Democratic Republic of the Congo

Personnes ciblées
1.9M
Personnes prioritaires
824K
Besoins financiers (US$)
136.1M
Requis prioritaires (US$)
59.7M

Sévérité nutrition

PIN&Cible Nutrition

Résumé des besoins

La République Démocratique du Congo (RDC) continue de traverser une crise nutritionnelle complexe, aggravée par l’intensification du conflit armé dans l’Est du pays, la dégradation de la situation de sécurité alimentaire et les épidémies récurrentes en 2025. Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, aujourd’hui en grande partie sous le contrôle du groupe armé M23 et d’autres acteurs non étatiques, connaissent une dégradation humanitaire sans précédent. Les combats prolongés, continuent de créer les mouvements de population avec une instabilité des services de base entre autres la santé, l'éducation, l'accès à l’eau potable, la disponibilité alimentaire, exposant plus les populations à des besoins nutritionnels croissants dans plusieurs zones de santé.

Dans les provinces de l’Est, la situation humanitaire s’est dégradée fortement en 2025 avec l’escalade du conflit armée dans les 3 provinces de l’Est, le démantèlement des sites de déplacés au Nord Kivu et Sud Kivu, forçant des dizaines de milliers de familles à quitter précipitamment les camps. Ce mouvement de retournés, vers des zones encore instables et dépourvues d’infrastructures, a aggravé la vulnérabilité des populations et particulièrement des enfants et des femmes se retrouvant dans des milieux sans abris, sans accès à l’eau potable, avec accès limité aux services de santé, exposées à des risques accrus de malnutrition, de maladies et de violences basées sur le genre.

Les résultats de l’enquête nationale de nutrition 2023 indiquent une prévalence nationale de la malnutrition aiguë globale (MAG) de 8,2% [7,5-9,0] avec 2,6% [2,2-3,1] des enfants qui souffrent de la forme sévère (MAS) supérieure à 2%, seuil d’urgence humanitaire. Cela s’accompagne des disparités importantes entre les provinces : le Haut Lomami (16,7%) et le Maï-Ndombe (16,1%) enregistrent les prévalences MAG les plus élevées, tandis que 14 provinces sur 26 présentent des prévalences de MAS dépassant le seuil d’urgence humanitaire (>2%). En 2025, la mise à jour de la situation nutritionnelle dans la partie Est s’est faite à travers une enquête nutritionnelle SMART dans les 3 provinces Nord Kivu, Sud Kivu et Ituri. Ces résultats montrent une dégradation de la situation nutritionnelle comparativement aux résultats de l'enquête de 2023. On note une forte dégradation en Ituri, où les prévalences de MAG combinée (P/T et PB) oscillent entre 12,1% et 21%. Dans les territoires de Djugu et de Mambasa, la MAS atteint jusqu'à 4,3%.

Cette détérioration considérable de la situation nutritionnelle est conséquence de la dégradation de la situation de sécurité alimentaire, de l’intensification des conflits avec les mouvements permanents des populations, de la flambée des épidémies (rougeole, choléra) et un accès limité aux soins de santé primaires. À la suite de l’exercice de priorisation sectorielle conduite sur les 519 zones de santé du pays, 392 d’entre elles soit 76% sont classées en urgence nutritionnelle avec un score de sévérité sectorielle 3+ parmi lesquelles 40 avec une sévérité 4. Ces zones sont réparties dans 16 provinces : l’Ituri, le Sud-Kivu, le Haut-Lomami, le Nord-Kivu, le Kasaï, le Tanganyika, le Maniema, le Kwilu, le Kwango, le Maï-Ndombe, le Sankuru, le Haut-Katanga, Kinshasa, le Kasaï-Central, la Tshopo et le Kasaï-Oriental.

Cette situation nutritionnelle dégradante et persistante sur l’ensemble du pays est la conséquence de plusieurs causes, facteurs aggravants qui se juxtaposent à la fois dans plusieurs provinces. La situation de l'insécurité alimentaire est l’un des principaux déterminants, dont la dernière analyse de l’IPC sécurité alimentaire estimant 22 millions personnes en phase 3+ d’insécurité alimentaire parmi lesquelles 3,9 millions de personnes en phase 4. Cette précarité alimentaire limite considérablement l'accès à des régimes diversifiés et équilibrés, indispensable chez les enfants de moins de cinq ans. Aussi l’ensemble du pays continue de faire face aux problèmes des épidémies entre autres la rougeole, le choléra, le monkeypox et la résurgence de la maladie à virus Ebola, combinées à des maladies endémiques comme le paludisme et les infections respiratoires aiguës. Ces épidémies fragilisent le système de santé et augmentent la morbidité, notamment chez les enfants, constituant ainsi des facteurs aggravants de la malnutrition aiguë. Les conditions d'hygiène et d’assainissement et l’accès à l’eau potable restent des défis majeurs en milieu rural, avec un fort impact sur la propagation des certaines épidémies et sur la prévalence des maladies diarrhéiques chez le jeune enfant, un facteur déterminant de l’émaciation rapide.

