Democratic Republic of the Congo

Besoins Humanitaires et Plan de Réponse République démocratique du Congo 2026 / Partie 2 : Réponse humanitaire

2.3 Stratégie de réponse humanitaire

cible et budget 2026

La communauté humanitaire a défini pour l’année 2026 une approche stratégique intégrée, centrée sur la priorisation des besoins les plus urgents et sur la recherche d’une efficacité accrue dans la mise en œuvre des interventions. Dans un contexte marqué par une détérioration sécuritaire, des contraintes d’accès croissantes et une réduction des financements internationaux, les acteurs humanitaires s’attachent à concentrer les ressources limitées sur les zones les plus touchées et les groupes les plus vulnérables, tout en renforçant la qualité, la coordination et la redevabilité des actions menées.

La stratégie s’articule autour de deux axes majeurs : sauver des vies et préserver la dignité humaine, ainsi que réduire les vulnérabilités et renforcer la résilience des populations affectées. L’objectif global est de fournir une assistance ciblée et coordonnée à environ 7,3 millions de personnes parmi les plus vulnérables, sur un total de 14,9 millions de personnes dans le besoin. Pour atteindre ces objectifs, les partenaires humanitaires sollicitent un financement d’environ 1,4 milliard de dollars US, destiné à soutenir les priorités sectorielles définies dans le Plan de réponse humanitaire 2026.

OS1. Sauver des vies et alléger les souffrances des personnes touchées par des chocs récurrents liés notamment aux conflits, aux aléas naturels et aux épidémies, à travers une assistance multisectorielle sûre, équitable, inclusive et fondée sur des principes humanitaires.

Dans le cadre de cet objectif stratégique, les partenaires visent à atténuer les besoins humanitaires immédiats de la population, dont les conséquences peuvent être potentiellement mortelles, en déployant des interventions multisectorielles à caractère vital ciblant les groupes les plus vulnérables. Les efforts se concentreront sur la fourniture rapide d’une assistance vitale aux personnes déplacées, aux communautés hôtes et aux populations vivant dans les zones affectées par les épidémies ou les aléas naturels.

L’utilisation accrue des transferts monétaires multisectoriels et des mécanismes de réponse rapide (RRM) permettra de garantir une aide flexible, centrée sur les ménages et adaptée aux réalités locales. Les interventions viseront notamment à réduire l’insécurité alimentaire aiguë, à prévenir la malnutrition sévère et à assurer l’accès aux soins de santé primaires, à l’eau potable ainsi qu’à un abri sûr.

OS2. Améliorer l’accès sûr, équitable et digne aux services de base de qualité des personnes affectées par les chocs récurrents, selon les droits fondamentaux et les standards, afin d’éviter une érosion accrue de leurs capacités d’adaptation.

Cet objectif vise à préserver le bien-être des personnes vulnérables touchées par les chocs et à empêcher l’affaiblissement continu de leurs mécanismes d’adaptation. Les interventions soutiendront ainsi les mécanismes d’adaptation, la restauration des services communautaires essentiels et le renforcement de la préparation face aux chocs climatiques et épidémiques. Grâce à cette approche intégrée, il sera possible de réduire la dépendance à l’aide humanitaire, de contribuer à l’opérationnalisation de l’approche nexus humanitaire-développement-paix et de promouvoir des solutions durables pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Réponse multi-sectorielle

Les approches intersectorielles seront renforcées afin de maximiser l’impact des interventions et de répondre simultanément à plusieurs besoins prioritaires des populations, garantissant une réponse plus intégrée et efficace. L’approche Santé-Nutrition-Eau et Assainissement-Sécurité alimentaire, développée par les clusters en 2023 et actuellement opérationnelle, sera mise en œuvre afin de fournir des services coordonnés dans les mêmes zones et pour les mêmes populations affectées, conformément aux critères définis. L’objectif est d’augmenter la couverture multisectorielle et de réduire les écarts d’accès aux services essentiels.

