Democratic Republic of the Congo

Besoins Humanitaires et Plan de Réponse République démocratique du Congo 2026 / Partie 1 : Besoins humanitaires

1.1 Aperçu de la crise

1.1 Aperçu de la crise

En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) demeure au cœur d’une situation humanitaire inédite, marquée par la persistance des conflits armés, des déplacements massifs, des chocs climatiques et des épidémies récurrentes. Pour des millions de Congolais, chaque jour est une lutte pour la survie, dans un contexte où la violence, la pauvreté et l’instabilité s’ajoutent à l’épuisement d’une crise prolongée.

Dans l’est du pays, la guerre continue de dévaster des vies. L’extension du territoire sous contrôle de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris la prise des villes de Goma, Bukavu et Uvira, a entraîné de nouveaux déplacements mais également le retour, parfois forcé, de centaines de milliers de familles vers leurs zones d’origine, souvent encore instables.

Parallèlement, dans l’Ituri, le Maniema et le Tanganyika, d’autres foyers de violence persistent. Les attaques de groupes armés, les tensions identitaires et les représailles ont laissé des villages entiers en ruines. Les survivants relatent des nuits de peur, des pillages et une incertitude quotidienne. Les femmes et les filles sont exposées à la violence basée sur le genre (VBG), stigmatisées et privées d’un soutien adéquat.

Aux effets dévastateurs des conflits s’ajoutent les conséquences du changement climatique. En 2025, des pluies diluviennes et des inondations ont ravagé Kinshasa et d’autres régions. Dans le Grand Kasaï et le Maniema, elles ont détruit des milliers d’hectares de terres agricoles, aggravant l’insécurité alimentaire. Près d’un quart de la population vit désormais en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Dans plusieurs provinces, des familles ne disposent que d’un repas par jour, tandis que des enfants quittent l’école pour chercher de la nourriture ou travailler dans les champs. Les épidémies, notamment de choléra et de rougeole, se propagent, exacerbées par la dégradation des services de santé et par le manque d’eau potable.

Malgré un environnement opérationnel extrêmement contraint, la résilience des populations affectées demeure un facteur clé de réponse. Les mécanismes communautaires de solidarité continuent de jouer un rôle essentiel dans la prévention des violences et la protection des groupes les plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants. Les acteurs humanitaires, malgré les difficultés d’accès et de financement, poursuivent leur action vitale : distribution de nourriture, soins, abris, éducation et protection.

Néanmoins, les besoins dépassent largement les moyens disponibles. En 2026, près de 15 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire. Le contraste entre l’ampleur de la souffrance et les ressources limitées souligne l’urgence d’une solidarité renforcée. Car derrière chaque chiffre se cache une histoire, celle d’une femme, d’un enfant, d’une famille qui refuse d’abandonner l’espoir d’un avenir meilleur, dans un pays qui aspire encore à la paix.

Evolution du nombre de PDI et retournées

Intensification du conflit armé et aggravation de la crise humanitaire à l’Est de la RDC en 2025

En 2025, le conflit à l’est de la RDC a connu une intensification dramatique. Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri sont restées le théâtre d’affrontements violents entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et une multitude de groupes armés non étatiques (GANE), dont l’AFC/M23.

Dans la province de l’Ituri, la situation sécuritaire reste extrêmement volatile. Les attaques perpétrées par des groupes armés, notamment les factions de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), la Convention pour la révolution populaire (CRP/Zaïre) et les Allied Democratic Forces (ADF) se sont soldées par des massacres de civils, des déplacements massifs et des violations graves des droits humains.

Les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa ont été particulièrement touchés par des affrontements récurrents, souvent liés à des rivalités politiques, à la lutte pour le contrôle des ressources naturelles et à des représailles intercommunautaires. Les attaques contre les camps de personnes déplacées internes (PDI) se sont multipliées, aggravant la crise humanitaire dans une province où plus de 1,11 million de personnes sont déplacées internes. Le maintien du caractère civil des camps de déplacés s’est heurté à l’infiltration de groupes armés ou la présence de familles affiliées. Les tentatives de processus de paix avec

% de PDI par cause de déplacement en 2025

les GANE sont restées limitées dû à la fragmentation des groupes armés et la faiblesse des institutions locales. Enfin, l’insécurité persistante a entravé l’accès humanitaire et freiné la reprise économique, maintenant l’Ituri dans un cycle de violence et de vulnérabilité chronique.