Sur la base des différentes analyses et des rapports de supervision, l’éloignement des populations par rapport aux structures de traitement apparaît parmi les principales causes du faible accès aux interventions de nutrition en urgence. L’accès aux services de santé reste en effet un défi majeur :la distance entre les communautés et les structures sanitaires limite fortement l’accès aux soins nutritionnels curatifs et préventifs. Cet accès difficile expose les mères, principales gardiennes et personnes ressources qui accompagnent les enfants aux soins de santé et nutritionnels, à des risques de violences basées sur le genre et par conséquent la majorité d’entre elles se réservent d’accompagner leurs enfants dans ces structures et surtout dans les zones de conflit. Cette situation limite l’accès adéquat au service de nutrition.

Dans ce contexte, les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et allaitantes (FEFA), et les personnes vivant avec le VIH ou la tuberculose restent les plus exposés.

On estime qu’en 2026 environs 5,2 millions d’enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë à l'échelle du pays, dont 1,7 millions de la forme sévère. Par ailleurs 1,9 millions de FEFA souffriront de malnutrition aiguë. Cette tendance montre une hausse de 12% de la dégradation de la situation nutritionnelle chez les enfants de moins 5 ans et surtout de la malnutrition aiguë sévère passant de 1,5 millions en 2025 à 1,7 millions en 2026.

Dans le cadre de l’analyse des besoins humanitaires 2026, la portée de l’analyse s’est focalisée sur 228 zones de santé, priorisant les chocs (épidémies, mouvements de populations, inondations). Sur les 175 zones de santé en sévérité intersectorielle 3+, 173 ont une sévérité sectorielle nutrition 3+ montrant la dégradation de la situation nutritionnelle. On estime que dans ces zones de santé, environ 1,7 millions d’enfants de moins de 5 ans souffriront de malnutrition aiguë en 2026, dont 542 000 milles de la forme sévère. En outre, 600 milles de FEFA seront également affectés et nécessiteront une prise en charge immédiate. La malnutrition aiguë sévère multiplie le risque par neuf pour un enfant de mourir avant son cinquième anniversaire.

Malgré les différents efforts de la réponse en RDC, la réponse nutritionnelle connait d’autres défis en termes de (1) renforcement des capacités locales et systèmes de santé, (2) de faible engagement et mobilisation communautaire dans la lutte contre la malnutrition, (3) de soutien Psychosocial et Santé Mentale, (4) des approches multisectorielles insuffisantes pour traiter les facteurs aggravants de la malnutrition, entre autres l'insécurité alimentaire, l'accès à l'eau potable, l'assainissement (WASH) et la santé, (5) de suivi et évaluation des Interventions en nutrition, (6) de la recrudescence des urgence avec la limitation des capacités à répondre rapidement avec les défis logistiques et sécuritaires.

Dans ce contexte d’urgence nutritionnelle avec ces différents facteurs aggravants les besoins humanitaires ci-dessous se déclinent :

  • Les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes/allaitantes et les personnes vivant avec VIH et Tuberculose souffrant de malnutrition aiguë sont à risque élevé de surmortalité. Les différentes formes de malnutrition sont directement ou indirectement associées à environ 35% des causes des décès parmi les enfants de moins de cinq ans. Il est donc crucial d’offrir à ces groupes vulnérables des interventions de nutrition d’urgence à haut impact pour leur garantir une survie. Ces interventions sont entre autres la prise en charge des cas de malnutrition aiguë (sévère et modérée) pour environ 3,76 millions d’enfants, de femmes enceintes/allaitantes, personnes vivant avec le VIH et la tuberculose qui sont dans le besoin de ces interventions de survie.
  • Le retard de croissance associé à la malnutrition aiguë augmente le retard cognitif de l’enfant et le risque de mortalité. Les mauvaises pratiques alimentaires et nutritionnelles font également partie des causes de la malnutrition chez les personnes à besoins spécifiques (femmes enceintes et allaitantes, enfants de moins de 5 ans, personnes vivant avec handicap, personnes vivant avec le VIH ou la tuberculose, personnes âgées et le déplacées internes).
  • La prévention des différentes formes de la malnutrition pendant la période des 1 000 premiers jours de vie (de la conception à deux ans) est aussi cruciale dans le contexte de la RDC. Les soins nutritionnels spécialisés et la promotion des pratiques de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant en situation d’urgence sont des interventions cruciales qui contribuent à la réduction de la surmortalité parmi les enfants de moins de deux ans, mais aussi de prévenir les différentes formes de la malnutrition. Ces interventions concernent les femmes enceintes et allaitantes et autres personnes s’occupant des enfants de moins de deux ans.