La collaboration intersectorielle sera intensifiée au moyen d’évaluations conjointes des besoins, ce qui permettra de prioriser les interventions à fort impact et d’accroître la rapidité et l’efficacité des réponses. Les actions concertées sur les sites de déplacés resteront une priorité, avec un objectif clair : garantir que 100 % des sites bénéficient d'une assistance multisectorielle complète. Un plaidoyer continu sera mené pour mobiliser les ressources nécessaires et assurer la régularisation des sites spontanés par les autorités afin d’améliorer la coordination et la qualité des services. Ces efforts visent principalement à augmenter la proportion de populations ciblées bénéficiant d’une réponse intégrée dans les zones prioritaires, à encourager des paquets de réponse multisectorielle afin d’éviter la fragmentation et renforcer la cohérence des interventions, à réduire les délais de mise en œuvre des interventions multisectorielles et à améliorer la couverture et la qualité des services dans les sites de déplacés et les sites régularisés.

Ces efforts multisectoriels seront également promus dans les zones de retour plus précaires, où les personnes, surtout celles retournées plus récemment, sont dépourvues de tout accès aux éléments les plus essentiels à leur survie.

Afin de contribuer aux efforts de multisectorialité et d’éviter le saupoudrage des réponses, les coordinations provinciales s’engagent aussi à prendre en compte les outils de positionnement existants au niveau de certains clusters et les informations du mécanisme de réponse rapide (RRM) pour renforcer la complémentarité de manière effective dans la mise en œuvre pratique.

Appel à l’innovation

Face à la complexité croissante des crises humanitaires en RDC, l’intégration de l’innovation dans la planification de la réponse 2026 constitue un impératif opérationnel pour les acteurs humanitaires. Dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements prolongés, les chocs climatiques et la réduction des financements, les approches innovantes doivent permettre d’améliorer la qualité des analyses, d’optimiser le ciblage et d’adapter les modalités de réponse aux contraintes de terrain. L’innovation – technologique, programmatique, financière ou organisationnelle – peut notamment soutenir l’utilisation de données plus fines et en temps réel, l’extension des transferts monétaires lorsque les conditions le permettent, des mécanismes d’accès alternatifs dans les zones difficiles, ainsi qu’une meilleure implication des acteurs locaux dans la mise en œuvre. Intégrée de manière pragmatique et coordonnée au sein des stratégies sectorielles, l’innovation contribuera à renforcer l’efficacité opérationnelle, la redevabilité envers les populations affectées et l’impact et durabilité globaux de la réponse humanitaire en RDC.

Renforcement des services publics

Le renforcement ciblé des services publics essentiels constitue aussi une priorité stratégique pour maintenir l’accès aux services de base dans un contexte de crises prolongées et de contraintes budgétaires accrues. Les systèmes publics, en particulier dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la protection et de l’eau-assainissement, sont en première ligne de la réponse aux besoins humanitaires et subissent une pression structurelle exacerbée par les déplacements massifs et l’insécurité persistante. Un appui humanitaire structuré et coordonné est indispensable pour prévenir l’effondrement des services, assurer la continuité des prestations et optimiser l’impact des ressources limitées. Cet appui doit s’inscrire dans des interventions mesurables, à fort rendement opérationnel, alignées sur les priorités nationales, renforçant les capacités institutionnelles tout en préservant les principes humanitaires.

Centralité de la protection

La réponse humanitaire s’inscrira également dans le cadre de la stratégie de protection révisée de l’EHP (2025-2026), qui vise à garantir que les personnes affectées et les populations à risque puissent pleinement jouir de leurs droits. Cette stratégie consolide le leadership de l’EHP dans la coordination des actions de protection et assure l’intégration systématique des principes de protection dans l’ensemble de la programmation humanitaire. Elle s’appuie sur des processus collaboratifs, le renforcement des capacités, des critères de planification harmonisés ainsi que sur des mécanismes de suivi et d’évaluation renforcés.

Les acteurs humanitaires contribueront ainsi à prévenir et à atténuer les principaux risques pour la protection, notamment les conflits liés au foncier, les violences sexuelles, les attaques contre les civils et les impacts psychosociaux des violences. Ils s’efforceront de renforcer les mécanismes communautaires de protection, d’améliorer l’accès aux services pour les survivants de VBG et d’intensifier le plaidoyer en faveur du respect du droit international humanitaire. La protection sera donc intégrée de manière transversale dans tous les secteurs, afin de garantir que chaque intervention contribue à la sécurité, à la dignité et à la participation des populations affectées.

