Focus groupe d’une équipe d'évaluation des
besoins auprès des populations touchées par la
violence communautaire et les inondations dans la
province de Tshopo, en RDC OCHA/Wassy Kambale
2.5 Programmation responsable, inclusive et de qualité
En 2026, la communauté humanitaire continuera de renforcer la promotion et l’intégration transversale des éléments essentiels à une réponse équitable et adaptée aux principaux défis du contexte congolais. Ces défis, qui dépassent le seul cadre de l’action humanitaire tout en influençant de manière déterminante l’efficience et l’efficacité des interventions, requièrent une approche cohérente, inclusive et systématique à l’échelle de l’ensemble des programmes.
Qualité de la réponse
En RDC, l’action humanitaire doit viser rapidement l’atteinte des normes minimales de qualité, telles que définies par les standards SPHERE, afin de garantir une assistance efficace, équitable et centrée sur les bénéficiaires. Cela implique de placer la sécurité, la dignité et les droits des populations au cœur de toutes les phases de l’intervention, de l’évaluation des besoins à la mise en œuvre et au suivi. Les acteurs humanitaires doivent mettre en place des mécanismes solides de suivi et d’évaluation afin d’assurer la conformité aux normes et d’ajuster les programmes en fonction des retours des communautés.
Cependant, dans un contexte de réduction drastique des financements, plusieurs clusters ont été contraints de réviser leurs stratégies d’intervention. Ces ajustements ont parfois entraîné des écarts par rapport aux normes de qualité établies, affectant à la fois le type de modules proposés et la durée de l’assistance. Cette situation affecte directement les populations vulnérables, qui peuvent recevoir une aide partielle, moins adaptée ou temporaire, ce qui limite l’efficacité globale de la réponse humanitaire et la capacité des communautés à retrouver leur autonomie. Elle souligne également la nécessité d’optimiser la planification et la priorisation des interventions, de renforcer la coordination entre les acteurs et de rechercher des solutions innovantes pour maintenir un niveau minimal de qualité malgré les contraintes budgétaires.
Protection contre les exploitations et les abus sexuels (PEAS)
La stratégie interagences PEAS 2025-2029 continuera de guider les acteurs humanitaires et du développement dans leurs efforts pour prévenir et traiter efficacement les cas d’exploitation et d’abus sexuels commis par des intervenants humanitaires à l’égard des populations. La nouvelle approche interagences, lancée en 2025, sera pleinement opérationnelle en 2026. Elle prévoit que toutes les organisations fassent partie du réseau interagences PEAS et rapportent leurs activités dans ce cadre. Cette approche permet de maximiser les ressources, d’éviter les duplications et d’assurer une synergie optimale entre les acteurs.
L’assistance aux victimes sera renforcée grâce à une meilleure coordination inter-organisations et une collaboration accrue entre les acteurs humanitaires, ainsi qu’à l’implication du Senior Victim Rights Officer. Des efforts particuliers seront consacrés à la formation continue des prestataires de services sur le Protocole de l’ONU relatif à l’assistance aux victimes d’exploitation et d’abus sexuels, afin de garantir un accompagnement sûr, digne et conforme aux standards internationaux (en 2025, 237 prestataires de services ont été formés). L’augmentation du nombre d’organisations féminines au sein du réseau interagences PEAS — passé de trois en 2025 à près de 30 — renforcera également la synergie du réseau, tant en matière d’assistance aux victimes que de prévention, de sensibilisation et d’amélioration des mécanismes de plainte.
En 2026, les avancées majeures en matière d’engagement avec l’État porteront sur la finalisation et l’adoption de la Stratégie nationale de Protection contre l’Exploitation, les Abus et le Harcèlement Sexuel (PEHAS). Cette stratégie sera intégrée dans l’ensemble des ministères, renforçant l’appropriation institutionnelle et la coordination multisectorielle. La centralisation de la coordination, via un réseau national unique et des réunions mensuelles, garantit une diffusion cohérente des informations PEAS à tous les acteurs impliqués dans la réponse humanitaire en RDC. Le renforcement des capacités du pool d’enquêteurs EAS visera à assurer des enquêtes sûres, professionnelles et réalisées dans des délais raisonnables. Le nombre de prestataires de services formés à la fiche technique sur le Protocole de l’ONU pour l’assistance aux victimes sera également augmenté, afin de garantir une prise en charge de qualité conforme aux standards internationaux.
