Democratic Republic of the Congo

Besoins Humanitaires et Plan de Réponse République démocratique du Congo 2026 / Partie 2 : Réponse humanitaire

2.2 Personnes ciblées & personnes prioritaires

Personnes dans le besoin

People in need, targeted, prioritized and severity by location

OCHA/IM

En 2026, 7,3 millions de personnes seront ciblées par la réponse humanitaire dans 16 provinces auxquelles s’ajoutent neuf autres couvertes uniquement par la réponse aux réfugiés. Près de 87 % des personnes ciblées se trouvent dans les provinces de l’Ituri, du Maniema, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Tanganyika. Parmi ces 7,3 millions de personnes ciblées, 4,7 millions sont considérées comme prioritaires.

La cible globale a été calculée à partir de l’agrégation des cibles maximales sectorielles par zone de santé. Les clusters ont ciblé uniquement les zones de santé présentant une sévérité intersectorielle 3+. Bien que chaque cluster ait appliqué sa propre méthodologie sectorielle de ciblage, les références de ciblage à l’échelle globale ont été respectées. Ces références sont : Personnes ciblées = jusqu’à 100 % du PIN intersectoriel des zones en phases 4 et 5 et jusqu’à 50 % en phase 3.

La cible prioritaire (4,7 millions) correspond aux personnes situées dans les zones de sévérité 4, aucune zone n’étant classée en sévérité 5). Ces zones se trouvent dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Maniema, du Tanganyika et du Maï-Ndombe.

Top 10 des provinces avec le PIN les plus élévés

Top 10 des zones de santé avec les cibles les plus élevées

Le ciblage en RDC a permis d’inclure toutes les zones et populations présentant des niveaux de sévérité très élevés. Toutefois, même si les conditions d’accès n’ont pas servi de critère d’exclusion, certaines zones risquent de ne pas recevoir d’assistance en 2026 en raison de contraintes d’accès extrêmement sévères. Cela concerne quatre zones de santé : Manguredjipa (Nord‑Kivu), ainsi que Hauts Plateaux, Itombwe et Minembwe (Sud‑Kivu), classées au niveau maximal de sévérité d’accès (5). En conséquence, près de 83 000 personnes ciblées dans ces zones pourraient ne pas être assistées tant qu’aucune amélioration majeure du contexte sécuritaire et des conditions d’accès n’interviendra.

Hypothèses de planification

Compte tenu de la persistance de l’instabilité et de la complexité du contexte congolais, la planification de la réponse humanitaire pour 2026 repose sur une évaluation pragmatique des réalités observées en 2025, plutôt que sur des prévisions théoriques. L’approche adoptée s’appuie sur les leçons tirées des opérations menées en 2025 et anticipe un niveau de financement équivalent à celui de 2025, dans un contexte mondial marqué par la multiplication des crises et la raréfaction des ressources.

La situation sécuritaire dans l’Est du pays reste fragile, sans perspectives tangibles de résolution durable des conflits. Les processus politiques en cours se poursuivent, mais le décalage entre les processus et accords de paix et la réalité sur le terrain demeure important. Les hostilités devraient se poursuivre en 2026, entraînant de nouveaux déplacements de populations, tout en permettant, dans certaines zones stabilisées, des retours partiels. Une attention particulière sera accordée aux retours massifs, qui ont eu lieu dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces personnes restent dans des conditions de vulnérabilité très sévères, souvent dans des zones peu sécurisées, sans accès minimum aux services les plus essentiels et sans possibilité d’accéder à des moyens d’existence à court terme.

L’accès humanitaire demeurera également l’un des principaux défis. De vastes zones peuplées de communautés très vulnérables resteront difficiles d’accès en raison de l’insécurité, de la présence persistante des groupes armés non étatiques et du manque d’infrastructures.

Les obstacles logistiques continueront de freiner les opérations : routes impraticables, isolement géographique de certaines localités, dépendance aux transports aériens et fluviaux, ainsi que l’impact des aléas climatiques sévères, notamment inondations et glissements de terrain. Par ailleurs, les procédures administratives complexes, les restrictions de mouvement et les incidents impliquant le personnel humanitaire ou les biens essentiels risquent d’alourdir la mise en œuvre des interventions.

