Centralité de la protection,
Conformément à la politique de l'IASC sur la centralité de la protection, le Gouvernement et l'Équipe Humanitaire Pays (EHP) placent la protection au cœur de toutes les interventions humanitaires en 2026. Cette approche, ancrée dans la Stratégie de protection 2022-2025 et renforcée par l'adoption de la Stratégie PSEA 2024-2028, reconnaît que toute assistance humanitaire vise à réduire les risques auxquels font face les populations affectées et à promouvoir leur dignité.
Les récents efforts institutionnels et opérationnels du Gouvernement, notamment la mise en place d’un département ministériel dédié à l’action sociale, à la solidarité et aux Affaires humanitaires, et des structures telles que l’ONASA et le Fonds national de solidarité, contribuent à garantir cette centralité de la protection. Et, de façon concrète, le Gouvernement met en œuvre le projet de filets sociaux adaptatif et productifs élaboré sur la base d’un registre social national unifié.
Cependant, sur le terrain, les défis persistent. Le monitoring de protection du Projet 21 a documenté 1 250 incidents en 2025, dont 204 enlèvements et 898 incidents dans la province du Lac, confirmant l'acuité des risques de protection particulièrement pour les femmes et les enfants qui constituent 87% des populations déplacées. Plus de 425 000 femmes et filles nécessitent une assistance VBG, tandis que 3,8 millions d'enfants sont exposés aux risques de recrutement forcé, de séparation familiale et de violences. Le Cluster Protection et ses AoR assurent une réponse holistique. L'EHP suivra les progrès collectifs vers les résultats de protection identifiés à travers un tableau de bord consolidé intégrant les indicateurs clés IASC et les données du monitoring communautaire, en complémentarité avec les mécanismes de redevabilité envers les populations affectées (AAP) et les mécanismes de plainte PSEA, et en fera le point avec le Gouvernement via le MASSAH.
Qualité
L'action humanitaire au Tchad vise à atteindre les normes minimales définies par le Manuel Sphère, en garantissant que l'aide protège et préserve la dignité des personnes. Les quatre principes de protection Sphère à savoir ; éviter d'exposer les personnes à des préjudices supplémentaires, garantir l'accès à une assistance impartiale, protéger contre les atteintes physiques et psychologiques, et aider les personnes à revendiquer leurs droits ; guident la programmation dans tous les secteurs. Dans un contexte où au moins 15% des personnes ciblées présentent des besoins spécifiques liés au genre, à l'âge ou au handicap, l'intégration des critères AGD (Âge, Genre et Diversité) dans les évaluations et les interventions constitue une priorité pour atteindre une qualité de réponse respectueuse de la dignité de chacun. L'alignement avec les normes Sphère se matérialise par le renforcement des mécanismes de feedback communautaires, la formation systématique du personnel humanitaire sur la protection transversale et le « Ne pas nuire », et l'application rigoureuse des standards techniques sectoriels dans un contexte de ressources contraintes.
Redevabilité envers les personnes affectées et réponse axée sur les personnes
En 2026, la réponse humanitaire au Tchad ancre la redevabilité envers les populations affectées (AAP) comme principe directeur du cycle de programmation, conformément aux engagements IASC et à la Stratégie AAP 2024-2026 du HCT. Les communautés ont été placées au cœur de la planification à travers des enquêtes représentatives auprès de près de 500 ménages dans les hubs humanitaires de l'Est, de l'Ouest et du Sud, permettant d'identifier les besoins prioritaires des groupes les plus vulnérables. Le Mécanisme de Redevabilité Interagence (MeRi), consolidant 46 mécanismes de feedback cartographiés en 2025, sera renforcé par un tableau de bord interactif analysant les tendances des perceptions et réclamations, tandis que des enquêtes systématiques mesureront la qualité et l'équité des interventions. Les canaux de communication bidirectionnels seront adaptés aux préférences des différents groupes, privilégiant la radio communautaire et les leaders traditionnels en zones rurales, et les lignes téléphoniques en milieu urbain. Ce dispositif permettra à l'ICC et l'EHP d'ajuster les interventions en temps réel, garantissant que les voix des communautés influencent directement les décisions stratégiques et opérationnelles.