Genre
En 2026, l’intégration du genre s’inscrit dans la dynamique de la réinitialisation humanitaire, évoluant d’une approche transversale formelle vers un levier de protection plus opérationnel, en réponse aux changements majeurs survenus en 2025 à l’est de la RDC. Face à l’augmentation des vulnérabilités liées aux déplacements massifs, la réponse humanitaire priorise la participation et le leadership des organisations féminines nationales dans la gouvernance, la coordination multisectorielle et l’ensemble du cycle du programme humanitaire. Les mécanismes de coordination continueront de placer le genre au cœur des interventions, à travers une approche intégrée favorisant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles. Le renforcement des capacités des points focaux genre au sein des clusters, déjà présents dans 82 % des clusters nationaux, demeure central. Au niveau stratégique, l’implication d’organisations féminines au sein de l’EHP (SOFEPADI, AVSD) sera consolidée par un accompagnement ciblé, le plaidoyer et le renforcement des capacités, afin d’améliorer leur efficacité stratégique et opérationnelle.
La reconnaissance du Comité Genre dans l’action humanitaire comme membre à part entière de l’architecture humanitaire en RDC est un élément majeur pour renforcer l’intégration du genre dans la coordination humanitaire, les actions communautaires et la localisation, à travers la participation active des organisations nationales et locales dirigées par des femmes. La mise en place progressive de ces comités, déjà engagée au Tanganyika et en Ituri, sera étendue aux autres zones affectées, avec l’appui des COHP, des clusters provinciaux et des réseaux d’organisations féminines.
La stratégie proposée tient compte du caractère transversal du genre et met un accent particulier sur la prévention et la réponse aux VBG, via des services multisectoriels et des espaces sûrs pour les femmes et les filles, en synergie avec les acteurs de la protection et les autres clusters. Elle prévoit également l’application rigoureuse du Marqueur Genre et Âge de l’IASC, la collecte systématique de données désagrégées et une approche d’assurance qualité afin de répondre aux besoins différenciés des femmes, des hommes, des filles et des garçons, et de réduire les risques critiques tels que le sexe de survie et l’exploitation sexuelle dans les sites de déplacés.
Parallèlement, un appui institutionnel ciblé sera apporté au ministère du Genre, au ministère de l’Action Humanitaire et de la Solidarité Nationale et aux organisations féminines locales pour renforcer la coordination nationale et locale, aligner la réponse sur les priorités nationales et soutenir l’agenda de la localisation. La finalisation des diagnostics en cours au sein des ministères mentionnés, le processus législatif en cours sur la Loi sur l’Action Humanitaire, le renforcement des compétences locales, la promotion du leadership féminin et la participation des femmes dans les mécanismes de coordination sont des actions clés de nature à mieux ancrer le processus d’intégration du genre dans l’action humanitaire, la résilience communautaire et les processus de paix en RDC.
Redevabilité envers les populations affectées
La redevabilité envers les populations affectées (AAP) restera la pierre angulaire de l’action humanitaire en RDC et demeurera une priorité collective pour 2026. Dans l’esprit de la réinitialisation humanitaire, les mécanismes AAP ont été davantage décentralisés, avec désormais trois groupes de travail provinciaux. Aux groupes du Nord-Kivu (2023) et de l’Ituri (2024) s’est ajouté, en 2025, celui couvrant le Sud-Kivu et le Maniema. Ces mécanismes répondent aux besoins locaux en matière de redevabilité et d’engagement communautaire, notamment au niveau des COHP, grâce à leur proximité avec les populations, à leur connaissance approfondie du contexte opérationnel et à leur capacité à identifier et à traiter les obstacles susceptibles de limiter la réponse aux besoins exprimés par les personnes affectées.
Une Task Force AAP nationale a été réactivée de janvier à juin 2025 par le Coordonnateur humanitaire afin de formuler des recommandations et un plan de travail national AAP, validé par l’EHP. Ce plan vise à renforcer l’information et l’écoute des communautés, mieux intégrer leurs perspectives dans la planification et la mise en œuvre de la réponse humanitaire, et adapter, dès que possible, les interventions en fonction de leurs retours. Pour 2026, une cellule technique AAP accompagnera les groupes provinciaux en leur fournissant orientations et conseils pratiques. Elle appuiera également l’ICCG, auquel elle est rattachée, pour promouvoir l’AAP collectif, soutenir les clusters et suivre la mise en œuvre du plan de travail national de l’AAP. L’articulation avec la PEAS sera renforcée, en particulier dans les domaines de l’information et de la communication avec les communautés, ainsi que pour les mécanismes collectifs de retour et de traitement des plaintes (CFM).
