Haiti Besoins Humanitaires et Plan de Réponse 2026 / Partie 2 : Plan de réponse

2.3 Stratégie de la réponse

Requis pour soutenir 4,2M de personnes
US$ 880,3M

La réponse humanitaire en 2026 vise à réduire les risques immédiats pesant sur les populations, stabiliser les ménages les plus affectés par les chocs et renforcer leur accès aux services essentiels, dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements et la récurrence des catastrophes naturelles.

Les interventions multisectorielles se concentreront dans les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite, où la violence armée et les déportations continues génèrent les besoins les plus urgents. Un système renforcé de suivi et réponse des nouveaux déplacements internes (ETT/DTM, suivi de la réponse aux urgence/CCCM) et des ICCG et sous-clusters activés dans l’Artibonite et le Centre, permettront une coordination décentralisée de la réponse au plus près des dynamiques locales. Dans les zones plus stables du Grand Sud et du Grand Nord, où ont fui un grand nombre de personnes déplacées internes, la réponse visera à soutenir leur intégration locale, à réduire la pression sur les communautés hôtes et à prévenir les tensions sociales, en coordination étroite avec les acteurs de relèvement.

La présence humanitaire restera également structurée autour d’une capacité d’action rapide en cas de catastrophes naturelles. Grâce à un dispositif d’alerte et d’analyse renforcé, la communauté humanitaire pourra activer des réponses anticipatoires basées sur des prévisions fiables, contribuant ainsi à réduire l’impact des aléas climatiques sur les populations les plus exposées.

La mise en œuvre de cette stratégie permettra d’atteindre les résultats suivants :

  • Diminution des risques de protection grâce à l’intégration systématique de la protection dans l’ensemble des secteurs et au renforcement des mécanismes communautaires d’identification et d’accompagnement.
  • Accès accru à l’assistance vitale (eau, santé, alimentation, abris, transferts monétaires) pour les ménages confrontés à la violence, au déplacement ou à des conditions de vie dégradées.
  • Renforcement de la résilience des ménages grâce à l’expansion des transferts monétaires, au soutien aux services essentiels et à la mise en œuvre élargie d’actions anticipatoires.
  • Stabilisation des zones d’accueil des PDI à travers une réponse complémentaire au relèvement, soutenant la cohésion sociale et les solutions durables.
  • Amélioration de l’accès humanitaire dans les zones les plus difficiles, par des partenariats locaux renforcés et des stratégies de négociation adaptées.
  • Capacités d’intervention plus rapides et plus coordonnées grâce à la mobilisation des mécanismes d’urgence, à une meilleure analyse des besoins et à des outils de planification anticipatoire.

Les sections suivantes détaillent les approches opérationnelles et les mécanismes de mise en œuvre permettant d’atteindre ces résultats en 2026.


1. Centralité de la protection

L’intensification de la violence en Haïti expose les populations à de graves risques, notamment les enlèvements, les violences basées sur le genre, l’association d’enfants à des gangs armés et les restrictions à la liberté de circulation. Répondre à ces défis de protection est une responsabilité collective, nécessitant des efforts concertés pour réduire les risques et répondre à l’ensemble des besoins des personnes affectées. Une collaboration renforcée inter-clusters sera priorisée pour garantir une prise en charge cohérente des défis de protection, surtout dans les sites spontanés de PDI où les risques sont amplifiés (audits et monitoring de protection, CFM). Des mécanismes participatifs seront mis en place ou renforcés pour intégrer les retours des PDI et des communautés hôtes dans l’analyse des risques et la priorisation de la réponse. L’extension des mécanismes de suivi et de l’analyse en matière de protection permettra d’identifier l’évolution des problématiques principales et contribuera à orienter la réponse et à informer les initiatives de plaidoyer menées collectivement. Elle garantira également la prise en compte des perspectives et expériences des communautés. La protection transversale et les activités intégrées continueront et seront renforcées, incluant le renforcement des capacités et l’appui technique dans tous les secteurs, par exemple à travers des formations et l’accompagnement des partenaires sur le terrain. Enfin, la collaboration et la complémentarité entre les acteurs humanitaires, du développement et des droits humains seront nécessaires, dans le respect des principes humanitaires et des rôles distincts de chacun. Ces efforts s’appuieront notamment sur le groupe de travail Nexus, les engagements bilatéraux et la consolidation des analyses de protection.


2. Action anticipatoire

Depuis 2024, l’action anticipatoire et la réponse précoce ont été pleinement intégrées à la stratégie de réponse humanitaire en Haiti où 96 % de la population est fortement exposée aux risques climatiques, notamment les systèmes cycloniques de forte intensité. Un Cadre d’action anticipatoire financé par le CERF à hauteur de 4 millions a été développé associant trois agences participatives (PAM, UNICEF, OIM).