La province du Nord-Kivu demeure l’épicentre du conflit en 2025. La poursuite des hostilités entre les FARDC et l’AFC/M23 a entraîné une escalade majeure. Fin janvier 2025, l’AFC/M23 a pris le contrôle de Goma, provoquant un choc politique et humanitaire régional. Pendant une semaine de combats à Goma, des centaines de personnes ont été tuées et des milliers blessées. Des milliers de civils ont fui vers le Sud-Kivu et le territoire de Beni, tandis que les infrastructures essentielles s’effondraient. Malgré plusieurs contre-offensives des FARDC, appuyées par des factions Wazalendo, l’AFC/M23 a consolidé sa présence dans les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo. Les violations des droits humains, exécutions sommaires, violences sexuelles et enrôlement d’enfants se sont multipliés, accentuant la souffrance des populations locales.

En parallèle, la crise liée aux ADF s’est aggravée, en particulier dans les territoires de Beni et Lubero, mais également dans les territoires de Mambasa et Irumu en Ituri. Les ADF ont intensifié leurs attaques contre les civils, multipliant les massacres, enlèvements et incendies de villages. Le groupe a profité du vide sécuritaire créé par la concentration des FARDC sur le conflit avec l’AFC/M23 pour renforcer leur présence dans les zones forestières et frontalières.

Ainsi, le Nord-Kivu est resté en 2025 une zone de crise humanitaire aiguë, marquée par la peur, les déplacements massifs et la perte de repères, avec des populations confrontées à un quotidien d’insécurité et de vulnérabilité chronique.

Au Sud-Kivu, la situation sécuritaire s’est fortement détériorée au cours de l’année 2025 avec l’avancée de l’AFC/M23 et les affrontements respectifs avec les FARDC et leurs alliés. Après avoir consolidé ses positions autour de Goma, l’AFC/M23 a poursuivi son avancée vers le sud, culminant avec la prise de contrôle de Bukavu en février 2025. Ceci a profondément modifié les dynamiques de contrôle dans la province, avec des répercussions sur les territoires de Kalehe, Shabunda, Kabare, Walungu et Uvira, provoquant d’importants déplacements de population.

Si un calme relatif se fait observer dans certaines zones éloignées dans les territoires de Fizi et des parties de Mwenga et Shabunda, les lignes de front sont restées instables ailleurs, notamment dans les territoires de Walungu, Kalehe et Uvira, entraînant des déplacements récurrents et répétés des populations. Si l’AFC/M23 a mis en place des administrations parallèles, à l’instar du Nord-Kivu, cela reste peu structuré, avec des changements fréquents de responsables et une coordination limitée avec les hautes hiérarchies à Goma.

Depuis mi-2025, l’accès humanitaire s’est dégradé : l’avancée de l’AFC/M23 et la régionalisation du conflit ont rendu inaccessible l’axe Bukavu-Uvira pour les acteurs humanitaires, entraînant une hausse des coûts opérationnels. L’activisme continu mais volatil des factions Wazalendo dans le sud de la province a complexifié la réponse humanitaire et provoqué des déplacements transfrontaliers.

En décembre, l’AFC/M23 a repris son avancée vers le sud du Sud-Kivu, notamment dans les territoires de Mwenga et Uvira, aboutissant à la prise de contrôle d’Uvira le 10 décembre. Cette offensive a déplacé des milliers de personnes, dont beaucoup ont fui vers le Burundi, tandis que d’autres se sont déplacés dans le territoire de Fizi, voire plus au sud, dans la province du Tanganyika. Au moment de la rédaction de ce document, la situation demeure instable.

Les accords de Doha et de Washington : un double cadre politique et sécuritaire pour résoudre la crise à l’est de la RDC

Face à l’escalade de la crise et à l’expansion de l’AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, des acteurs internationaux ont intensifié leurs efforts diplomatiques. Les négociations menées sous la médiation des États-Unis ont abouti, en juin 2025, (et confirmé lors d’une cérémonie le 4 décembre 2025) à un accord de paix entre Kinshasa et Kigali, qui engage les deux parties à respecter leur souveraineté mutuelle, cesser toute hostilité, directe ou indirecte, et ne plus soutenir de groupes armés étrangers. Il inclut des engagements de retrait de troupes rwandaises de l’est de la RDC, la poursuite des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) et un mécanisme de sécurité commun pour surveiller ces actions. L’accord prévoit également un cadre d’intégration économique régionale pour encourager la coopération, attirer les investissements et structurer les chaînes de valeur des ressources naturelles.