2. STRATÉGIE DE RÉPONSE

En 2026, le cluster nutrition cible 1,85 millions de personnes dont environ 42 000 personnes en situation handicap inscrit dans l’objectif stratégique 1 sauver des vies déclinées dans les trois objectifs sectoriels ci-dessous :

  • Assurer un accès rapide et équitable aux services nutritionnels vitaux pour la détection précoce et le traitement de la malnutrition aiguë chez 718 731 enfants de moins de cinq ans et 164 462 femmes enceintes et allaitantes, 8 241 PPVIH sous ARV et tuberculose dans les zones de crise prioritaires.
  • Fournir une assistance nutritionnelle vitale, y compris une alimentation supplémentaire d’urgence, a 126 219 enfants de 6-23 mois et 169 137 femmes enceintes et allaitantes confrontées à une insécurité alimentaire sévère ou à la malnutrition aiguë lors de crises soudaines ou prolongées.
  • Protéger l’état nutritionnel des populations les plus vulnérables en promouvant des pratiques optimales d’alimentation du nourrisson, du jeune enfant et de la mère auprès de 666 611 femmes enceintes allaitantes pendant les crises soudaines ou prolongées.

La réponse nutritionnelle ciblera à la fois les populations autochtones, déplacées internes et retournées, en tenant compte des nouvelles dynamiques humanitaires observées dans l’Est du Pays, ou les déplacements massifs, les retournés forcés et la réduction de l'accès humanitaire ont profondément perturbé la continuité des services essentiels. Dans ces zones, les interventions devront s’appuyer sur des approches flexibles et décentralisées, telles que les stratégies avancées et la collaboration renforcée avec les acteurs communautaires, afin de garantir un accès minimal aux soins nutritionnels vitaux.

Pour la réponse, le cluster nutrition cible 128 zones parmi les 173 zones de santé priorisées (sévérité intersectorielle 3+ et sévérité nutrition 3+) avec la limitation des ressources et aussi pour une meilleure concentration sur les zones fortement impactées. Ces 128 zones de santé sont réparties dans les provinces: Ituri (30), Kasaï (11), Kasaï-Central (2), Kasaï-Oriental (1), Kinshasa (1), Kwango (4), Kwilu (1), Maï-Ndombe (3), Maniema (4), Nord-Kivu (27), Sud-Kivu (32), Tanganyika (11), Tshopo (1)

La stratégie du Cluster Nutrition va s’inscrire dans la poursuite de la mise en œuvre du modèle intégré de réponse combinant traitement et prévention dans le cadre de l’objectif stratégique 1 de la réponse humanitaire « sauver des vies » et continuera à plaider pour une intégration durable des interventions nutritionnelles dans le système de santé et les programmes de développement, dans le cadre de l’approche nexus humanitaire-développement-paix. L’approche de la réponse restera centrée sur l'intégration de tout le paquet d’activités nutritionnelles dans les zones d’intervention afin de placer le bénéficiaire au cœur de l’action humanitaire.

Objectif sectoriel 1

Environ 891 434 personnes dont 718 731 enfants de 0 à 59 mois, 164 462 femmes enceintes et allaitantes, 8 241 personnes vivant avec la tuberculose ou le VIH malnutries sont ciblées. Les couvertures estimées pour la planification sont respectivement de 80% pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère, 50 % pour le traitement de la malnutrition aiguë modérée, 40% pour le traitement des femmes enceintes et allaitantes souffrant de la malnutrition aiguë et 50% pour l’appui nutritionnel aux personnes avec VIH sous ARV et les personnes avec tuberculose parmi les besoins estimés dans ces zones ciblées.

