Democratic Republic of the Congo

Personnes ciblées
2.5M
Personnes prioritaires
1.7M
Besoins financiers (US$)
105.3M
Requis prioritaires (US$)
67.5M

sévérité santé

PIN&Cible Santé

Résumé des besoins

La situation sanitaire en République démocratique du Congo en 2025 demeure complexe et préoccupante, marquée par des déplacements massifs, une détérioration avancée des infrastructures de santé, une multiplication des flambées épidémiques et des attaques répétées contre les structures de santé. Cette dynamique a profondément compromis l’accès aux soins essentiels pour des millions de personnes. Selon l’analyse du Cluster Santé pour le cycle de programmation humanitaire 2026, 9,74 millions de personnes sont en besoin d’assistance en soins de santé vitale. Pour l’analyse des besoins en santé de 2026, en considérant la convergence des besoins des autres secteurs, près de 7,5 millions de personnes ont besoin d’une assistance sanitaire vitale, dont 3,3 millions de déplacés et retournés, 4,2 millions de personnes hôtes vulnérables, 1,5 million d’enfants de moins de 5 ans, 100 000 femmes enceintes et allaitantes, 1,1 million de personnes vivant avec un handicap, 500 000 personnes exposées à la violence, et 27 000 personnes vivant avec le VIH qui doivent impérativement poursuivre leur traitement dans les zones touchées. Ces chiffres sont en baisse par rapport à 2025, non pas en raison d’une amélioration du contexte, mais du fait d’une réduction du scope d’analyse et d’une priorisation plus stricte des besoins pour 2026. Ces chiffres montrent une désintégration locale du système de santé, où les populations sont privées de la majorité des services vitaux.

Malgré la présence de plus de 70 partenaires, la capacité de réponse est restée très en deçà de l’ampleur des besoins en 2025. Les données consolidées au 30 septembre 2025 montrent que les 4.6 millions de personnes assistées par les partenaires n’ont reçu qu’une partie du paquet minimum de soins, en raison des financements insuffisants, des ruptures d’intrants, des contraintes logistiques, de l’insécurité persistante et des capacités limitées des structures de santé dans les zones de crise.

Dans les provinces de l’Est Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Tanganyika, et Maniema ainsi que dans les crises du Kwango, Kwilu, Maï-Ndombe et Tshopo, l’accès aux soins de santé primaires et secondaires est extrêmement limité. Les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes et les personnes âgées sont confrontés à des coûts prohibitifs, à l’absence de mécanismes d’exemption, à des distances trop longues vers les structures fonctionnelles, la faible qualité des soins et à l’absence de systèmes de référence/évacuation en raison du manque d’ambulances et de routes sécurisées. De nombreuses structures ont été abandonnées, détruites ou pillées, tandis que d’autres fonctionnent sans médicaments essentiels, sans équipements et avec un personnel réduit, souvent non rémunéré.

Les services de santé sexuelle et reproductive sont gravement compromis. L’accès aux consultations prénatales demeure limité, les accouchements assistés sont difficiles d’accès dans de nombreuses zones rurales, et les capacités de réaliser des césariennes sont réduites par le manque d’anesthésistes, de blocs opératoires fonctionnels et d’intrants obstétricaux. Les violences sexuelles constituent une urgence majeure : de nombreuses zones enregistrent des niveaux extrêmement élevés de viols et autres formes de VBG, en particulier dans les zones de déplacement et de conflit. La disponibilité des kits post-viol (PEP, contraception d’urgence, antibiotiques, soutien psychosocial) est insuffisante, avec des ruptures fréquentes qui compromettent la prise en charge dans les 72 heures. Les survivantes font face à une stigmatisation accrue, un accès limité aux soins spécialisés et une absence de services MHPSS adaptés.

Les ruptures de médicaments et d’intrants médicaux constituent l’une des fragilités les plus critiques du système. Les structures manquent régulièrement d’antibiotiques, d’antipaludéens, de fluides IV, d’anti-inflammatoires, de consommables stériles mais aussi de kits d’urgence (IEHK, trauma, choléra) et d’intrants nutritionnels indispensables à la prise en charge des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère avec complications. Les difficultés d’acheminement liées à l’insécurité, à l’état des routes et à la fermeture de certains corridors logistiques aggravent ces pénuries.