Sous médiation qatarie, l’accord-cadre de Doha signé le 15 novembre 2025 entre le gouvernement de la RDC et le mouvement AFC/M23 est une feuille de route vers un accord de paix global. Il pose des principes et huit axes principaux pour traiter les causes profondes du conflit dans l’Est de la RDC : mise en place d’un cessez-le-feu et d’un mécanisme de suivi, libération de détenus, accès humanitaire, restauration de l’autorité de l’État, désarmement et réintégration, réformes politiques et investissements sociaux. Ce texte n’est pas encore un accord final de paix, mais un cadre évolutif pour accompagner les négociations et renforcer la sécurité et la stabilité.

Néanmoins, la prise d’Uvira en décembre 2025 illustre que la mise en œuvre de ces accords reste très fragile.

Dans la province du Maniema, un calme relatif et apparent a marqué l’année 2025. Néanmoins, les dynamiques sécuritaires et humanitaires restent sujets d’inquiétude en raison de l’accès difficile à de vastes zones et de la présence limitée des acteurs humanitaires. Dans plusieurs territoires, notamment à Kabambare, des groupes armés s’engagent dans des affrontements en vue d’un contrôle territorial et minier, consolidant leur influence économique et sécuritaire au détriment de l’autorité de l’État. Cela alimente les tensions, déplacements localisés et violations de droits, dans un contexte où les capacités de suivi et de réponse restent limitées.

En 2025, la province du Tanganyika a connu une évolution sécuritaire contrastée, avec une réduction des affrontements armés mais une insécurité persistante alimentée par l’extensiondu conflit depuis les Kivus, l’arrivée de PDI et la militarisation autour de Kalemie. D’autre part, après plusieurs années de violences intercommunautaires entre Twa et Bantu, les efforts de médiation des autorités provinciales, soutenus par des partenaires internationaux, ont permis d’apaiser certaines tensions locales.

Cumule du nombre des PDI

Note : Le cumul des PDI est estimé sur la base des PDI sur les sites et les familles d’accueil tandis que celui relatif aux retournés prend en compte uniquement les retournés des 18 derniers mois.

Cependant, des foyers de violence subsistent dans les territoires de Kabalo, Nyunzu et Manono, où différents groupes armés continuent de s’affronter pour le contrôle des terres et des ressources. Les civils restent les principales victimes de cette instabilité, confrontés aux pillages, déplacements forcés et violences sexuelles. Malgré ces défis, la relance de quelques projets de stabilisation et le dialogue communautaire favorisent une coexistence fragile. Des initiatives de désengagement de combattants ont été observées de manière ponctuelle. La mise en oeuvre progressive du PDDRC-S dans la province demeure toutefois à un stade initial, limitant encore l’accès effectif des ex-combattants à des mécanismes structurés de désarmement, de démobilisation et de réintégration, ainsi qu’à des alternatives socio-économiques durables. La pauvreté structurelle, l’insuffisance des services sociaux et le manque d’opportunités économiques maintiennent la province dans un équilibre précaire entre une paix fragile et le risque de résurgence du conflit.

Sévérité-PIN cible dans les Zone M23

La spirale de la crise dans le Grand Bandundu

En 2025, la crise dans les provinces de l’ex-Grand Bandundu (Kwango, Kwilu et Maï-Ndombe) et la partie est de la ville-province de Kinshasa, à l’ouest de la RDC, s’est approfondie de nouveau. Suite à des conflits fonciers, l’émergence de groupes armés communément appelés « Mobondo » a entraîné des attaques fréquentes, des déplacements massifs ainsi que des pillages et des expropriations. Si cette crise a initialement visé les populations civiles dans le Maï-Ndombe (notamment la communauté Téké), les violences se sont désormais généralisées et politisées et affectent quatre provinces et des populations différentes.

