Haiti Besoins Humanitaires et Plan de Réponse 2026 / Partie 2 : Plan de réponse

2.6 Cash & voucher assistance overview and multipurpose cash section

Context

L'assistance monétaire s'est imposée progressivement comme une modalité de réponse efficace et adaptée pour répondre aux besoins essentiels diversifiés des ménages déplacés et hôtes vulnérables en Haiti. En 2025, plus de 50 organisations humanitaires ont mobilisé des fonds pour mettre en œuvre et améliorer la réponse à travers des interventions sectorielles et multisectorielles d'urgence à travers le pays, atteignant environ 254 200 ménages avec des Transferts Monétaires à Usages Multiples (TMUM/MPCA) et des transferts sectoriels. Les TMUM/MPCA permettent aux bénéficiaires de prioriser leurs propres besoins, renforçant ainsi leur dignité et leur pouvoir décisionnel. Dans un contexte marqué par l'instabilité chronique, les TMUM constituent une modalité efficace, soit en préparation ou en réponse aux chocs, permettant aux ménages de couvrir un large éventail de besoins à travers une valeur multisectorielle adaptée.
La faisabilité du MPCA en 2026 repose sur plusieurs facteurs facilitateurs clés. L'expérience opérationnelle accumulée par les acteurs humanitaires au fil des dernières années a permis de tester, d'ajuster et d'améliorer les capacités organisationnelles et techniques pour les transferts monétaires. Les marchés demeurent globalement fonctionnels dans la plupart des zones d'intervention. Les études révèlent que les ménages préfèrent fortement les transferts monétaires aux distributions en nature, leur permettant de gérer leurs priorités de manière autonome et avec dignité. Selon l'évaluation multisectorielle de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) menée auprès des ménages déplacés internes et leurs communautés hôtes dans la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince, 85% des ménages déplacés en site ont rapporté que l'argent en espèce était leur modalité d'assistance préférée, suivie par l'argent mobile (78%). L'assistance financière est généralement perçue comme plus durable que l'assistance en nature, démontrant une perception selon laquelle l'assistance financière permet de devenir moins dépendant de l'assistance humanitaire à long terme. Les personnes déplacées internes consultées ont exprimé une forte volonté d'autonomie durable, l'aide financière facilitant des solutions adaptées telles que la relocalisation ou le développement d'activités génératrices de revenus, offrant ainsi aux bénéficiaires une plus grande liberté dans l'utilisation de l'aide. Par ailleurs, 98% des ménages PDI en site disposent d'un téléphone basique permettant les transactions de mobile money, et 71% d'entre eux disposent d'un smartphone, facilitant ainsi l'accès aux transferts électroniques.
Cependant, plusieurs défis entravent la mise en œuvre optimale du cash en Haïti en 2026. L'instabilité chronique, exacerbée par l'inflation élevée et les fluctuations du taux de change, réduit la capacité économique des ménages. Les problèmes de liquidité chez les agents de transfert mobile constituent des freins majeurs, notamment dans les zones rurales du Grand Sud, de l'Artibonite et du Nord-Ouest. L'absence ou l'insuffisance de documents d'identité valides, prérequis pour l'accès aux services financiers formels, pose des contraintes opérationnelles substantielles. Les bénéficiaires concernés doivent se limiter aux distributions en espèces aux guichets physiques, mécanisme présentant des vulnérabilités sécuritaires accrues et une couverture géographique restreinte. Pour atténuer ces contraintes, les organisations humanitaires établissent des contrats-cadres avec les prestataires de services financiers et envisagent des distributions hybrides combinant cash et coupons électroniques, renforcent la collaboration avec l'Office National d'Identification pour faciliter l'obtention de documents d'identité, et diversifient les mécanismes de transfert selon les contextes locaux.

Transferts monétaires à usages multiples (MPCA)

En 2026, l'assistance MPCA ciblera environ 70 643 ménages dans 17 localités de sévérité humanitaire intersectorielle élevée (niveaux 4 et 5), répartis principalement dans les départements de l'Ouest (9 communes), Artibonite (5 communes) et Centre (3 communes). Les bénéficiaires ciblés incluent les personnes déplacées internes en familles d'accueil, les ménages et communautés hôtes en situation de handicap et de vulnérabilité grave, particulièrement dans les zones métropolitaines de Port-au-Prince et les femmes cheffes de ménage à haut risque de VBG. Le budget total alloué au MPCA en 2026 s'élève à 37,3 millions de dollars américains, incluant les frais de transaction et les coûts opérationnels.
Comme en 2025, en attente de la prochaine Initiative Conjointe de Suivi des Marches, menée par REACH, la valeur du transfert monétaire est fixée à deux cycles mensuels de 240 USD par ménage, soit un montant total de 480 USD réparti sur deux distributions mensuelles successives. Cette valeur représente environ 75 % de l'écart entre le revenu moyen des ménages vulnérables et le panier de dépenses minimum multisectoriel (MEB/SMEB), harmonisé selon les références nationales et permettant aux bénéficiaires de prioriser leurs besoins essentiels immédiats. Quand cela est possible, les modalités de transfert privilégient le mobile money comme mécanisme principal pour réduire les risques de vol et d'exposition des bénéficiaires à la violence. Des alternatives hybrides combinant cash et coupons électroniques sont envisagées selon les zones et contraintes spécifiques, notamment le mobile money avec agents mobiles dans les zones où la couverture réseau et la liquidité des agents permettent des transactions sécurisées, le cash en enveloppe dans les zones reculées où le mobile money n'est pas fonctionnel, les caisses populaires et prestataires de services financiers locaux avec contrats-cadres clairs, ainsi que des paiements échelonnés pour faciliter l'absorption du marché et réduire les pressions inflationnistes. La distribution sera fournie une fois par mois pour deux mois ou une fois tous les deux mois selon les capacités opérationnelles et les contextes sécuritaires, avec une durée d'intervention de deux mois.

