Depuis plus d’une décennie, la République centrafricaine (RCA) subit les conséquences d'une crise multidimensionnelle résultant de chocs récurrents liés aux violences armées, à la fragilité institutionnelle, à la pauvreté structurelle et aux aléas climatiques. Bien que la situation sécuritaire et humanitaire soit relativement meilleure dans certaines localités en 2025, une grande partie de la population reste exposée aux chocs, ce qui engendre des vulnérabilités et des besoins humanitaires. Ainsi, 2,3 millions de la population centrafricaine (soit 36%) seront davantage vulnérables en 2026, au point que seule l’assistance humanitaire ne sera suffisante pour rétablir leur bien-être.
Des vulnérabilités structurelles persistantes.
L’économie centrafricaine reste l’une des plus fragiles au monde avec un PIB de 530,7 dollars américains par habitant tandis que 68,8% de la population vit sous le seuil de pauvreté (moins de 2,15 $ par jour) avec des disparités marquées entre zones rurales (74%) et urbaines (61%) [PND-RCA 2024-2028]. Les perturbations d’approvisionnement, la hausse des prix du carburant, la dépendance aux importations et l’insécurité sur les axes commerciaux entraînent une inflation (4,6% en 2025). En outre, le secteur agricole qui emploie environ 70% de la population reste peu mécanisé, informel et fortement exposé aux aléas climatiques et sécuritaires. La pauvreté rurale, l’enclavement et l’absence d’infrastructures de base renforcent l’exposition des ménages aux chocs, créant ainsi un niveau élevé d’insécurité alimentaire dans 65 sous-préfectures.
Un contexte sécuritaire fragile et fragmenté.
En 2025, la RCA a connu une réduction relative des affrontements armés (693 incidents en 2025 contre 1 138 en 2024), liée principalement à la dissolution de plusieurs groupes armés à la suite de la signature de l’accord de N’Djamena. Néanmoins, la situation sécuritaire reste instable et géographiquement inégale avec les exactions des groupes armés résiduels, les conflits intercommunautaires liés à la transhumance et la criminalité opportuniste. Des foyers de tension persistent dans le Haut-Mbomou, la Vakaga et l’Ouham, où l’insécurité continue d’engendrer les déplacements pendulaires (45 000 personnes en 2025) et d’accroître les vulnérabilités et besoins humanitaires des populations. La tenue des élections groupées en décembre 2025 suscite de l'espoir pour la population mais fait également planer des inquiétudes accrues quant à un risque de polarisation politique.
Les besoins de protection accentués par les inégalités de genre.
Les normes socio-culturelles, en plus d’exacerber les vulnérabilités et de réduire la résilience aux chocs, renforcent la discrimination à l’égard des femmes/ filles et des personnes handicapées et constituent un véritable obstacle à leur pleine participation à la vie sociale et économique. Les écarts entre les sexes contribuent à des taux élevés de violences basées sur le genre (VBG), avec plus de 42 846 cas de VBG recensés entre septembre 2023 et août 2025, dont 34% de viols, 96% des victimes étant des femmes et des filles. Le mariage précoce touche 61% des filles avant 18 ans, tandis que les écarts d’accès à la santé reproductive, à l’éducation et aux ressources économiques renforcent leur dépendance.
L’ampleur des mouvements de population est en relative baisse, mais les besoins restent
importants.
Au 31 octobre 2025, 430 935 personnes étaient déplacées internes, dont 60 185 (14%) vivent dans les 78 sites et les lieux de regroupement, tandis que
370 750 (86%) vivent avec des familles d’accueil. Selon la matrice de suivi de déplacement (DTM), le nombre total de PDI a globalement baissé de 2% (soit 6 369 PDI) depuis janvier 2025. Cependant, environ 36 236 nouveaux déplacements ont été enregistrés entre janvier et octobre 2025 principalement dans les préfectures de Bangui (5 810), le Vakaga (5 398), le Haut-Mbomou (4 623), la Nana-Mambéré (4 020) et dans l’Ouham (3 321). Les principaux facteurs contributifs à ces déplacements sont : l’insécurité liée aux affrontements entre groupes armés, aux tensions liées à la transhumance et aux inondations.
Pour ce qui est du rapatriement volontaire, environ 33 955 réfugiés centrafricains ont été rapatriés depuis 2024 (dont 16 265 en 2024 et 18 254 en 2025). Les personnes retournées présentent de ce fait des niveaux de vulnérabilité assez comparables à ceux des personnes déplacées à la suite d’un choc. Ces retours imposent une pression sur les maigres ressources, augmentant la vulnérabilité et limitant l’accès aux services de base des communautés d'accueil.