En 2022, les principaux facteurs déclencheurs étaient des tensions foncières entre les Téké et les Yaka, façonnées par la faiblesse des institutions locales. Ensuite, la crise s’est étendue suite à des efforts de sécurisation et de démobilisation incomplets, ainsi qu’à des phénomènes d’accaparement de terres de la part des élites provinciales et nationales. En somme, les violences perturbent l’accès aux services de base et aggravent l’insécurité alimentaire dans les zones concernées, compliquant l’acheminement de l’aide humanitaire. En 2025, la réponse humanitaire dans le Grand Bandundu est restée limitée, non seulement en raison de l’insuffisance des ressources financières et d’un manque d’attention en général en faveur de la crise de l’est du pays, mais aussi à cause des contraintes d’accès physique et sécuritaires.

À court terme, le risque demeure d’une persistance des violences saisonnières et d’une aggravation de la crise humanitaire ainsi qu’un potentiel enjeu pré-électoral, y compris aux portes de Kinshasa, si les problèmes fonciers et la gouvernance locale ne sont pas rapidement abordés. Ceci nécessitera un travail de paix sensible et conséquent, et un alignement des acteurs locaux et internationaux derrière une vision inclusive portée par le Gouvernement et soutenue par les populations et communautés.

crises et inondations l’impact des aléas climatiques

En 2025, la RDC a été frappée par une série d’événements climatiques sévères qui ont aggravé une situation humanitaire déjà critique et mis en exergue des faiblesses en matière de gestion des risques. Les fortes pluies et les inondations récurrentes ont touché plusieurs provinces, notamment Kinshasa, le Sud-Kivu, le Tanganyika et la Tshopo, entraînant d’importants glissements de terrain, la destruction d’habitations et la perte de récoltes.

À Kinshasa, entre le 4 et le 11 avril, des crues et coulées de boue ont affecté plus de la moitié des communes, provoquant la mort de plus de 33 personnes, le déplacement de 7 000 habitants et d’importants dégâts aux infrastructures urbaines.

Dans la province du Tanganyika, les crues du fleuve Rugumba en avril ont déplacé environ 10 000 personnes, détruit des écoles et des fermes et favorisé une recrudescence des cas de choléra. Entre janvier et décembre, le suivi des alertes d’OCHA a recensé 865 000 personnes affectées, à divers degrés, par les inondations à travers le pays. Le Sud-Kivu, Maniema et Kinshasa sont les provinces les plus touchées selon les registres d’OCHA.

Personnes affectées par les inondations

Le changement climatique accroît la fréquence et la sévérité de tels phénomènes, touchant des communautés déjà fragilisées par les conflits et la pauvreté. Les infrastructures faibles, l’urbanisation non planifiée et la déforestation accélérée amplifient davantage les impacts des aléas naturels. En réponse, les institutions et les partenaires humanitaires ont renforcé les actions de réduction des risques et de préparation, mais les ressources disponibles restent largement insuffisantes. Une étape importante a été franchie avec l’adoption de la politique nationale de réduction des risques de catastrophes et il sera essentiel d’appuyer sa mise en œuvre dans la durée.

Épidémies et fragilité : la santé des Congolais toujours sous tension

La RDC est confrontée à des épidémies récurrentes, résultat d’une combinaison de facteurs structurels et contextuels. Les conflits prolongés perturbent les services de santé, déplacent les populations et compliquent la surveillance épidémiologique. L’accès limité à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement favorise la propagation de maladies hydriques telles que le choléra, tandis que les aléas naturels, notamment les inondations, aggravent la situation en contaminant les sources d'eau

Zone de santé ayant subit des chocs liés aux épidémies de cholera

Dans ce contexte, le choléra demeure l’une des principales préoccupations sanitaires, avec plus de 70 500 cas suspects et 2 004 décès enregistrés entre janvier et décembre 2025, soit une augmentation d’environ 120 % par rapport à 2024 (32 000 cas). Vingt-trois provinces sont touchées, notamment celles de l’Est, avec le Sud-Kivu en tête, où les inondations, les déplacements internes et l’accès limité à l’eau potable favorisent la propagation. La rougeole continue de sévir, avec plus de 36 000 cas et environ 750 décès en 2025.

Malgré les campagnes de vaccination, la couverture vaccinale reste insuffisante dans plusieurs zones rurales et urbaines. Une épidémie de mpox a touché 25 provinces, avec plus de 84 000 cas suspects pour un taux de létalité estimé à 1,3 %. Par ailleurs, la province du Kasaï a connu une épidémie d’Ébola en septembre et novembre, avec 64 cas (dont 53 confirmés) et 45 décès (dont 34 confirmés). Plus de 35 000 personnes ont été vaccinées, etla fin de l’épidémie a été déclarée début décembre. (Les chiffres des épidémies seront actualisés avant la publication du document.)