Complémentarité et approches de déduplication entre MPCA et autres CVA

La complémentarité entre le MPCA et les transferts sectoriels est souhaitable pour garantir une réponse holistique et durable. Tandis que le MPCA stabilise les ménages dans l'urgence immédiate en couvrant les besoins multisectoriels de base, les transferts sectoriels ciblent des besoins spécifiques tels que la nutrition, la santé, l’éducation, les abris et la relance des moyens d'existence avec un accompagnement technique spécialisé et un suivi personnalisé.
La prévention des duplications a été identifiée comme prioritaire compte tenu de la limitation des ressources disponibles et du risque de chevauchement des organisations intervenant dans les zones les plus accessibles. Pour améliorer la coordination et éviter les duplications non intentionnelles, le Groupe de Travail sur les Transferts Monétaires invite les organisations humanitaires à harmoniser les critères de vulnérabilité au niveau départemental avec pondération selon les secteurs d'intervention, créent des sous-groupes de Travail spécialisés capables de conduire des tests pilotes de déduplication, établissent des calendriers coordonnés de distributions pour éviter la manque de liquidité et mettent en place des plateformes de plaintes accessibles permettant aux communautés de signaler duplications et besoins. Les chevauchements intentionnels, lorsqu'ils sont justifiés pour répondre à des besoins multisectoriels complexes, sont documentés et communiqués aux communautés pour maintenir la transparence et la redevabilité. Les mécanismes de référencement et la coordination entre secteurs sont également renforcés pour orienter les ménages vers les services appropriés selon leurs besoins spécifiques.

Liens avec les systèmes de protection sociale

En 2026, le GTTM poursuit son plaidoyer pour l'intégration effective des personnes déplacées internes (PDI) et des ménages vulnérables dans les systèmes nationaux de protection sociale, afin de renforcer la résilience, soutenir la réactivité aux chocs du système national, faciliter la transition vers des filets sociaux structurés et contribuer à la réduction des écarts dans la couverture des besoins critiques. Le GTTM promeut un alignement progressif à travers plusieurs axes stratégiques, notamment l'intégration du soutien à l'obtention de pièces d'identité dans les activités humanitaires pour renforcer l'inclusion financière via les registres nationaux, la participation conjointe à des mécanismes de préparation et réponse aux chocs, l'harmonisation progressive des montants de transferts pour les activités de "cash for work" afin d'éviter des effets de distorsion entre acteurs humanitaires et dispositifs publics, ainsi que le renforcement des liens progressifs avec les autorités de protection sociale pour une meilleure couverture territoriale à long terme. Le GTTM travaille activement avec le Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) et le Fonds d'Assistance Économique et Sociale (FAES), assurant le dialogue et la coordination avec les acteurs publics, qui sont encouragés à participer aux activités du groupe.
Le GTTM s'attache à harmoniser les interventions en cash, à soutenir la mise en œuvre du nexus humanitaire-développement-paix, à faciliter l'intégration des autorités gouvernementales et à maintenir la cohérence avec les priorités nationales pour garantir une réponse contribuant réellement à la stabilité et l'inclusion. Le GTTM coordonne les interventions de transferts monétaires et de coupons auprès de plus de 45 partenaires, comprenant des agences des Nations Unies, des ONG internationales et locales, des bailleurs, des prestataires de services financiers et des représentants de l'État.
Pour 2026, ses priorités sont renforcées et incluent :
• Accélérer la coordination et l'intégration de la réponse cash à travers tous les secteurs humanitaires et sociaux, en promouvant l'harmonisation des valeurs de transfert et le partage des bonnes pratiques et des leçons apprises.
• Promouvoir la coordination décentralisée au niveau départemental, à fréquence mensuelle et adaptée aux besoins opérationnels.
• Développer les compétences techniques des partenaires locaux et internationaux pour assurer la durabilité et l'efficacité des interventions, en investissant dans la formation et la supervision conjointe sur le terrain.
• Établir des groupes de travail techniques pour l'élaboration de lignes directrices, la définition harmonisée des critères de vulnérabilité et de sélection des bénéficiaires ainsi que l'harmonisation des outils opérationnels, afin de garantir la cohérence et la qualité des interventions entre partenaires et secteurs.