La stratégie s’articulera sur la prise en charge intégrée et équitable de la malnutrition aiguë, tout en s'adaptant au contexte d'accès humanitaire et en renforçant la détection précoce et les mécanismes d’accès aux soins nutritionnels à travers les axes d’intervention ci-dessous :

  • Détection précoce et référencement des cas : le dépistage de la malnutrition aiguë sera intensifié en profitant de tout contact entre les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes et allaitantes (FEFA) avec le système de santé. Le dépistage passif sera renforcé lors des consultations curatives et préventives (CPS), tandis que le dépistage actif sera assuré par les relais communautaires. La promotion du dépistage de la malnutrition aiguë par les mères à travers la prise du périmètre brachial sera encouragée pour contribuer à une détection précoce. Ces approches communautaires permettront d’améliorer la détection rapide et la référence vers les unités de prise en charge.
  • Prise en charge rapide et de qualité : les partenaires nutritionnels assureront une prise en charge intégrée et de qualité des cas de malnutrition aiguë sévère et modérée chez les enfants de moins de 5 ans, les FEFA, ainsi que les personnes vivant avec le VIH et la tuberculose. La continuité des soins sera garantie à travers la combinaison d’interventions fixes au niveau des structures de santé existants et mobiles, notamment des cliniques mobiles et des stratégies avancées dans les zones d’accès difficile ou en insécurité. Une attention particulière sera accordée sur le continuum de soins afin d’avoir le traitement de la malnutrition aiguë sévère et modérée conjointement dans les mêmes localités.
  • Adaptation des approches et protocoles simplifiés de traitement de la malnutrition aiguë : dans les zones prioritaires d’urgence nutritionnelle ou à accès restreint, le Cluster Nutrition encourage l’utilisation de l’approche simplifiée de la prise en charge de la malnutrition aiguë. Cette approche inclut la rationalisation du traitement MAS/MAM, la formation du personnel sur les protocoles unifiés, et l’optimisation de l’utilisation des intrants nutritionnels. Ces adaptations visent à maintenir l’accès aux soins vitaux même en cas d’interruption partielle du paquet d’activités.

Le cluster nutrition a travaillé sur la définition d’un paquet minimum adapté et aussi sur une note d’orientation pour l’utilisation des approches d’adaptation de traitement de prise en charge de la malnutrition aiguë. Ces documents techniques seront vulgarisés et s'assureront d’une bonne connaissance du contenu par les partenaires afin de mieux répondre aux besoins même avec des ressources ou accès limités.

Objectif sectoriel 2

Dans le cadre de la prévention, 126 219 enfants de 6 à 23 mois et 169 137 femmes enceintes et allaitantes sont ciblées pour la supplémentation avec des aliments de compléments enrichis. Les activités de supplémentation couvriront 109 zones de santé et seront essentiellement couplées avec les interventions de distributions générales de vivres ciblant les ménages les plus vulnérables soit en phase 4 IPC sécurité alimentaire ou avec les populations déplacées.

Les interventions de la supplémentation avec les aliments spécialisés pour les enfants de 6 à 23 mois et les femmes enceintes et allaitantes (FEFA) contribueront à la prévention de la malnutrition, à renforcer l’apport nutritionnel dans les ménages les plus vulnérables dans les contextes de crise prolongée et d'insécurité alimentaire. Un accent particulier sera mis sur la surveillance nutritionnelle avec le dépistage actif de la malnutrition aiguë chez les enfants et les femmes enceintes et allaitantes lors de ces activités de distribution.

Un accent particulier sera mis sur le renforcement des capacités locales pour la promotion des alternatives locales avec les aliments locaux fortifiés pour renforcer la prévention. Le cluster va appuyer à une centralisation des dynamiques existantes et accompagner les partenaires à améliorer les recettes afin de les promouvoir dans les communautés. Un lien étroit sera recherché avec les acteurs du développement pour une meilleure approche Nexus humanitaire-développement-paix, afin d’assurer une réponse nutritionnelle cohérente, inclusive et durable surtout dans les zones non priorisées dans le plan de réponse.