Dans ce contexte, la planification pour 2026 repose sur des hypothèses prudentes : maintien d’un niveau de besoins élevé, contraintes d’accès persistantes, capacités opérationnelles limitées et financement incertain. Les partenaires humanitaires devront donc continuer à adapter leurs stratégies pour maximiser l’impact de la réponse dans un environnement particulièrement instable et contraint.

Capacités opérationnelles et tendances de réponse

En 2026, la prolongation du contexte de sous-financement humanitaire en RDC entraînera un affaiblissement notable des capacités opérationnelles des acteurs humanitaires. Malgré l’ampleur persistante des besoins, de nombreuses organisations internationales et nationales ont été contraintes en 2025 de réduire leurs effectifs, de suspendre certaines activités essentielles ou de se retirer de zones historiquement prioritaires, faute de ressources suffisantes. Cette contraction financière a limité la capacité des partenaires à maintenir des stocks d’urgence, à assurer la logistique et à déployer rapidement des interventions multisectorielles en cas de crise.

Les conséquences se font particulièrement sentir dans les provinces de l’Est, où les conflits armés et les déplacements continus génèrent des besoins aigus. L’insuffisance des financements a contraint les acteurs à cibler un nombre réduit de bénéficiaires, laissant de vastes segments de la population sans assistance adéquate. Par ailleurs, les mécanismes de coordination intersectorielle et les dispositifs de suivi sont fragilisés, limitant la capacité collective à s’adapter aux nouveaux chocs, qu’ils soient sécuritaires, sanitaires ou climatiques.

Accès et capacité opérationnelle

Personnes ciblées par province (2026)

présence opérationnelle

Au 30 novembre 2025, environ 8,2 millions de personnes auront été assistées (soit 75 % de la cible annuelle), mais ce chiffre doit être interprété avec prudence. Il représente uniquement les personnes ayant reçu une aide dans au moins un secteur, indépendamment de la qualité, de l’intensité ou de la durée de cette assistance. Il ne s’agit en aucun cas de personnes dont les besoins ont été pleinement satisfaits. Le nombre de personnes dont les besoins sont couverts est estimé à 2,4 millions jusqu’à novembre; soit 22 % des 11 millions de personnes ciblées. Une part importante de ces bénéficiaires a été soutenue grâce à des financements reportés de 2024, mis en œuvre au cours de 2025, ce qui peut masquer l’ampleur réelle de la réduction drastique des ressources dont ont souffert la plupart des secteurs cette année. Cette situation ne devrait pas se répéter en 2026, les reports de financements pour cette année étant très limités. Couplée à des prévisions de financement humanitaire encore plus réduites, cette situation conduira à un ciblage plus restreint des bénéficiaires pour 2026.

Dans ce contexte, la dépendance à un nombre limité de bailleurs accentue la vulnérabilité du système humanitaire. Les efforts de plaidoyer devront se concentrer, entre autres, sur la nécessité d’une plus grande flexibilité financière, d’un soutien pluriannuel et d’un investissement accru dans les capacités locales. Sans un réengagement rapide des donateurs, la réduction actuelle des moyens compromettra durablement la capacité de la communauté humanitaire à répondre efficacement aux besoins croissants et à prévenir une aggravation de la crise en 2026. Par ailleurs, le renforcement des capacités locales et des mécanismes de négociation d’accès sera essentiel pour améliorer la couverture humanitaire et garantir une réponse plus rapide, inclusive et durable aux populations les plus vulnérables.

dashboard-novembre 2025
Données dashboard M11 2025

Le processus de réinitialisation humanitaire en RDC (Humanitarian Reset) : une réforme structurelle pour recentrer l’action sur l’impact et le leadership local

En 2025, la RDC a engagé une réforme de son architecture humanitaire, dans le cadre du processus de réinitialisation humanitaire au niveau global (Humanitarian Reset). Cette initiative, pilotée par l’Équipe Humanitaire Pays (EHP) sous le leadership du Coordonnateur humanitaire, vise à corriger les limites d’un système devenu complexe et fragmenté, en recentrant la réponse sur les populations affectées, en simplifiant la coordination et en renforçant le leadership national et l’efficacité.

