Personnes dans le besoin, personnes ciblées, personnes priorisées et sévérité des besoins par Commune
Les fontières et les noms indiqués et les désignations employés sur cette carte n'impliquent pas reconnaissance ou acceptation officielle par l'Organisation des Nations Unies.
Source : OCHA, Cluster Securite AlimentaireRésumé des besoins humanitaires pour le secteur
La crise alimentaire en Haïti demeure l’une des plus aiguës au monde par la proportion de la population en insécurité alimentaire aiguë. Selon le dernier Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) d’octobre 2025, la part de la population en insécurité alimentaire est passée de 41% en 2020 à 51% en 2025. En parallèle, la proportion de personnes en phase 4 (urgence) a plus que doublé en cinq ans, traduisant un aggravement progressif de la la crise.
Selon les prévisions de la dernière analyse IPC, la situation actuelle devrait se détériorer encore entre mars et juin 2026, en l’absence d’interventions urgentes et coordonnées. L’estimation de la population en insécurité alimentaire aiguë (phase 3 ou plus de l’IPC) devrait passer de 5,7 millions de personnes — soit plus d’une personne sur deux — à 5,9 millions (53%), ce qui représente près de 200 000 personnes supplémentaires confrontées à une situation alimentaire critique.
Sur les trente zones analysées lors de la dernière évaluation IPC, neuf sont actuellement classées en phase d’urgence (phase 4), tandis que le reste du pays demeure en phase de crise (phase 3), illustrant une situation de crise alimentaire généralisée. Parmi ces neuf zones en phase 4, huit sont rurales, ce qui confirme que la majorité des personnes en situation d’urgence alimentaire vivent en milieu rural.
L’insécurité alimentaire en Haïti résulte avant tout d’une crise structurelle du système agroalimentaire : techniques de production limitées et peu durable, infrastructures d’irrigation insuffisantes, faible mécanisation, absence de contrôles post-récolte et de normes d’hygiène des aliments, ainsi qu’une baisse marquée des volumes de production des principales cultures. La campagne agricole de printemps 2025, qui représente plus de la moitié de la production annuelle, est en fort recul : les rendements céréaliers devraient diminuer de 12% par rapport à 2024-2025 et de 24% par rapport à la moyenne des cinq dernières années.
Haïti est également vulnérable aux catastrophes naturelles (tremblements de terre, ouragans, inondations, sécheresses). Les chocs liés au climat, en particulier, deviennent de plus en plus fréquents et augmentent en intensité et en ampleur en raison du changement climatique. Ces chocs récurrents ont un impact négatif sur les moyens de subsistance des ménages et affaiblissent la capacité des communautés à se rétablir pleinement, les rendant encore plus fragiles et vulnérables à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
A la fin du mois d’octobre, dans de nombreuses régions du pays, notamment dans le Grand Sud, l'ouragan Melissa a détruit les champs, compromettant les revenus de la saison d’été et retardant la préparation de la saison d’hiver. Les dégâts causés au secteur agricole sont encore en cours d'évaluation, mais les premières analyses rapides laissent présager des dommages importants.
La violence exercée par les groupes armés constitue l’un des facteurs aggravants majeurs de la crise. Plus de 1,4 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays ont dû abandonner leurs habitations, laissant souvent derrière elles leurs moyens de subsistance. Cet exode forcé a un effet direct sur la production agricole, en raison de l’abandon des champs et de la perte de main-d’œuvre. Autrefois concentrée dans les zones urbaines — notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince —, la violence s’étend désormais à plusieurs zones rurales, en particulier dans l’Artibonite et les Bas-Plateaux (département du Centre). Les agriculteurs figurent parmi les victimes directes, avec des conséquences immédiates sur la production. Cette insécurité généralisée perturbe également les circuits d’approvisionnement et les activités économiques, entraînant la fermeture d’entreprises et une réduction des opportunités de revenus, tant dans le secteur formel qu’informel.
Ces contraintes accentuent la dépendance du pays aux importations alimentaires, exposant les ménages à la volatilité des prix internationaux et à une érosion continue du pouvoir d’achat, aggravée par l’inflation. D’après l’enquête nationale de suivi de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (ENSSAN) 2025, pour faire face à cette situation, les ménages affectés adoptent de plus en plus des stratégies d’adaptation négatives afin de combler leurs déficits alimentaires : 37% des ménages ont recours à des mécanismes de survie sévères, tels que la réduction du nombre de repas, la vente d’actifs productifs ou le recours accru à l’endettement. Cette tendance traduit une détérioration rapide des conditions de vie et une érosion progressive de l’accès aux besoins essentiels, marquant un affaiblissement préoccupant de la résilience des ménages face à la crise : près de la moitié des ménages haïtiens consacrent plus de 65% de leurs dépenses à la nourriture, signe d’un épuisement économique et d’une extrême vulnérabilité. Ainsi, près de 60% des ménages présentent un score de consommation alimentaire limité ou pauvre, révélant une insuffisance chronique de l’accès à une alimentation adéquate.