Ces épidémies mettent en évidence les défis persistants du système de santé congolais, souvent sous-financé et mal équipé, qui peine à répondre efficacement aux urgences sanitaires et dépend en partie des organisations humanitaires et médicales pour la fourniture de soins de santé de base, même dans les régions où il n'y a pas de conflit. Le renforcement de la surveillance, des capacités de réponse, de la vaccination et des infrastructures EHA est crucial pour protéger les populations vulnérables et renforcer la coordination entre autorités nationales, acteurs humanitaires et communautés locales.

Tendances des épidémies

Un pays riche, des populations souvent fragilisées

La RDC fait face à un ensemble de vulnérabilités structurelles qui aggravent de manière chronique sa situation humanitaire. Malgré son potentiel économique, la majorité de la population vit encore dans la pauvreté. En 2024, le taux de pauvreté atteignait 73,5 % selon la Banque mondiale, sur la base du seuil international de 2,15 dollars par jour.

La faiblesse des infrastructures constitue un frein majeur au développement et à la réponse humanitaire. Selon le ministère des Infrastructures et travaux publics, sur plus de 58 000 km de routes recensés, qu’environ 3 000 km sont revêtus (asphaltés ou bitumés), rendant de vastes zones inaccessibles, notamment pendant la saison des pluies. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste limité, exposant des millions de personnes aux maladies hydriques : seulement 22 % de la population rurale dispose d’eau potable. L’accès aux services essentiels est également restreint : à peine 1 % de la population rurale bénéficie d’électricité, et seulement 15 % de la population totale a accès à Internet, généralement à travers le réseau mobile.

Sur le plan institutionnel, la faiblesse de la gouvernance, la corruption et le détournement freinent la mise en œuvre des politiques publiques et la gestion efficace des ressources. L’absence d’un système de protection sociale fonctionnel accroît la vulnérabilité des ménages face aux chocs économiques, climatiques et sécuritaires. Le pays reste en outre dépendant des importations alimentaires et sensible aux fluctuations des prix mondiaux, ce qui fragilise davantage la sécurité alimentaire.

Enfin, la forte croissance démographique, avec plus de 118 millions d’habitants projetés en 2025, exerce une pression croissante sur les ressources, les terres et les services sociaux. Ces vulnérabilités interconnectées, combinées à l’instabilité persistante dans l’Est du pays, entretiennent un cycle de crises récurrentes où les chocs sécuritaires, économiques et climatiques se transforment rapidement en urgences humanitaires à grande échelle.

Focus sur les risques de protection

En novembre 2025, le cluster Protection a publié une analyse des risques de protection en RDC qui montre la situation par rapport aux cinq grands risques identifiés en RDC. Cet encadré reprend quelques éléments clés concernant les risques identifiés par le cluster Protection dans les zones sous observation, à savoir les provinces de l’Équateur, Haut-Katanga, Haut-Lomami, Ituri, Kasaï, Kasaï-Central, Kasaï-Oriental, Kwango, Kwilu, Lomami, Maï-Ndombe, Maniema, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tanganyika et Tshopo.

Violences basées sur le genre

La violence basée sur le genre (VBG) demeure un problème critique en RDC, particulièrement dans l’Est où les femmes et les filles, représentant 89 % des cas de VBG, sont les plus touchées, surtout en contexte de déplacement. L’intensification des conflits armés et la présence accrue d’hommes en armes sur les sites de déplacés ont aggravé les violences sexuelles, désormais considérées comme le principal risque pour la protection. En effet, le risque de VBG, notamment les violences sexuelles liées aux conflits (VSLC), atteint aujourd’hui un niveau critique. Les VSLC sont utilisées comme tactique de guerre pour terroriser et contrôler les populations. Sur la période de janvier à septembre 2025, et malgré une sous-notification importante, les acteurs de la réponse aux VBG ont documenté 163 456 cas de violences basées sur le genre, dont 90 199 cas de violences sexuelles. L’accès humanitaire limité, l’effondrement des mécanismes communautaires et l’impunité aggravent la situation. Les enfants sont également touchés, tandis que les rapports non protégés, le manque d’assistance et le recours au travail du sexe accentuent les risques, avec une multiplication des maisons de tolérance dans les zones de déplacement.