1. Une approche recentrée sur les besoins et l’efficacité opérationnelle

Face à un contexte marqué par la persistance de multiples crises et par la réduction du financement international, la réforme vise à rationaliser la réponse humanitaire. Le Groupe de Travail sur l’Efficacité de l’Action Humanitaire (GT EHA) a recommandé de concentrer les efforts sur les zones à sévérité extrême et sur les besoins vitaux. Le plan de réponse 2026 prévoit ainsi une réduction de près de 45 % du budget de 2025. Cette priorisation devra s’accompagner d’un dialogue renforcé avec les acteurs du développement et de paix afin de soutenir les zones moins couvertes, ce qui traduira une volonté d’articuler le nexus humanitaire-paix-développement et l’approche solutions durables.

2. Localisation et redevabilité : deux leviers de transformation

La réforme accorde une place centrale au renforcement du leadership local. Une stratégie nationale de localisation sera élaborée, visant, entre autres, au transfert progressif des fonctions de coordination dès que faisable et à l’amélioration de l’accès des ONG congolaises aux financements en tant que répondants en première ligne lors des crises humanitaires. Cette dynamique s’accompagne, sur la base du Reset mondial, d’une refonte des mécanismes de Redevabilité envers les populations affectées (AAP) pour en faire le socle de l’action humanitaire en RDC. D’ailleurs, les ONG locales font déjà partie de l’EHP et il est prévu que certains clusters ouvrent en 2026 la co-coordination des clusters à des organisations congolaises.

3. Révision de l’architecture de coordination

La révision conforte un modèle de coordination tripartite selon l’axe suivant : l’EHP qui assure le leadership stratégique et la prise de décision y afférente, le Groupe de Coordination Inter cluster (ICCG) qui joue un rôle pivot central à la fois technique et tactique, et la Coordination Opérationnelle Humanitaire Provinciale (COHP) qui coordonne et oriente les actions humanitaires opérationnelles localement, soutenue par des structures infra-provinciales temporaires au besoin, les Area-Based Coordinations (ABC). Cette architecture favorise une gouvernance plus claire et une coordination plus agile et mieux articulée. Le Cadre national de Concertation Humanitaire (CNCH), sous le leadership de la Première ministre, sera renforcé afin de continuer de consolider l’appropriation nationale et la complémentarité institutionnelle au niveau national, de la même manière que les cadres provinciaux (CPCH) au niveau provincial.

4. Simplification des clusters et dispositifs transversaux

La simplification de la structure des clusters constitue un autre volet majeur de la réforme. Plusieurs fusions ont été opérées, notamment entre les clusters Abris/AME et CCCM, ainsi qu’au sein du cluster Protection, désormais unifié autour des dimensions VBG, protection de l’enfance et la lutte antimines. Une cellule technique AAP appuie les clusters et les dispositifs provinciaux, tandis que le Comité Genre (GiHA) est intégré au sein de l’EHP afin de garantir l’intégration transversale du genre. Enfin le réseau national de PEAS, rattaché à l’EHP, travaillera pour concrétiser les engagements du Comité permanent interorganisations (IASC) en matière de PEAS.

Perspectives et défis

Les priorités à court terme portent sur la relocalisation effective des clusters à l’Est, la consolidation des COHP (stratégiques et informationnelles), l’adoption de la stratégie de localisation et l’évaluation de la performance du modèle. Toutefois, de nombreux défis subsistent : financement limité, transfert effectif de pouvoir aux acteurs locaux et maintien de la qualité de la coordination dans un environnement instable. Enfin, la réforme s’inscrit dans une logique de transition et de nexus humanitaire-paix-développement. À partir de 2026, certains secteurs pilotes comme la santé ou l’éducation expérimenteront des transitions du modèle « cluster » au modèle « secteur », en coordination avec les ministères et les partenaires techniques et financiers.