Handicap
L’intégration des personnes en situation de handicap dans la réponse humanitaire doit s’appuyer sur une approche pleinement transversale et inclusive, garantissant leur accès effectif aux services essentiels et à leurs droits fondamentaux. Il est également essentiel que les actions en leur faveur s’inscrivent dans une vision humanitaire globale, harmonisée et mise en œuvre en étroite collaboration avec les autorités nationales, notamment la Fédération nationale des Associations des Personnes vivant avec Handicap du Congo (FENAPHACO), les ONG et les communautés locales. Les efforts d’inclusion porteront sur plusieurs priorités : améliorer l’accessibilité physique des infrastructures humanitaires — sites d’accueil, points de distribution, établissements de santé et écoles ; renforcer les compétences et la sensibilisation du personnel humanitaire et des autorités locales aux besoins spécifiques des personnes vivant avec un handicap ; favoriser leur participation active à toutes les étapes du cycle d’intervention, de la planification à l’évaluation ; et développer la collecte et l’analyse de données désagrégées pour garantir leur prise en compte systématique dans les mécanismes de suivi et d’évaluation. Cette approche vise à garantir une réponse humanitaire véritablement inclusive, adaptée aux réalités des personnes en situation de handicap et respectueuse de leurs droits.
VIH/SIDA
Les crises humanitaires ont un impact majeur sur les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), en particulier les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes et les adultes. Les déplacements forcés entraînent souvent l’abandon ou l’interruption des traitements antirétroviraux (ARV), en raison de la fuite précipitée, des ruptures de stock ou du non-renouvellement des médicaments dans les sites d’accueil. Par ailleurs, de nombreuses PVVIH évitent les structures de santé par crainte de révéler leur statut sérologique. L’interruption du traitement ARV augmente la charge virale, affaiblit l’immunité, favorise la résistance aux traitements, accroît les infections opportunistes et augmente la mortalité.
La RDC compte sur le Fonds Mondial et le gouvernement des États-Unis à travers PEPFAR pour plus de 80 % du financement de la riposte au VIH. Par conséquent, le gel de l’aide américaine en janvier 2025 a fortement affecté la réponse au VIH, en réduisant notamment le soutien aux acteurs communautaires chargés du suivi à domicile et de l'accompagnement dans les communautés. Ses effets se sont fait sentir bien au‑delà des trois provinces PEPFAR, touchant l’ensemble du pays en raison de la contribution américaine au Fonds mondial.
Des rapports d’ONG locales1,2,3 signalent de graves ruptures dans l’accès aux soins, aux traitements et aux services pour les PVVIH compromettant la continuité des soins et l’adhésion aux traitements antirétroviraux. Cette situation expose les patients à des complications sévères et accroît les risques de transmission. Les personnes déplacées font également face aux violences, à la discrimination et à la stigmatisation, faisant de la protection des PVVIH une priorité urgente.
Pour assurer la continuité de traitement antirétroviral, l’identification des PVVIH repose sur plusieurs canaux : i) l’appui des pairs et des services communautaires ; ii) les services de soins ; iii) les plateformes de soutien nutritionnel ; iv) l’intégration de conseil et dépistage volontaire (CDV) dans les programmes de lutte contre les VBG ; et v) l’intégration du VIH dans la réponse aux épidémies émergentes afin de prévenir les comorbidités.
Environnement
En RDC, les acteurs humanitaires devraient intégrer systématiquement la protection de l’environnement dans la conception et la mise en œuvre de leurs interventions, afin de limiter les impacts négatifs et, lorsque possible, contribuer à la restauration des écosystèmes. Cela implique notamment de promouvoir l’utilisation de matériaux durables dans les infrastructures humanitaires, de réduire les déchets et d’améliorer leur gestion, en particulier dans les sites de déplacement. Le recours à des sources d’énergie renouvelable — telles que les lampes solaires, les mini-réseaux photovoltaïques ou les cuiseurs améliorés — peut réduire la déforestation et la dépendance au bois-énergie, mais aussi les risques de VBG. Le cluster Abri/AME a renforcé l’intégration de l’environnement dans ses interventions grâce à un groupe de travail dédié et au développement d’outils, dont un soutien au reboisement communautaire en contexte de crise.
Les distributions devraient intégrer des alternatives écologiques, comme des kits de cuisson économes ou des solutions de purification d’eau à faible impact. Par ailleurs, la planification des interventions doit tenir compte des risques environnementaux locaux, notamment dans les zones sujettes aux inondations ou aux conflits liés aux ressources naturelles. Enfin, la sensibilisation communautaire et la collaboration avec les autorités locales sont essentielles pour encourager des pratiques durables et renforcer la résilience environnementale des populations.
Coût unitaire
References
[1] Groupe d’accompagnement des malades (GRAM). Note de plaidoyer pour une réponse urgente face aux conséquences de la crise humanitaire sur les PVVIH, Février 2025.
[2] Union congolaise des organisations des PVVIH (UCOP+), Rapport de l’identification rapide des PVVIH victimes des effets de guerre dans la ville de Goma, Février 2025.
[3] Heal-Africa, Situation de rupture des médicaments ARV à la clinique Heal-Africa, Alerte Déc 2025.