des plans de développement décentralisés offre une opportunité historique pour ancrer localement l'approche nexus.
Un financement durable et flexible est indispensable pour une programmation pluriannuelle cohérente. Les mécanismes de financement doivent favoriser la transition graduelle de l'urgence vers la résilience, en soutenant des programmes intégrés de trois à cinq ans accompagnant les communautés depuis l'assistance humanitaire immédiate jusqu'à la consolidation de moyens d'existence durables. Il est crucial d’arrimer les systèmes nationaux de protection sociale et de gestion des risques de catastrophes, à la Vision 2030 du Gouvernement tchadien. Ainsi, le Gouvernement, à travers le MASSAH s’assurera que les capacités de coordination provinciales sont renforcées, pour garantir une appropriation nationale effective des solutions durables.
References
CASAGC, Résultats provisoire de l’analyse de la vulnérabilité a l’insécurité alimentaire et nutritionnelle (Cadre Harmonisé), novembre 2025
Gouvernement du Tchad, Plan National de Développement 2025-2030, 2024