Central African Republic

Besoins Humanitaires et Plan de Réponse RCA 2026 / Partie 2: Plan de réponse

2.5 Programmation responsable, inclusive et de qualité

Centralité de la protection

L’insécurité et les attaques contre les civils ; les violences sexuelles liées aux conflits et les VBG dans les zones touchées par des chocs humanitaires ; et le recrutement et l’enrôlement d’enfants dans des groupes armés demeurent des risques prioritaires auxquels s’attaquera l’Équipe humanitaire pays (EHP) en 2026. Ainsi, la protection restera au coeur de la réponse humanitaire en 2026. Sous l’égide du Comité de suivi de l’impact de la stratégie sur la centralité de la protection de l’EHP, des progrès significatifs ont été réalisés sur la réduction des risques prioritaires en matière de protection y compris les analyses et stratégie d’intégration des risques de protection par certains secteurs. La théorie du changement élaborée en août 2025, qui précise les résultats clés de protection et les moyens de les atteindre, orientera la stratégie et le plan d’action actualisés de l’EHP en 2026.

En 2026, la communauté humanitaire continuera de réaliser des analyses de protection régulières pour éclairer la prise de décision et s'appuyer sur les meilleures pratiques pour obtenir des résultats de protection spécifiques. L’expérience acquise lors de la mise en oeuvre de la stratégie en 2024-2025 révèle la nécessité de renforcer les capacités des acteurs humanitaires à interagir plus efficacement avec les groupes armés, afin d’obtenir des résultats
concrets en matière de protection. Dans le cadre de la refonte du système humanitaire, il sera essentiel de se concentrer sur le renforcement des capacités des acteurs locaux à cet égard. Les acteurs seront guidés par la stratégie et un plan d'action sur la centralité de la Protection mis à jour en 2026.

Dans le cadre du processus de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) en cours, la stratégie visera à garantir la mise en oeuvre de mesures de résilience communautaire afin d'empêcher que les jeunes vulnérables, notamment ceux récemment démobilisés, ne soient attirés par la criminalité ou contraints de s'y engager. À cet égard, un plaidoyer stratégique auprès des divers acteurs et détenteurs d’obligations (y compris les acteurs du développement et du secteur privé) et une action concertée seront essentiels pour assurer la mise en place de solutions durables s'attaquant aux causes profondes de la criminalité, en collaborant avec les communautés et les acteurs locaux sur des initiatives de prévention. L'engagement de l’EHP auprès des acteurs régionaux sera indispensable pour réduire les risques en matière de protection liés à la crise soudanaise et aux activités de transhumance.

Redevavabilité envres les personnes affectées et réponse axée sur les personnes

La redevabilité envers les populations affectées (AAP) est au coeur de la programmation et de la réponse humanitaire en RCA avec l’engagement de l’EHP à veiller à ce que les mécanismes et les systèmes collectifs soient en place pour communiquer, s'engager avec les communautés et utiliser systématiquement leurs préférences et leurs points de vue pour la prise de décisions stratégiques. Depuis 2021, les mécanismes collectifs de redevabilité (mobiles et fixes) en parallèle avec les mécanismes individuels ont été déployés en RCA.

En 2026, la stratégie AAP vise à capitaliser sur les acquis des années précédentes, étendre et pérenniser les acquis en renforçant l’approche centrée sur la communauté. Cette approche vise à mettre en place et/ou renforcer les comités communautaires de feedback et plaintes ; et que les points focaux de collecte des feedbacks sont déployés au sein de leurs communautés pour assurer la continuité au-delà des projets humanitaires en développant des activités génératrices des revenus (AGR). Ces mécanismes sont basés sur les préférences des communautés affectées et fournissent un canal permettant aux communautés d'exprimer leurs besoins d’information, de fournir un retour d'information et de déposer des plaintes auprès des acteurs humanitaires. Selon le MSNA 2025, la majorité des ménages préfèrent communiquer leurs préoccupations en face à face, soit avec un membre de la communauté (54%) ou un travailleur humanitaire (49 %), tandis que 71% des ménages privilégient largement les réunions communautaires (71%) et des comités de plaintes (23%) comme canal d’information.

En outre, le Groupe de travail (GT) AAP assurera la sensibilisation et le renforcement des capacités des acteurs humanitaires et des points focaux AAP afin de favoriser l’extension des mécanismes collectifs dans tous les points chauds. La stratégie 2026 préconise également les plaidoyers pour le cofinancement des mécanismes collectifs AAP en tant qu’approche commune : 5% de chaque allocation du Fonds humanitaire (FH) sont déjà consacrés pour soutenir des mécanismes collectifs AAP dans les zones d’intervention. Ce principe de financement solidaire favorise une prise de responsabilité partagée et renforce l’appropriation collective de la redevabilité.