Objectif sectoriel 3

Dans le cadre de la prévention, 666 611 femmes enceintes et allaitantes sont ciblées pour les activités de l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant en situation d’Urgence (ANJE-U). Les activités ANJE-U sont couplées avec les activités de traitement afin de prévenir les risques de malnutrition à travers les messages clefs, assurer la protection du nourrisson et du jeune enfant. La mise en place des plateformes comme les groupes de soutien ANJE au niveau des communautés sera nécessaire afin de renforcer les pratiques optimales à travers les démonstrations culinaires et le conseil/assistance pour les bonnes pratiques nutrition du nourrisson et du jeune enfant. Les partenaires seront engagés à promouvoir l’allaitement maternel exclusif, la diversification alimentaire, et l’utilisation d’aliments locaux riches en micronutriments à travers des interventions menées à la fois dans les structures de santé et au niveau communautaire. Les partenaires, ONG nationales et locales seront mises à contribution pour promouvoir ces interventions au niveau local.

La stratégie globale va s’articuler sur une meilleure intégration des différentes activités du secteur de la nutrition, dans la même localité afin de mettre le bénéficiaire au centre de l’intervention et dans un second temps une meilleure coordination avec les autres secteurs pour une meilleure intersectorialité pour la complémentarité et la synergie des interventions tels que la sécurité alimentaire, la santé, l’eau-hygiène et assainissement. Le cluster nutrition va poursuivre la dynamique d’échange avec les autres clusters pour la mise en application des orientations du manuel intersectoriel développé par les quatre clusters afin de répondre de manière holistique aux besoins des populations affectées. Dans ce cadre il s’agira avec, (i) le secteur de la santé, de s’assurer de la consultation médicale et traitement gratuit des autres pathologies chez le patient malnutri à chaque visite, ainsi que de la mise en œuvre des activités de promotion de la santé (vaccination, déparasitage, etc.) et de la gratuité des soins de santé maternelle (CPN, CPoN); (ii) avec le secteur de l’eau-hygiène-assainissement, de s’assurer la mise en œuvre du paquet minimum WASH in Nut au niveau des structures de santé et auprès des bénéficiaires; (iii) avec le secteur de la sécurité alimentaire, de veilleur à la mise en œuvre des activités d’assistance alimentaire, de l’agriculture sensible à la nutrition dans les zones d’interventions.

Pour un meilleur suivi de la situation nutritionnelle pour la prise de décision et orientation, le système de surveillance nutritionnelle sera renforcé avec les partenaires, par la mobilisation et coordination des partenaires à la conduite des enquêtes nutritionnelles SMART (rapide, zonale et/ou nationale), les dépistages de masse régulière dans les projets pour guider la planification et l’ajustement des interventions. Avec la réduction des financements, le cluster nutrition a initié en fin 2025, le renforcement des capacités des partenaires sur la méthodologie de dépistage communautaire (méthodologie, outils analyse de résultats) qui va faciliter la disponibilité et la qualité des données de dépistage des partenaires. L’accompagnement et le renforcement du SNSAP (Système de Nutrition, de Surveillance et d'Alerte Précoce) va se poursuivre à travers les partenaires et aussi la revue de la méthodologie dont le diagnostic est en cours par le cluster afin de le rendre plus sensible avec la revue des indicateurs, la décentralisation des sites sentinelles jusqu’au niveau communautaire. La continuité pour l’appui à la gestion des données et la centralisation va s’inscrire dans la stratégie de la réponse avec l’ensemble des partenaires pour l’appui au système de santé pour la collecte et l’analyse dans le DHIS2, source nationale de base de données.

3. RATIONAL POUR L’ESTIMATION DES COÛTS

Le budget de la réponse nutritionnelle se base sur les coûts unitaires d’activités de la réponse, version 2022, des lignes directrices du Cluster Nutrition, consensus avec l’ensemble des partenaires. Les coûts unitaires sont définis par type d’intervention comme suit :

ACTIVITES CLÉS

Cible

(# de personnes)

COÛT UNITAIRE EN 2026 ($)
Programmes Curatifs
Prise en charge de la Malnutrition Aiguë Sévère (MAS) 306 038$ 259,47
Prise en charge de la Malnutrition Aiguë Modérée (MAM) 412 693$ 28,09
Prise en charge de la malnutrition aiguë chez les FEFA 164 462$ 63,5
Prise en charge de la malnutrition aiguë PVVIH/TB 8 241$ 119
Programmes préventifs
Distribution d’aliments de complément enfants de 6 à 23 mois 126 219$ 38
Distribution d'aliments enrichis pour le FEFA 169 137$ 92
Alimentation du nourrisson et jeune enfant en urgence666 611$ 20

Le besoin de financement pour la réponse nutritionnelle dans le cadre du HNRP 2026 est estime à 136 millions USD contre 275 millions en 2025. Cette réduction drastique est une réduction considérable des zones retenues pour le HNRP 2026 afin de s’aligner avec le budget HNRP 2025 priorisé qui était estimé à 124 millions USD. Cependant le budget pour couvrir les besoins nutritionnels dans les 173 zones de santé en intersectorialité 3 plus est de 237 millions USD, montrant un besoin énorme de financement pour couvrir les besoins nutritionnels.

