Résumé des besoins
Le Tchad fait face à des crises humanitaires complexes aggravées par les conflits régionaux, les chocs climatiques et les urgences sanitaires, avec plus de 876 000 réfugiés soudanais et 313 000 rapatriés tchadiens arrivés depuis avril 2023, s'ajoutant aux 400 000 réfugiés déjà présents. La défécation à l'air libre reste massive (64 % au niveau national, 79 % en milieu rural), les inondations de 2024 ont affecté 1,9 million de personnes dans 23 provinces, et plus de 3,3 millions de personnes sont en insécurité alimentaire (Phase 3+) entre juin et août 2025. Près de 43 % des formations sanitaires manquent d'eau potable, 17 % d'assainissement et 25 % d'installations d'hygiène, favorisant les épidémies dont le choléra déclaré depuis juillet 2025 (2 834 cas, 157 décès dans cinq provinces, taux de létalité de 5 % à Chokoyane) et l'hépatite E en 2024. La pression sur les camps de réfugiés et zones urbaines accroît les risques de propagation de maladies comme la dengue et la fièvre jaune. Pour 2026, les priorités incluent l'extension des infrastructures WASH inclusives, les mécanismes de redevabilité communautaire et le renforcement de la résilience face aux chocs climatiques et sanitaires.
Stratégie de réponse
La stratégie de réponse EHA 2026 s'aligne sur les politiques nationales avec une approche holistique visant l'accès équitable aux services essentiels, l'amélioration des pratiques d'hygiène et la réduction des risques de mortalité liés aux maladies hydriques, tout en renforçant la résilience face aux chocs multiples. La réponse immédiate « life-saving » assurera l'accès à l'eau potable via des points temporaires puis pérennisés (forages, puits motorisés/solaires) garantissant 7,5 à 15 litres par personne/jour, et l'éradication de la défécation à l'air libre par l'approche ATPC avec des latrines-douches partagées évoluant vers des installations individuelles. Les modalités combineront appuis en nature et transferts monétaires, en intégrant la résilience climatique et le renforcement des capacités locales par la formation et le partenariat institutionnel. Face aux épidémies comme le choléra, la réponse suivra la stratégie CATI (recherche active des cas, distribution de kits WASH, désinfection ciblée), avec des interventions d'urgence pour les crises soudaines et une assistance durable pour les crises chroniques. Le plaidoyer portera sur l'opérationnalisation du Triple Nexus liant humanitaire, paix et développement pour s'attaquer aux causes profondes des crises et renforcer l'implication gouvernementale.
Ciblage et priorisation
Le ciblage sectoriel EHA s'aligne aux orientations de l'Équipe Humanitaire Pays et couvre 29 départements sur 53 impactés par des chocs : Abdi, Abtouyour, Amdjarass, Assoungha, Bahr Koh, Batha Est, Biltine, Chari, Dagana, Djourf Al Ahmar, Fitri, Fouli, Grande Sido, Gueni, Haraze Al Biar, Kaya, Kimiti, Kobé, Kouh Ouest, La Pendé, Lac Iro, Mamdi, Mandoul Occidental, Mangalmé, Megri, N'Djamena, Ouara, Wadi Bissam et Wayi. Les départements prioritaires présentent au moins deux impacts humanitaires sévères superposés (réfugiés, PDI, retournés, sinistrés des inondations) avec un score JIAF 2.0 sévère, critique ou catastrophique. Au total, 1,6 million de personnes sont ciblées sur 3,8 millions dans le besoin, dont 52 % de femmes et 15 % de personnes handicapées. La méthodologie considère les zones de sévérité 3 à 5 comme ayant des besoins aigus, incluant 100 % des nouveaux déplacés/retournés et 20 % des populations hôtes vulnérables. Les personnes ciblées comprennent les déplacés sans accès WASH exposés aux maladies, incidents de protection et épidémies.
Promotion d’une programmation redevable, de qualité et inclusive
Le cluster WASH s'engage à une programmation inclusive et redevable, garantissant la participation active des femmes, filles, personnes handicapées et groupes vulnérables à chaque étape du cycle de projet, avec des mécanismes de retour d'informations et de gestion des plaintes. Chaque organisation désigne un point focal redevabilité/protection et signe une charte de conduite obligatoire. L'approche PEAS repose sur la prévention, la réponse et la responsabilisation, avec formation du personnel et des communautés, et implication des femmes et filles dans le choix des sites et le design des infrastructures. La réponse EHA intègre des installations accessibles, séparées hommes/femmes, et des kits d'hygiène adaptés incluant l'hygiène menstruelle, tout en renforçant les capacités des femmes et personnes handicapées pour leur participation dans les comités de gestion.
Coût de la réponse
Le budget du Cluster EHA pour les interventions life-saving et intersectorielles en 2026 s'élève à 36 M USD avec un ratio de 25 USD par personne, estimé selon une approche mixte combinant coûts par bénéficiaire et coûts par projet/activité. Les activités d'approvisionnement en eau (de l'urgence à la construction d'ouvrages autonomes) sont budgétisées à 6,56 USD/pers, l'assainissement et hygiène (latrines communautaires séparées et sécurisées) à 5,6 USD/pers, et la distribution de kits d'hygiène aux ménages à 5,5 USD/pers. La prise en compte du genre inclut la mise à disposition de kits d'hygiène intimes pour les filles et femmes déplacées à 3,5 USD/pers, tandis que les activités de sensibilisation et participation communautaire sont estimées à 2 USD/pers. Le renforcement des capacités des acteurs (formation des artisans réparateurs, recyclage des comités de maintenance des points d'eau) et la coordination du cluster représentent chacun 2 % du budget global du secteur.