Protection contre l'exploitation et les abus sexuels (PEAS)

Les crises récurrentes en RCA exacerbent la vulnérabilité des communautés et les exposent ainsi aux actes d’Exploitation et d’abus sexuels (EAS). Dans le contexte actuel marqué par la réduction des ressources consacrées aux interventions humanitaires entraînant à son tour la restructuration des cadres d’intervention, il existe un risque d’accroissement réel de la vulnérabilité des communautés assistées et par conséquent d’augmentation des incidents d’EAS. Les premiers indices de l’impact de la réduction des financements sur les opérations des entités humanitaires et de développement se font déjà sentir dans le domaine de la protection contre l’Exploitation et les Abus Sexuels (PEAS).

Ainsi, l’enquête de IASC sur l’impact de la réduction des financements sur la PEAS démontre que 57% des membres du réseau PEAS en RCA avaient réduit/suspendu des activités de PEAS ; 54% des personnels dédiés à la PEAS avaient été impactés ; 23%, 22% et 12% respectivement des mécanismes de signalement, des services aux victimes et des actions de prévention/gestion des risques avaient été négativement impactés. Il est important de signaler, selon IASC, que la RCA fait partie des pays ayant un Indice multidimensionnel des Risques d’Exploitation et d’Abus Sexuels (SEARO) les plus élevés au monde.

Pour faire face à ces défis, plusieurs mécanismes collectifs ont été mis en place par l’Équipe Pays des Nations Unies (UNCT) et l’EHP pour prévenir et réduire les risques d’EAS. Ainsi, les membres du réseau PEAS ont développé une stratégie (2025-2030) assortie d’un Plan d’action 2026–2027 (voir les liens vers la Stratégie et le Plan d’Action 2026-2027) qui permettront de mettre en œuvre les actions principales suivantes : i) Sensibiliser les communautés bénéficiaires de l’assistance ; ii) Renforcer les capacités sur la PEAS du personnel humanitaire et du personnel apparenté ; iii) Etablir et renforcer les mécanismes de plaintes pour signaler les allégations d’EAS en collaboration avec le GT AAP ; iv) Conduire une évaluation de risques EAS interagences (IARA) ; v) Étendre et renforcer les mécanismes de coordination PEAS au niveau sous-national ; vi ) Renforcer les capacités du gouvernement, etc...

Égalité des genres et autonomisation des femmes et des filles

Les impacts genrés de la crise en RCA apparaissent dans tous les secteurs, où des facteurs croisés—sexe, âge, handicap, statut de déplacement, type de ménage—accentuent la vulnérabilité des femmes et des filles. Le MSNA 2025 montre que 63% des ménages sont dirigés par des femmes, confrontées à des obstacles majeurs d’accès aux services essentiels et à une exposition accrue à l’insécurité. Ces vulnérabilités se cumulent avec des risques de protection—VBG, mariage d’enfants, exploitation—touchant particulièrement les adolescentes, les femmes handicapées, enceintes, allaitantes ou âgées. L’accès limité aux services de santé sexuelle et reproductive, la mortalité maternelle élevée et les barrières à l’éducation renforcent cet ensemble de risques. Des conditions insuffisantes en EHA, en abris, ainsi que des contraintes en sécurité alimentaire, documentation et participation réduisent encore l’accès sûr à l’assistance. L’effet cumulatif se traduit par une mobilité restreinte, une exposition accrue à la violence et un recours à des stratégies d’adaptation négatives. Ces dynamiques confirment que les inégalités de genre constituent un facteur structurel de vulnérabilité, nécessitant une prise en compte renforcée pour améliorer l’efficacité et la sûreté de la réponse humanitaire.

En 2026, la stratégie se concentrera sur la consolidation des progrès réalisés en matière d'intégration genre et d'autonomisation des femmes dans la réponse humanitaire en RCA, entre autres le renforcement de l’utilisation des données ventilées, la prise en compte du genre dans la planification et réponse sectoriels, des formations ciblées des acteurs et l’accès des organisations dirigées par des femmes au financement humanitaire. À cette fin, le genre sera renforcé comme thème transversal prioritaire à travers un plan de travail élargi du GT Genre dans l’humanitaire (GH), comprenant un appui technique accru aux acteurs locaux, la conduite d’Analyses Rapides Genre conjointes, le renforcement des marqueurs et indicateurs sensibles au genre, ainsi que le soutien structuré aux organisations de femmes. Ces actions, alignées sur les orientations IASC et les besoins intersectoriels, visent à améliorer l’intégration du genre, la réduction des risques de VBG et la redevabilité envers les femmes et les filles. Avec un financement adéquat, elles permettront une réponse humanitaire plus inclusive, fondée sur des données probantes et adaptée aux vulnérabilités croisées.