4. MÉTHODOLOGIE DE CIBLAGE

Dans la cadre de réponse humanitaire 2026, l’aperçu et l’analyse des besoins se base sur la méthodologie JIAF 2.0 conformément à l’harmonisation mondiale. A la suite de la définition des zones de santé pour la portée de l’analyse basée sur les chocs, le cluster a défini sa stratégie de priorisation et de ciblage. Les principaux chocs retenus sont (1) les conflits armés et/ou intercommunautaires, entraînant des personnes déplacées internes, (2) les épidémies, en particulier le choléra et (3) les chocs climatiques, tels que les inondations et les glissements de terrain. A cela, les zones de santé avec une sévérité nutritionnelle extrême (MAG >= 15%) ont été intégrées dans les zones de la portée de l’analyse.

La méthodologie de ciblage pour la planification annuelle de 2026 s’est basée sur l’un des deux scénarios d’approche existants au niveau global.

Scénario 1 : situation humanitaire dans laquelle la prévalence de la malnutrition aiguë globale chez les enfants de moins de cinq ans est ≥5% et où il existe la classification intégrée des phases de la malnutrition aiguë. Les résultats du phasage IPC malnutrition aiguë seront utilisés pour la sévérité sectorielle conformément aux recommandations sur les localités incluses dans la portée de l’analyse.

Scénario 2 : comme alternative dans les provinces ou les prévalences de la malnutrition aiguë globale (MAG) < 5% et que ces mêmes localités sont des zones de conflits et donc inclus dans la portée de l’analyse. La sévérité sectorielle va se baser sur la classification de la priorisation sectorielle du cluster utilisant d’autres indicateurs comme facteurs contributifs à la situation nutritionnelle dans les zones de santé.

En 2025, les résultats de l’analyse IPC malnutrition aigüe n’ont pu être disponible à temps, ainsi le cluster nutrition RDC disposant d'une méthodologie de priorisation sectorielle, les résultats de la priorisation de septembre 2025 ont été utilisés pour la sévérité sectorielle. Les zones de santé sont considérées comme prioritaires selon le score de sévérité sectorielle (SSS, de 1 à 5), lorsque celle-ci est égale ou supérieure à 3.

Pour l’identification des zones de santé prioritaires, l’analyse intersectorielle a permis de prioriser les zones de santé. Seules les zones de santé avec un score de sévérité intersectorielle supérieure ou égale à 3 (au moins 4 secteurs sur les 8 secteurs ayant un score sévérité sectoriel supérieur ou égal à 3) ont été retenues, parmi lesquels chaque secteur peut cibler ses zones en tenant compte a nouveau de sa sévérité sectorielle. Ainsi pour le ciblage des zones de la réponse, les zones de santé de la portée de l’analyse répondant aux critères suivants ont été prises en compte : (1) zone de santé avec score sévérité intersectorielle 3+ et sévérité sectorielle 3+ et une composante sur la capacite de réponse et aussi les sévérités sectoriels 4+ et intersectoriels ont primes pour le ciblage définitif.

Les cibles sont calculées selon la formule : Cible = PIN * % de couverture

Les différents types d'interventions impliquent différents pourcentages de ciblage. Pour déterminer les pourcentages de ciblage, le cluster a effectué une analyse historique afin d'évaluer le niveau de financement des plans antérieur et la situation de réduction de financement actuel.

Le Cluster a discuté lors d’une réunion de coordination avec les partenaires opérationnels, de la stratégie de réponse, des paramètres à utiliser pour le calcul des besoins et des différentes propositions de couverture. A cela d'autres facteurs (par exemple, les discussions au sein de l'Inter-Cluster national, les Lignes Directrices du Cluster Nutrition en RDC) dans la définition de la stratégie ont été pris en compte pour ajuster.