L’année 2025 a été marquée par des épidémies d’une ampleur exceptionnelle. À la semaine épidémiologique 45, la RDC a notifié 1 115 cas suspects de choléra et 22 décès en une seule semaine. Les provinces endémiques ont cumulé 39 165 cas et 479 décès depuis le début de l’année, tandis que les provinces non endémiques ont rapporté 24 589 cas et 1 402 décès, reflétant une létalité plus élevée dans les zones nouvellement touchées. Au cours des quatre dernières semaines, 70 % des cas provenaient du Sud-Kivu, du Tanganyika, du Nord-Kivu, du Haut-Lomami et du Sankuru. La forte proportion de cas présentant une déshydratation sévère, estimée à 43 %, indique un délai d’accès trop important aux soins et un manque de capacités d’hospitalisation, de réhydratation et de prise en charge dans les zones touchées.

À cette pression s’ajoute une circulation soutenue du Mpox, avec 45 613 patients testés entre S1 et S45 2025, dont 21 213 cas confirmés, soit un taux de positivité extrêmement élevé de 46,5 %. Malgré une tendance générale à la baisse des cas confirmés, la positivité demeure élevée et traduit une transmission communautaire active. Les provinces ayant enregistré le plus grand nombre de notifications au cours des six dernières semaines sont le Sankuru, le Sud-Kivu et le Nord-Kivu, des zones où la conjonction entre insécurité, déplacement et faible capacité opérationnelle continue d’alimenter la persistance de la maladie.

À cela s’ajoutent des flambées persistantes de rougeole, Ebola (Bulapé) et la menace récurrente d’Ebola. La faiblesse des couvertures vaccinales dans plusieurs zones humanitaires parfois inférieures à 40 % expose les populations à des résurgences régulières.

La sécurité des soins est également menacée. Le système de surveillance des attques contre les soins de santé de l’OMS a documenté 109 attaques contre les soins de santé en 2025, incluant des intrusions armées, des pillages, le meurtre de personnel, la destruction d’ambulances et des interruptions forcées de services. Ces attaques compromettent directement la continuité des interventions vitales et accentuent la vulnérabilité des populations affectées.

La continuité de prise en charge des maladies chroniques et infectieuses est gravement perturbée. Plus de 27 000 personnes vivant avec le VIH dans les zones humanitaires risquent une interruption de traitement. Les personnes souffrant de tuberculose, d’hypertension, de diabète ou de maladies cardiovasculaires n’ont souvent plus accès aux médicaments essentiels, entraînant une mortalité évitable élevée.

À ces vulnérabilités s’ajoute une détresse psychosociale généralisée. Les conflits prolongés, les violences extrêmes, les déplacements massifs, la promiscuité dans les sites, les pertes répétées et les épidémies successives ont provoqué des niveaux critiques de stress, d’anxiété, de troubles du sommeil, de plaintes somatiques et de retrait social. Les femmes, les enfants, les ménages sans ressources et les personnes vivant avec des troubles préexistants sont particulièrement affectés. Or, le système de santé mentale de la RDC reste extrêmement limité, avec environ 0,01 psychologue pour 100 000 habitants, des ruptures fréquentes de psychotropes et un DHIS2 encore peu opérationnel pour la santé mentale, rendant invisibles de nombreux besoins non couverts.

2. STRATÉGIE DE RÉPONSE

La stratégie de réponse du Cluster Santé pour 2026 repose sur une approche intégrée visant à sauver des vies, réduire la mortalité évitable et rétablir l’accès équitable aux services de santé vitaux dans un contexte de crise prolongée. Elle cible 2,5 millions de personnes, dont 1,7 million vivant dans des conditions de privations extrêmes de plusieurs services de santé vitaux, en donnant la priorité aux déplacés, aux enfants de moins de cinq ans, aux femmes enceintes, aux personnes handicapées, aux survivantes de violences sexuelles aux personnes vivantes avec VIH et d’autres maladies chroniques et aux personnes à risque élevé de violence. Pour ces groupes, toutes les activités essentielles du paquet de réponse seront déployées.

La stratégie répond aux objectifs sectoriels visant à assurer un accès immédiat et équitable aux soins vitaux, incluant la santé maternelle, reproductive, néonatale, infantile et adolescente, ainsi que la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère avec complications. Elle renforce l’accès aux services de santé mentale, aux soins des blessés et à la prise en charge des violences sexuelles (PEP VIH, contraception d’urgence, traitement IST), tout en garantissant la qualité et l’inclusivité des interventions. Elle prévoit également le déploiement rapide des réponses aux épidémies rougeole, choléra, Mpox afin de réduire la surmortalité en contexte humanitaire.

