La crise humanitaire en Haïti se dégrade à un rythme soutenu, entraînant une hausse continue et préoccupante des besoins. Les fluctuations politiques et sécuritaires, une récession de l’économie, l’effondrement des services de base à la faveur de la propagation de la violence armée au département du Centre ont davantage fragilisé le pays et accru les vulnérabilités. Aux déplacements forcés des populations, aux violences basées sur le genre et à insécurité alimentaire aiguë s’ajoute une vulnérabilité structurelle face aux aléas climatiques. L’ouragan Melissa, en octobre 2025, a causé la mort d’au moins 46 personnes, détruit/endommagé près de 842 400 habitats et infrastructures essentiels, et gravement perturbé les moyens de subsistance. La résurgence significative de la transmission du choléra en 2025, contraste avec la tendance à la baisse observée en 2024 et accentué les risques sanitaires, notamment dans les nombreuses zones où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement restent limité.
Définition de la portée de l’analyse de la crise
La portée de l’analyse des besoins et du Plan de réponse humanitaires (HNRP) a été définie en évaluant les besoins aigus liés à la violence armée, aux déplacements forcés, aux épidémies et aux catastrophes naturelles. Les populations ciblées sont celles qui ont subi les impacts les plus importants de ces chocs : les personnes déplacées internes et les communautés d’accueil, les populations vivant dans des zones contrôlées ou influencées par des groupes armés, les migrants déportés, les populations résidant dans les foyers affectés par le choléra ou d’autres épidémies, ainsi que celles particulièrement exposées aux catastrophes naturelles.
L’analyse des besoins a été conduite en appliquant la méthodologie JIAF 2.0, qui a guidé l’ensemble du processus : la définition de la portée de l’analyse, identification des groupes de populations vulnérables, le calcul du PIN et des niveaux de sévérité. Cette analyse des besoins sectoriels et intersectoriels est menée à l’échelle nationale, avec des données représentatives au niveau des 10 départements, aussi bien dans les zones urbaines que rurales, ainsi qu’au niveau des sept communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Des données ont été collectées par REACH, l’OIM et d’autre acteurs humanitaires dans le cadre de la MSNA 2025.
Choc 1
Choc 2
Choc 3
Choc 4
Voix des personnes affectées
Témoignage de Nesly Laine, un adolescent PDI déscolarisé
Nesly, âgé de 16 ans, a dû fuir la capitale à cause des violences des groupes armés pour se réfugier avec sa famille dans la commune des Cayes. Depuis, Nesly n’a pas pu reprendre l’école et a déjà perdu deux années scolaires, témoigne-t-il. Nesly ne sait pas s’il pourra un jour retrouver le chemin de l’école malgré sa forte volonté de pouvoir le faire. En effet, sa mère, qui est Madan sara, ne peut plus emprunter les axes routiers pour écouler les produits agricoles sur les marchés du pays à cause des groupes armés qui coupent les routes ou érigent des barrages. La vulnérabilité financière de sa famille laisse de grand doute sur son possible retour à l’école dans un avenir proche.
Depuis leur déplacement de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, la famille de Nesly n’a pas de logement fixe : « Nous sommes toujours en déplacement d’une maison à une autre et nous sommes souvent obligés de demander de l'eau aux voisins, car l’accès à l’eau est difficile et nous n’avons pas les moyens de nous en procurer chaque jour », déclare Nesly.
ONUFEMME - l’Analyse Rapide Genre (ARG) sur l’impact des violences des groupes armés sur les personnes déplacées internes en Haïti
Témoignage de François Emabelle Staïka, jeune fille PDI dans le site de Fort-Liberté
Originaire de la commune de Mirebalais, François Emabelle Staïka, une adolescente de 16 ans, a trouvé refuge dans le complexe administratif de Fort Liberté, un camp spontané qui a accueilli des centaines de PDI après l’attaque des groupes armés sur les communes de Mirebalais et Sauts-d’Eau. François Emabelle Staïka, vit dans le site depuis environ 7 mois et a dû interrompre ses études.
La famille de Staïka est confrontée à différents problèmes. D’une part elle a dû fuir les groupes armés sans connaitre leur destination, car le principal objectif était de trouver un lieu un peu sûr pour s’y abriter. D’autre part, les moyens financiers de la famille sont très limités, car elle n’a aucune activité économique pour assumer les dépenses quotidiennes. Au niveau du site : « nous sommes confrontés à des problèmes alimentaires, d’eau potable et d’assainissement et nous sommes délaissés par les autorités locales parce que nous ne sommes pas des leurs, a déclaré Staïka ».
ONUFEMME - l’Analyse Rapide Genre (ARG) sur l’impact des violences des groupes armés sur les personnes déplacées internes en Haïti.