PIN

(dans les zones de santé portée analyse)

(# de personnes)

% Ciblage -

ZS avec sévérité intersectorielle 3+

Cible (dans les zones de santé ciblées)

(# de personnes)

MAS enfants de 0-59 mois542 43680%306 038
MAM enfants de 6 - 59 mois1 173 61350%412 693
MA Femme enceinte et femme allaitante599 61940%164 462
Malnutris PV-VIH12 77240%3 172
Malnutris PV-TB19 15840%5 069
BSFP Enfants 6 - 23 mois331 56640%126 219
BSFP FEFA444 31040%169 137
ANJE-U2 209 39840%666 611

La méthodologie de calcul du PIN n'a pas changé radicalement par rapport au 2025 pour la nutrition. Néanmoins quelques changements appliqués pour le HPC 2026 :

Conformément aux directives du Cluster Nutrition, la population d'enfants utilisée pour calculer le PIN pour les interventions MAS est les enfants de 0-59 mois et non 6-59 mois, comme en 2024 compte tenu de la prise en charge actuelle de toute cette tranche d’âge dans les nouvelles orientations de l’OMS 2023 et aussi la mise à échelle de l’approche MAMI spécifique aux enfants de moins 6 mois avec statut de malnutrition aiguë.

En 2026, le cluster nutrition a utilisé à nouveau le même facteur de correction de l’incidence de 2,6 pour la malnutrition aiguë chez les enfants pour le calcul du nombre de cas et 2,8 pour les zones en conflits. L'utilisation d'un indice de correction de la malnutrition aiguë chez les FEFA a été faite en 2023 , 2024 et 2025 du fait de la COVID-19. En consultant la littérature et la méthodologie des Cluster Nutrition des autres pays et selon les recommandations du Global cluster, il n’est pas opportun d’utiliser un facteur d’incidence pour la malnutrition aiguë chez les FEFA. Ainsi le calcul du PIN pour cette cible n’a pas pris en compte un facteur d’incidence en 2025.

En ce qui concerne le paquet de supplémentation aliments, en 2026 l’approche sera alignée sur les zones de la distribution générale des aliments ciblant les populations déplacées ou retournées et en phase 4 (IPC sécurité alimentaire).

Les activités de l’ANJE-U sont mises en œuvre dans les mêmes zones ou le paquet du traitement MAS et MAM est mis en place.

Ces ajustements visent à optimiser l’utilisation des ressources disponibles tout en garantissant une réponse équitable et efficace aux besoins nutritionnels en RDC.

5. PROMOTION D’UNE PROGRAMMATION DE QUALITÉ ET INCLUSIVE

La réponse nutritionnelle qualité, l’inclusion et la redevabilité sont au centre de sa stratégie, conformément aux engagements de l'Équipe Humanitaire Pays (EHP) et aux priorités transversales du système humanitaire.

Dans un contexte marqué par la poursuite du conflit dans l’Est du pays, les déplacements massifs, les retours forcés et la réduction de l'accès humanitaire, le Cluster veillera à ce que la réponse nutritionnelle demeure sûre, inclusive et respectueuse des droits humains.

Toutes les interventions nutritionnelles intègrent les dimensions genre, protection, inclusion du handicap, prévention du VIH, ainsi que la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre (VBG) et à la Protection contre l’Exploitation et les Abus Sexuels (PSEA).

Les partenaires seront accompagnés pour appliquer ces principes à toutes les étapes du cycle du projet conception, mise en œuvre et suivi-évaluation afin d’assurer une prise en charge équitable et adaptée aux besoins spécifiques des femmes, hommes, filles et garçons.

Le Cluster Nutrition garantira que toutes les données collectées soient désagrégées par âge sexe et handicap, pour permettre une meilleure analyse des vulnérabilités et une planification plus ciblée.

Les infrastructures nutritionnelles seront progressivement rendues accessibles aux personnes vivant avec un handicap, pour permettre une meilleure analyse des vulnérabilités et une planification plus ciblée.

La protection et la dignité des bénéficiaires resteront prioritaires. Le cluster soutiendra la mise en place d’espaces sûrs pour les femmes et les enfants dans les sites de soins nutritionnels, ainsi que des cliniques mobiles et stratégies avancées pour atteindre les populations isolées.

Les partenaires opérationnels devront suivre des formations obligatoires sur la PSEA et le genre, adopter un code de conduite conforme aux standards internationaux, et garantir l’existence de mécanisme confidentiels de signalement pour protéger les survivants et survivantes.

Dans le cadre de la redevabilité envers les populations affectées (AAP), le Cluster Nutrition renforcera les mécanismes de retour d’information et de plaintes boîtes à suggestions, lignes téléphoniques, plateformes numériques et veillera à leur accessibilité, notamment dans les zones à faible couverture de réseau ou sous contrôle non gouvernemental.