Attaques contre des civils, homicides et attaques contre des biens civils

La dynamique des conflits en RDC demeure marquée par des violations systématiques du droit international humanitaire, avec des attaques ciblées contre les civils et leurs biens. Entre janvier et septembre 2025, 12 134 incidents ont été enregistrés, principalement dans l’Est (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Tanganyika) et l’Ouest (Mai-Ndombe, Kwilu, Kwango, Kinshasa). Les violences se répartissent entre majoritairement des coups et blessures (81 %), suivis d’homicides (13 %) et de tortures (6 %) ou d’autres traitements cruels et dégradants. Les infrastructures civiles – écoles, centres de santé, marchés – sont régulièrement détruites ou militarisées. Les sites de déplacés sont particulièrement vulnérables : 22 attaques armées ont causé 99 morts et de nombreuses violations, dont des incursions, des fouilles et des disparitions forcées. Enfin, la contamination par les engins explosifs s’aggrave, avec 341 victimes recensées et 329 alertes, ce qui freine les efforts de reconstruction et développement. Ces risques menacent la sécurité, la liberté de mouvement et la survie des populations.

Vol, extorsion, éviction forcée ou destruction de biens personnels

Entre janvier et septembre 2025, 15 860 violations et/ou abus du droit à la propriété ont été recensés en RDC. Les abus incluent l’extorsion de biens (42 %), le pillage (23 %), l’imposition de taxes illégales (22 %), la destruction de biens via des incendies (11 %), les déguerpissements forcés (2 %) et l’occupation illégale et les spoliations des terres (1 %). Les groupes armés et les autorités étatiques sont les principaux auteurs, ces dernières étant responsables de 38 % des cas, dont plus de 50 % sont imputés aux FARDC. Les tensions foncières, exacerbées par l’absence de mécanismes de résolution et par la superposition des régimes coutumiers et administratifs, alimentent les conflits : 40 % des litiges communautaires y sont liés. Les retours massifs, volontaires autant que forcés aggravent la concurrence pour la terre, entraînant expulsions et spoliations. Sans sécurisation foncière et justice transitionnelle, la cohésion sociale et la stabilisation resteront compromises.

Recrutement forcé et association d'enfants dans les forces armées et groupes armés

En RDC, le recrutement forcé et l’association d’enfants aux forces et groupes armés restent un risque majeur. En 2024, plus de 8 000 enfants ont été identifiés et, entre janvier et septembre 2025, 3 973 cas ont été enregistrés, principalement au Nord-Kivu (34 %), Sud-Kivu (29 %), Ituri (20 %) et au Tanganyika (17 %). Les garçons sont généralement recrutés comme combattants, tandis que les filles sont souvent recrutées pour des rôles auxiliaires ou dans le cadre de l’esclavage sexuel et mariage forcé. Les provinces de l’Ouest sont également touchées, notamment par les factions « Mobondo », et connaissent un manque d’acteurs de protection. Les organisations humanitaires intensifient la sensibilisation et fournissent des réponses immédiates, mais l’insuffisance des ressources et la persistance des conflits aggravent la vulnérabilité des enfants.

Violence psychologique / émotionnelle ou détresse infligée

La violence généralisée et les déplacements forcés, cycliques et récurrents en RDC provoquent une détresse psychologique majeure, aggravée par l’absence de stabilité, la destruction des mécanismes communautaires de soutien et le phénomène des « déplacés déplacés ». Les traumatismes s’accumulent sans résolution, menaçant une génération entière d’enfants selon l’UNICEF. Les consultations en santé mentale se sont multipliées par sept en 2025 par rapport à 2024, avec plus de 4 600 cas notifiés au premier trimestre et 33 800 personnes bénéficiant d’un soutien psychosocial entre janvier et mai. La majorité des bénéficiaires (86 %) sont des enfants, principalement au Nord-Kivu. La réponse exige donc une approche multidimensionnelle, incluant la sécurisation des services de santé, l’intégration du soutien psychosocial dans l’aide humanitaire, le respect du droit international humanitaire, ainsi que des programmes ciblés pour les femmes et les enfants.

Focus Impact de la crise financière et des coupes de financement en 2025

Face à une situation humanitaire alarmante, s’ajoute une crise d’ampleur historique dans le secteur de l’aide publique au développement et de l’action humanitaire. La diminution ou la suspension de certains financements humanitaires, et notamment ceux des États-Unis, dont la RDC était dépendante à près de 70 % en 2024, a fragilisé les opérations de manière fulgurante. En 2024, le plan de réponse humanitaire avait été financé à 50 %, soit 1,25 milliard de dollars. Cette année, il ne l’est qu’à 24 %, soit 597 millions de dollars.