Le 21 octobre 2025, les seuils de déclenchement à l’approche de Melissa, un cyclone de catégorie 5, ont été atteints et le Cadre activé, débloquant 4 millions de dollars. Les jours suivants ont vu l’envoi de messages d’alerte par SMS à 2,3 millions de personnes, la mobilisation de deux cents de brigadiers des directions départementales de la protection de civile dans six départements (Nippes, Sud-Est, Grande Anse, Sud, Ouest, Artibonite), l’ouverture de 150 centres d’évacuation où ont trouvé refuge 17 000 personnes. Près de 12 500 ménages ont également reçu des transferts monétaires leur permettant de se préparer à l’impact de Melissa.

L’activation du Cadre a permis de réduire l’impact du cyclone en mobilisant des financements et des ressources sur la base de prévisions fiable. Elle a également joué un rôle catalytique auprès d’autres partenaires humanitaires, qui ont soit actionné leurs propres activités anticipatoires, ou mobilisé d’importantes ressources destinées à la réponse post-choc.

Le passage du cyclone a également démontré la nécessité d’un pré positionnement multisectoriel accru, en particulier dans les zones à accès restreint, ainsi qu'un renforcement des capacités de coordination au niveau départemental pour accélérer l’activation des centres d’évacuation et des mécanismes d’information communautaire.

En 2026, l’action anticipatoire restera un pilier essential de la stratégie de réponse humanitaire dans les départements fortement exposés aux catastrophes naturelles et où la présence d’acteurs humanitaires est suffisante pour garantir une capacité suffisante d’absorption des ressources.

3. Localisation

La localisation est au cœur de l’action du Fonds humanitaire régional pour l’Amérique latine et les Caraïbes en Haïti. Le Fonds garantit une participation directe des acteurs locaux à la prise de décision, avec trois ONG nationales – dont une dirigée par des femmes – siégeant au Conseil consultatif et des organisations locales intégrées aux comités de revue afin que les décisions de financement reflètent les réalités du terrain. Le portefeuille compte désormais 47 partenaires, dont 25 ONG nationales (53 %), incluant 4 WLOs et 1 OPD, et le Fonds renforce leurs capacités grâce à un accompagnement continu et à des partenariats équitables.

En 2025, deux allocations ont été lancées : une allocation de réserve pour la préparation et la réponse aux cyclones dans le Grand Sud, alignée avec le CERF anticipatoire, et une allocation standard dans l’Artibonite et le Centre, alignée avec le CERF RR, finançant 9 projets, dont 5 dirigés par des ONG nationales, avec 65 % des 4 M USD destinés aux acteurs haïtiens. Les projets démarreront fin 2025 / début 2026.

En 2026, il poursuivra l’expansion de ces actions et appuiera davantage les capacités locales pour une réponse durable et anticipative.
L’utilisation stratégique du Fonds permet :

  • d’apporter une réponse rapide et flexible aux urgences émergentes ;
  • d’améliorer l’accès humanitaire grâce à des partenaires ancrés dans les communautés ;
  • d’adapter les interventions aux besoins exprimés par les personnes affectées ;
  • d’appuyer les actions anticipatoires validées par le HCT, en complémentarité avec les financements CERF.

Le Fonds repose sur la solidarité de ses donateurs : un soutien renouvelé et élargi est essentiel pour maintenir des réponses vitales, renforcer davantage les capacités locales et garantir que l’aide atteigne les plus vulnérables, afin que personne ne soit laissé pour compte.
Par ailleurs, les acteurs locaux joueront également un rôle clé dans la coordination de la réponse dans les départements de l’Artibonite, du Centre et du Sud, où des ICCG régionaux et des sous-clusters ont été activés pour renforcer les capacités d’intervention, structurer les mécanismes de remontée d’information et assurer une réponse contextualisée.
Les Centres de Ressources Communautaires (CRC) seront également mobilisés pour appuyer la coordination opérationnelle au niveau local, tant lors des nouveaux déplacements que dans les zones de relocalisation, en facilitant la circulation de l’information, le suivi des besoins, la liaison avec les comités de sites et les acteurs locaux et l’atténuation des risques de conflit.

4. RRM

Le Mécanisme de Réponse Rapide (RRM) en Haïti est un outil flexible et complémentaire aux autres mécanismes humanitaires visant à répondre rapidement aux besoins humanitaires immédiats des populations affectées par des chocs soudains tels que les violences armées, les catastrophes naturelles ou les épidémies. Il repose sur trois piliers principaux : la veille humanitaire, les évaluations rapides multisectorielles (ERM) et la fourniture d’une assistance d’urgence.
Mis en œuvre dans le département de l’Artibonite par AVSI et Acted, avec l’appui d’IMPACT Initiatives/REACH pour la gestion de l’information, la coordination et le plaidoyer, le RRM agit en étroite collaboration avec la communauté humanitaire et les autorités locales. L’approche privilégie les ménages les plus vulnérables, indépendamment de leur statut (déplacés internes, communautés hôtes, retournés, etc.), et se concentre sur les zones où la capacité de réponse est limitée ou absente.
En 2025, le RRM a confirmé 29 alertes (dont 20 publiées), conduit 15 ERM et réalisé 23 interventions, permettant d’assister 2 731 ménages via le cash SECAL, 719 ménages via le MPCA et 1 269 ménages en EPHA. Ces résultats illustrent la capacité du mécanisme à répondre efficacement aux besoins urgents dans des contextes de crise.
En 2026, le RRM se focalisera sur l’Artibonite, en maintenant une forte composante de transferts monétaires à usages multiples (MPCA) et de cash sécurité alimentaire (SECAL), tout en poursuivant des activités Eau, Hygiène et Assainissement (EPHA) en réponse aux cas suspects de choléra identifiés par la Direction Sanitaire de l’Artibonite (DSA) et l’UAS. La protection restera transversale et intégrée dans toutes les étapes de l’intervention. Le mécanisme sera également renforcé par la gestion de l’information assurée par IMPACT, et par une augmentation de la capacité du crisis modifier. Afin de garantir une réactivité accrue face aux chocs, le RRM ouvrira la possibilité de recourir à l’assistance en nature (in-kind), en complément des modalités existantes.