Les partenaires devront assurer une communication proactive et adaptée sur les droits, les critères d'éligibilité et les services disponibles, en langues locales, afin de favoriser la participation communautaire et la confiance.

Le Cluster poursuivra la coordination avec le secteur santé pour le suivi nutritionnel des personnes vivant avec les VIH et la tuberculose, et accompagnera les efforts de localisation et d'intégration de la nutrition dans le système national de santé.

Ces principes de qualité, d’inclusion, de protection et de redevabilité guideront l’ensemble de la réponse nutritionnelle en 2026, garantissant des interventions centrées sur les droits, inclusives, durables et alignées sur l’approche nexus humanitaire-développement-paix.

6. PLAIDOYER POR UN RENFORCEMENT DES ACTIONS DE DÉVELOPPEMENT

Le Cluster Nutrition souligne l’importance d’un partenariat renforcé entre les acteurs humanitaires, de développement et de paix pour garantir une réponse durable à la malnutrition en République Démocratique du Congo. Alors que les interventions humanitaires demeurent indispensables pour sauver des vies dans un contexte de conflit prolongé et d'accès humanitaire restreint, elles doivent impérativement s’inscrire dans une transition planifiée vers des actions de développement s’attaquant aux causes structurelles de la malnutrition.

Le Cluster encourage une planification conjointe et séquencée avec les acteurs du développement, notamment à travers le Plan National Multisectoriel de Nutrition, afin d’assurer la complémentarité des interventions dans les zones à forte insécurité alimentaire et nutritionnelle. Cette collaboration permettra de renforcer le lien entre l’urgence et la résilience et de garantir une couverture continue des services essentiels.

Les programmes de développement et de consolidation de la paix devraient inclure :

  • La réhabilitation et l'équipement des structures de santé, ainsi que la formation continue du personnel pour intégrer la prise en charge de la malnutrition aiguë dans le système de santé national ;
  • Le développement de chaînes d’approvisionnement locales et durables pour les intrants nutritionnels afin de réduire la dépendance aux importations et d'améliorer la disponibilité en situation de crise ;
  • L’investissement dans les programmes multisectoriels reliant la sécurité alimentaire, l’agriculture sensible à la nutrition, la santé, l'éducation et le WASH, en ciblant les zones les plus fragiles et les populations déplacées ou retournées ;
  • Le soutien au développement local et communautaire, notamment par la promotion de la transformation alimentaire locale, la valorisation des produits nutritifs locaux et la diversification des moyens d'existence ;
  • Le renforcement de la gouvernance nutritionnelle, par l’appui au PRONANUT, aux autorités provinciales et aux structures décentralisées pour une meilleure coordination des politiques de nutrition et de sécurité alimentaire.

Ces actions de développement permettront de consolider les acquis de la réponse humanitaire, de réduire la dépendance à l’aide d'urgence et de renforcer la résilience des ménages, des systèmes et des institutions locales face aux chocs futurs qu’ils soient liés aux conflits, aux changements climatiques ou aux crises économiques.

Ainsi, le Nexus humanitaire développement paix restera un levier central pour une RDC plus résiliente, capable de prévenir durablement la malnutrition sous toutes ses formes.

Objectifs sectoriels de réponse

OS1 : Sauver des vies et alléger les souffrances des personnes touchées par des chocs récurrents liés notamment aux conflits, aux catastrophes naturelles et épidémies, à travers d’une assistance multisectorielle sûre, équitable, inclusive et fondée sur des principes humanitaires.

Objectif sectoriel 1.1 :

Assurer un accès rapide et équitable aux services nutritionnels vitaux pour la détection précoce et le traitement de la malnutrition aiguë chez 718 731 enfants de moins de cinq ans et 164 462 femmes enceintes et allaitantes, 8 241 personnes avec VIH sous ARV et tuberculose dans les zones de crise prioritaires.

Objectif sectoriel 1.2 :

Fournir une assistance nutritionnelle vitale, y compris une alimentation supplémentaire d’urgence, à 126 219 enfants de 6 -23 mois et 169 137 femmes enceintes et allaitantes confrontées à une insécurité alimentaire sévère ou à la malnutrition aiguë lors de crises soudaines ou prolongées.

Objectif sectoriel 1.3 :

Protéger l’état nutritionnel des populations les plus vulnérables en promouvant des pratiques optimales d’alimentation du nourrisson, du jeune enfant et de la mère auprès de 666 611 femmes enceintes allaitantes pendant les crises soudaines ou prolongées.

Nutrition figures