Protection contre l'exploitation et les abus sexuels
Classé pays à haut risque selon l'indice SEARO IASC 2025, le Tchad déploie une stratégie inter-organisations PSEA 2024-2028 harmonisée sous le leadership du RC/HC, s'appuyant sur un réseau de 120 organisations, plus de 250 points focaux formés, cinq réseaux infranationaux (Est, Lac, Nord, Centre et Sud) et un Pool Intégré National de 57 experts. L'institutionnalisation est assurée par un Plan d'action conjoint ONU-Gouvernement et la Circulaire RC/HC imposant des lignes budgétaires obligatoires pour quatre activités critiques PSEA dans tous les projets, conformément au Bulletin du Secrétaire Général et aux engagements IASC. L'approche centrée sur les victimes/survivants garantit des mécanismes communautaires de plainte accessibles, des SOP de signalement confidentiels et une synergie AAP-PSEA-VBG-Genre pour une prise en charge holistique. En 2026, la campagne « Pas de projet sans prévention PSEA : Un engagement pour TOUS au Tchad » mobilisera chefs de mission, donateurs et Gouvernement tchadien pour pérenniser le financement de la prévention et de la réponse aux EAS.
Égalité des genres et autonomisation des femmes et des filles
Conformément à la Politique IASC actualisée de janvier 2024 sur l'égalité des genres dans l'action humanitaire, la réponse au Tchad pour 2026 adopte une approche transformative et centrée sur les droits des femmes et des filles. Dans un contexte où le Tchad se classe 144e sur 146 pays en matière d'égalité des genres, où 60,6% des femmes sont mariées avant 18 ans et où 425 954 femmes et filles nécessitent une assistance contre les VBG, la programmation intègre systématiquement l'analyse de genre à toutes les phases du cycle humanitaire. Les données désagrégées par sexe et âge permettent d'identifier les besoins différenciés, notamment pour les femmes enceintes parmi les retournés et les adolescentes exposées aux risques de VBG et de déscolarisation. Les mécanismes d'autonomisation comprennent le renforcement du leadership féminin dans les structures de coordination, la participation active des organisations de femmes à la planification des interventions, et des formations ciblées pour consolider leurs capacités économiques. Le suivi inclut des indicateurs sensibles au genre mesurant les transformations sociales induites par les interventions.
Handicap et autres diversités – Sensibilité et autonomisation
La réponse humanitaire 2026 s'inscrit dans le cadre des Lignes directrices IASC sur l'inclusion des personnes handicapées, reconnaissant que les crises affectent de manière disproportionnée les personnes en situation de handicap qui font face à des barrières accrues d'accès à l'assistance. Au Tchad, où au moins 15% des personnes affectées présentent des besoins spécifiques liés au handicap, à l'âge ou à d'autres vulnérabilités intersectionnelles, l'approche Âge, Genre et Diversité (AGD) guide la conception inclusive des services dans tous les secteurs. Cette sensibilité se traduit par l'adaptation des infrastructures WASH avec rampes d'accès, la distribution prioritaire à domicile pour les personnes à mobilité réduite, et l'utilisation de formats de communication accessibles. Les organisations de personnes handicapées sont impliquées dès la phase de conception à travers des consultations systématiques, garantissant que les mécanismes de feedback communautaires leur soient accessibles. Le renforcement des capacités cible également les personnes âgées et autres groupes marginalisés pour consolider leur autonomie et leur participation active aux décisions, conformément au principe « Rien sur nous sans nous ».
Environnement
Dans un contexte où la dégradation environnementale constitue un facteur aggravant de la crise humanitaire au Tchad, les acteurs humanitaires s'engagent à concevoir et délivrer l'assistance de manière à protéger et, dans la mesure du possible, restaurer l'environnement naturel. Face à la pression accrue sur les ressources naturelles générée par l'afflux massif de réfugiés soudanais et retournés tchadiens, la réponse intègre des mesures d'atténuation de l'empreinte environnementale : promotion de combustibles de cuisson propres (foyers améliorés, briquettes, GPL), distribution de lampes solaires et éclairages publics solaires dans les sites d'accueil, réduisant la déforestation et les risques de VBG liés à la collecte de bois. Les clusters Abris/NFI et WASH pilotent des initiatives de reboisement et de gestion durable des ressources autour des sites de déplacement, en partenariat avec les communautés hôtes. L'approche « n'est pas nuire » guide la sélection des matériaux de construction, la gestion des déchets et la préservation des points d'eau, conformément aux engagements du Compact Mondial sur les Réfugiés et aux normes SPHERE, reconnaissant le lien indissociable entre dégradation écologique et vulnérabilité humanitaire dans le contexte sahélien.