Le mécanisme RRM travaillera étroitement avec les sous-clusters dans l’Artibonite et le Centre afin d’assurer une coordination de la réponse rapide et efficace aux nouveaux mouvements de population et la transition vers l'intégration des nouveaux sites dans le système national de suivi du cluster CCCM (site monitoring, service mapping, CFM).

5. Transferts monétaires à usages multiples

En 2026, l'assistance MPCA ciblera environ 70 643 ménages dans 17 localités de sévérité humanitaire intersectorielle élevée (niveaux 4 et 5), répartis principalement dans les départements de l'Ouest (9 communes), Artibonite (5 communes) et Centre (3 communes). Les bénéficiaires ciblés incluent les personnes déplacées internes en familles d'accueil, les ménages et communautés hôtes en situation d’handicap et de vulnérabilité grave, particulièrement dans les zones métropolitaines de Port-au-Prince et les femmes cheffes de ménage à haut risque de VBG. Le MPCA constituera également un outil central pour accompagner les stratégies de solutions durables, notamment en soutenant les retours volontaires, les relocalisations planifiées et l’intégration locale des PDI dans les zones d’accueil rurales et urbaines. Le budget total alloué au MPCA pour 2026 s'élève à 37,3 millions de dollars américains, incluant les frais de transaction et les coûts opérationnels. (cf section sur les Transferts monétaires à usages multiples pour plus de détails)

6. Accès et Coordination Civilo-Militaire

La communauté humanitaire renforcera son engagement stratégique et opérationnel auprès de l’ensemble des parties prenantes, notamment par l’intermédiaire du Groupe de travail sur l’accès et de la Cellule de dialogue et de liaison avec les acteurs de sécurité, tout en consolidant l’acceptation au niveau local par des stratégies de négociation humanitaire adaptées aux contextes. Les ressources humaines supplémentaires seront affectées au sous-groupe sur l’accès établi dans l’Artibonite qui servira de modèle pour une éventuelle réplicabilité dans d’autres zones à haut risque.

Des efforts de plaidoyer se concentreront sur la préservation de l’espace humanitaire, en promouvant la distinction entre les opérations humanitaires et les interventions sécuritaires et leurs soutiens respectifs, en appelant à la simplification des procédures d’enregistrement et d’autorisation, et en recherchant des financements flexibles pour garantir la continuité des opérations dans les zones difficiles d’accès.

Le groupe de travail accès continuera également de fournir des conseils stratégiques à l’équipe humanitaire pays pour garantir une réponse humanitaire basée sur les principes qui ne franchit pas les principes opérationnels conjoints établis par le Groupe de travail accès et validé par le HCT en avril 2023. Des efforts supplémentaires seront déployés pour développer des solutions innovantes et renforcer l’acceptation des humanitaires parmi l’ensemble des influenceurs de l’accès et la population.

Le Groupe de travail poursuivra les analyses opérationnelles liées aux contraintes d’accès pour informer la réponse dans les zones à haut risque. Les cartographies de sévérité et de contraintes d’accès seront produites régulièrement et mises à la disposition des partenaires. Des analyses thématiques seront également mises à disposition au fur et à mesure de l’évolution de la situation.

Dans les zones sensibles, marquées par l’insécurité et la méfiance envers l’action humanitaire, le Groupe de travail renforcera le dialogue transparent et respectueux dans une logique de complémentarité avec les groupes thématiques et les clusters pour permettre des interventions inclusives et impartiales. En effet, le renforcement de la collaboration entre l’accès humanitaire, les clusters et les groupes thématiques est essentiel pour garantir un accès inclusif et impartial dans un contexte marqué par des contraintes sécuritaires et des vulnérabilités multiples. Cette synergie se traduira par un suivi concerté des contraintes d’accès, une participation croisée et le partage d’informations. Ainsi, les acteurs humanitaires pourront mieux identifier et surmonter les obstacles à l’accès, en veillant à ce que les populations les plus touchées par la crise, notamment dans les zones difficiles d’accès, reçoivent une assistance conforme aux principes humanitaires et sur la base d’un séquençage plus clair : les négociations humanitaires menées pour sécuriser l’accès et réduire les risques précèdent la planification et la mise en œuvre des réponses coordonnées par l’ICCG.