  • Dans le secteur de la sécurité alimentaire, la réduction de 75 % des financements du PAM entre 2023 et 2025 a considérablement limité l’assistance aux populations en phase IPC 4 (urgence). Alors que 2,3 millions de personnes devaient être assistées mensuellement en 2025, seules 600 000 le sont encore depuis octobre, exposant des millions de personnes à une insécurité alimentaire aiguë et à l’adoption de stratégies d’adaptation négatives.
  • Le secteur de la nutrition a été gravement affecté avec une baisse de 43 % de financement et la fermeture de 1 178 centres de prise en charge de la malnutrition aiguë qui a privé environ 392 00 enfants souffrant de la malnutrition aiguë sévère (MAS) et près d’un million souffrant de la malnutrition aiguë modérée (MAM) d’une prise en charge appropriée, augmentant les risques de morbidité et de mortalité évitables.
  • La suspension soudaine des financements américains en 2025, qui représentaient près de 50 % du financement de la santé, a provoqué un effondrement systémique des capacités sanitaires dans plusieurs provinces. Le financement du secteur a baissé de 36 %. Plus de 1,5 million de personnes ont perdu l’accès aux soins de santé essentiels, en raison de la fermeture de structures, de ruptures de médicaments vitaux et d’une capacité réduite de prévention et de réponse aux épidémies, notamment le choléra, la rougeole et le mpox.
  • La baisse d’environ 73 % des financements en eau, hygiène et assainissement a entraîné l’arrêt de services critiques, notamment dans les sites de déplacés, contribuant directement à la résurgence des maladies hydriques et à une détérioration marquée de la santé publique.
  • Les secteurs Coordination et Gestion des Camps (CCCM) et Abris et articles ménagers essentiels (AME) figurent parmi les plus durement touchés, avec une baisse de financement de 96 % et 52 % respectivement. Ceci a causé la suspension des activités de gestion de sites, notamment dans l’Ituri et le Tanganyika, ainsi qu’une forte réduction des capacités de distribution, diminuant d’environ deux tiers les ménages ciblés pour un appui en abri. La distribution de kits AME allégés a remplacé les solutions plus robustes, exposant les populations à des conditions de vie indignes et à des risques accrus de protection.
  • Les coupes budgétaires (-18 %), ont fortement réduit les mécanismes de protection : les projets VBG ont chuté de 730 à 370, limitant les services médicaux, psychosociaux et juridiques. Le monitoring de protection couvre moins de zones de santé (de 152 à moins de 100), laissant des zones en conflit sans mécanismes d’alerte. Les mécanismes de Prévention de l’exploitation et des abus sexuels (PEAS) sont également affaiblis, avec moins de coordination, de lignes inter-agences et de formations.
  • Le secteur de l’éducation a subi une baisse du financement d’environ 44 %, entraînant moins d’espaces d’apprentissage et d’écoles soutenues, la suppression des cantines scolaires, l’incapacité de reconstruire ou réhabiliter plus de 100 écoles, ainsi qu’une surcharge dans les zones de déplacement avec des classes surpeuplées et un manque de matériel pédagogique essentiel.

À moyen terme, cette crise de financement réduira encore la capacité de la RDC à répondre de manière adéquate aux urgences. Des ONG et entités onusiennes ont dû réduire leurs effectifs, fermer certains bureaux ou retrancher des services de protection et d’assistance. Par ailleurs, la suspension d’initiatives vitales — comme la distribution de kits post-viol ou les programmes de résilience alimentaire — creuse le fossé entre les besoins et la capacité réelle d’intervention, affaiblissant davantage le système humanitaire dans des zones clés, notamment dans l’Est.

En résumé, les vulnérabilités – chroniques ou liées à des chocs – s’aggravent tandis que la réponse humanitaire s’affaiblit. Sans un réengagement massif des donateurs ou un soutien accru des institutions nationales, des millions de Congolais risquent d’entrer dans un cycle durable de déplacements et de manque d’accès aux services de base, compromettant l’avenir des générations futures.

References

  1. World Bank (2024). Poverty and Equity Brief: Democratic Republic of Congo. Washington, DC: World Bank Group.