Stratégie de réponse
Le secteur sécurité alimentaire envisage un alignement stratégique entre les réponses d’urgence, post-urgence et les actions permettant de protéger et développer les systèmes alimentaires tout en renforçant la résilience des populations aux différents chocs auxquels elles font face régulièrement.
Sauver des vies et soulager la souffrance
La première stratégie sectorielle vise à sauver des vies et soulager la souffrance. Cette stratégie repose sur une assistance alimentaire d'urgence et une aide agricole vitale et urgente pour renforcer les moyens de subsistance. L’assistance alimentaire d’urgence effectuée par des distributions de vivres ou des transferts monétaires équivalents à trois cycles de distribution ciblera les populations en situation d’extrême vulnérabilité (phase 3 et plus).
Cette assistance sera combinée à la production alimentaire d’urgence et permettra aux ménages en phase 3 et plus d’accéder rapidement à une production alimentaire à travers l’appui en semences maraichères améliorées à cycle court ainsi qu’en kits de pêche ou d'élevage.
Le maintien d’une posture active de prévention d’une crise alimentaire et nutritionnelle aiguë est essentiel pour éviter un effet domino sur les secteurs vitaux tels que la santé, la nutrition et la protection.
Préserver les vies et les moyens de subsistance
La deuxième stratégie sectorielle vise à soutenir la production agricole durable, incluant l’agriculture, l’élevage, la pêche et la pisciculture, afin d’augmenter les volumes de production, d’améliorer la qualité des produits et de renforcer leur accessibilité. Cette démarche repose sur l’appui aux producteurs locaux à travers la diffusion de pratiques agricoles innovantes, le renforcement des capacités techniques et la mise à disposition d’intrants adaptés. L’objectif est de répondre efficacement à la demande domestique tout en stimulant les filières locales tant pour les produits que pour les intrants, dans la mesure du possible, en soutenant les activités génératrices de revenus et la création/ renforcement des avoir productifs à travers la participation communautaire.
Cette stratégie prendra en compte également des interventions visant à préserver, d’une manière durable, les moyens de subsistance des populations vulnérables face aux chocs climatiques, économiques ou liés à l’insécurité. Des efforts seront déployés pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires locaux, à travers la promotion de pratiques agricoles durables, la protection et le développement des infrastructures agricoles, ainsi que la diffusion d'intrants et de cultures résistants aux effets du changement climatique. Le renforcement de la production agroalimentaire est essentiel pour améliorer l'accessibilité des produits alimentaires, relancer le rôle central des marchés locaux face aux importations, créer des opportunités économiques pour les plus vulnérables et réduire la dépendance à l’aide humanitaire.
L’assistance sera délivrée en utilisant les modalités flexibles (en cash, en coupons, en in-kind ou mixte) qui permettra d’adapter la réponse au contexte mais aussi aux besoins et préférences des populations assistées, aux objectifs et effets directs et indirects escomptés.
Cible et priorisation
Le nombre de personnes dans le besoin (PiN) est défini à partir des projections de la dernière analyse IPC disponible, incluant 5,9 millions de personnes en phase 3 et plus. Les personnes en phase 3 et 4 présentent des déficits alimentaires importants nécessitant une assistance urgente afin de combler ces manques et de limiter le recours à des mécanismes d’adaptation négatifs.
La cible est définie en tenant compte de plusieurs critères : la sévérité des besoins, la présence et la capacité opérationnelle des acteurs intervenant dans le secteur au niveau national, ainsi que leur capacité à mobiliser des ressources financières, en considérant également les lacunes observées dans la réponse au cours de l’année 2025.
La cible totale du secteur est de 3,5 millions de personnes, chiffre qui correspond à 100% de la population en IPC 4+, soit 2 millions de personnes et 80% de la population en IPC 3 des zones en Phase 4 soit 1,2 millions de personnes et 15% de la population en phase 3 des zones en Phase 3 (350K personnes).
Priorisation de la cible
- Le secteur a revu sa cible à 2,5 millions de personnes - initialement 3,5 millions - avec un budget de $313 millions – initialement $423 millions. Cette réduction repose sur l’hypothèse que 20 % de la population en IPC4 sera pris en charge par les projets gouvernementaux de protection sociale. Cette option permet de cibler :
1,6 millions de personnes en IPC4 (80 % du total IPC4); - 900,000 personnes en IPC3, dont 340,000 personnes vivant dans des zones en phase 4;
Ceci inclut 50 000 ménages pour l’appui à la production alimentaire d’urgence et 1 million de personnes pour l’appui à l’agriculture et aux moyens de subsistance.
En termes de ciblage, une attention particulière sera portée aux personnes déplacées internes (PDI), aux familles d’accueil et aux communautés hôtes les plus vulnérables dont les moyens de subsistance ont été affectés, ainsi qu’aux personnes retournées ou rapatriées de force depuis les pays voisins, qui seront priorisées dans l’assistance. Les femmes et les enfants seront particulièrement pris en compte dans toutes les étapes de cette stratégie. Les zones fortement affectées par l’ouragan Melissa