Sur le plan opérationnel, la stratégie de réponse 2026 mettra l’accent sur le renforcement du leadership collectif au sein de l’EHP, ainsi que sur une coordination intersectorielle renforcée, afin de garantir la complémentarité des interventions et d’éviter les duplications. En définitive, la stratégie humanitaire 2026 en RDC vise à concilier urgence, efficacité et dignité. Dans un contexte marqué par l’incertitude et les contraintes budgétaires, elle recentre l’action sur les personnes, optimise l’utilisation des ressources disponibles et jette les bases d’une réponse plus résiliente et durable pour les années à venir.

Renforcement du cadre anticipatoire de lutte contre le choléra

En ce qui concerne l’épidémie de choléra, le cadre d’action anticipatoire établi pour la période 2023-2024, et soutenu par un financement du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF), a été prolongé de deux ans (2025-2026), grâce à une enveloppe additionnelle du CERF de 3 millions de dollars. Il continuera ainsi de servir d’instrument de référence pour le suivi du risque dans les zones affectées et pour l’activation, le cas échéant, des mesures anticipatoires prévues.

Mécanisme de Réponses Rapides (RRM)

Mise en place en septembre 2024, la cellule de coordination RRM a été active dans la coordination des réponses des acteurs RRM tout au long de l’année 2025. Elle s’est focalisée sur les alertes dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de Tanganyika, qui ont cumulé 87 % des alertes enregistrées dans Ehtools. La cellule RRM compte 13 acteurs et un consortium RRM qui interviennent dans les quatre provinces de l’Est en évaluations rapides multisectorielles des besoins, et apportent des réponses en nature ou en espèces dans les huit secteurs de réponses humanitaires.

En 2025, la cellule RRM a aussi mis en place un système de classification et de priorisation des alertes de mouvements de populations et d’aléas naturels en fonction de leur impact et des besoins humanitaires. Une matrice de suivi des alertes, des réponses RRM et des gaps a été mise en place pour suivre les réponses des acteurs RRM, afin de mieux les coordonner et d’avoir un outil de plaidoyer pour compléter leurs réponses. Afin d’assurer une bonne coordination et de collecter les retours des acteurs, la coordination RRM a établi des réunions mensuelles et ad hoc, ainsi que créé un groupe WhatsApp pour faciliter les échanges. Le coordinateur de la cellule RRM participe aux réunions des COHPs et de l’ICCG. Il partage avec ses fora la matrice de suivi des alertes, réponses RRM et gaps pour les informer sur les actions des acteurs RRM et appuyer le plaidoyer visant à couvrir les lacunes restantes dans la réponse.

Pour l’année 2026, la cellule de coordination RRM, en étroite collaboration avec les COHP et l’ICCG, envisage de :

  • Continuer à orienter les acteurs RRM pour une réponse multisectorielle aux alertes les plus sévères à travers un affinement des seuils d’intervention.

Mettre en place un outil de corrélation entre les réponses RRM et la sévérité des contraintes d’accès du groupe de travail accès humanitaire

  • Mettre en place un outil de corrélation entre les réponses RRM et la sévérité des contraintes d’accès du groupe de travail accès humanitaire afin de mieux orienter les acteurs RRM vers les zones difficiles à atteindre et d’avoir l’outil qui permettra de renforcer le plaidoyer pour l’accès humanitaire dans les zones enregistrant beaucoup d’alertes de mouvements de population.
  • Travailler avec les acteurs RRM pour l’amélioration des délais de réponse à travers l’identification des goulots d’étranglement qui seront discutés avec le groupe de travail accès, l’ICCG, les clusters et le groupe de travail sur l’assistance en espèces pour trouver des solutions.

Rôle du Gouvernement de la RDC dans l’élaboration du Plan de réponse humanitaire

Le gouvernement de la République démocratique du Congo joue un rôle central dans l’élaboration du Plan de réponse humanitaire, en étroite coordination avec la communauté humanitaire. À travers les ministères sectoriels compétents, les autorités provinciales et les services techniques déconcentrés, l’État assure le leadership institutionnel du processus et valide les priorités et les orientations stratégiques.

Au niveau provincial, lorsque le contexte l’a permis, le Gouvernement, à travers ses services provinciaux compétents, a participé activement à l’analyse des besoins humanitaires, à l’identification des chocs majeurs, ainsi qu’à la priorisation géographique et sectorielle des interventions. Au niveau national, des consultations ont également été menées avec les autorités compétentes, dans le cadre de la planification humanitaire pour 2026, et les chiffres de planification ont été officiellement validés par la ministre d'État chargée des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale le 1er décembre 2025.