Pour la première fois, la stratégie du cluster intègre pleinement la prise en charge du VIH et des conditions chroniques dans la réponse humanitaire, garantissant la continuité du traitement pour les 27 000 patients vivant en zones de crise. Les services liés au VIH dépistage, ARV, prise en charge des co-infections, prévention mère-enfant seront intégrés dans les structures de santé existantes et dans les interventions d’urgence, y compris lors des cliniques mobiles lorsque nécessaire.

L’innovation majeure de 2026 repose sur le renforcement de la logistique médicale, testé au Nord-Kivu et qui sera désormais étendu : mise en place d’une plateforme numérique de suivi des capacités logistiques des partenaires, optimisation du circuit d’approvisionnement, soutien direct aux DPS pour améliorer la réception, le stockage et la distribution des intrants. Cette innovation vise à réduire les ruptures critiques, notamment pour les médicaments essentiels, les kits post-viol, les ARV, les intrants nutritionnels et les kits d'urgence.

La stratégie renforce également les capacités du système de santé à prévenir, détecter et répondre aux crises, tout en soutenant la relance des programmes de santé publique en particulier la vaccination de routine, la santé communautaire et les activités de résilience. Les interventions d'urgence seront prioritairement intégrées dans les structures de santé, et les cliniques mobiles ne seront utilisées qu'en dernier recours lorsque l’accès ou la disponibilité des services existants est impossible.

Un accent stratégique est mis sur le partenariat renforcé avec l’INSP/COUSP, structure nationale responsable de la gestion des crises sanitaires. Le cluster alignera priorités, planification, interventions et suivi sur les orientations nationales, afin d’assurer une réponse cohérente, harmonisée et conforme aux plans opérationnels du pays. Cette collaboration renforcera les systèmes d’alerte, la surveillance, les investigations rapides et l’efficacité globale de la réponse.

La stratégie reste fondée sur les principes de genre, de redevabilité envers les populations assistées, de prévention de l’exploitation et des abus sexuels (PSEA), de ne pas nuire et de localisation, en renforçant le rôle des structures sanitaires locales et des ONG nationales. Une planification conjointe avec les clusters Nutrition, WASH, Protection, Abris et Logistique renforcera la cohérence intersectorielle et la transition vers la résilience dans les zones stabilisées.

Le budget requis est de 105 millions USD, dont 67 millions dédiés aux populations les plus exposées aux privations extrêmes.

3. RATIONAL POUR L’ESTIMATION DES COÛTS

La planification financière du Cluster Santé pour 2026 repose sur une approche méthodologique rigoureuse visant à aligner la réponse humanitaire sur l’ampleur réelle des besoins, sur le ciblage intersectoriel fondé sur la sévérité, et sur la nécessité d’intégrer des éléments structurants du système de santé. Le coût unitaire moyen par personne ciblée passe ainsi de 33 USD en 2025 à 36 USD en 2026. Cette augmentation modérée est rationnelle et s’explique par l’intégration des actions relevant de l’Objectif stratégique 2, qui inclut désormais le renforcement des systèmes de santé et des mécanismes communautaires, deux composantes essentielles pour maintenir la qualité et la continuité des services dans des zones où les infrastructures ont été sévèrement dégradées et où les partenaires sont confrontés à des contraintes opérationnelles accrues.

L’analyse des coûts par activité montre une évolution cohérente avec cette nouvelle orientation stratégique. L’accès aux soins essentiels, couvrant les soins primaires, secondaires, les services de santé reproductive et la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère avec complications, voit son coût passer de 33 à 36 USD, reflétant le renchérissement des intrants médicaux et la nécessité d’appuyer davantage les ressources humaines dans les zones de crise. Les activités liées aux violences sexuelles, à la santé mentale et à la prise en charge des blessés présentent également une augmentation de 105 à 121 USD par personne, car la disponibilité continue des kits post-viol, le renforcement de la prise en charge clinique du viol, l’intégration du soutien psychosocial de base et l’amélioration des circuits de référencement exigent une capacité opérationnelle plus solide.

À l’inverse, le coût unitaire de la riposte aux épidémies connaît une diminution substantielle, passant de 130 USD en 2025 à 26 USD en 2026. Cette baisse s’explique par la diminution drastique des couts de pec de la Mpox qui était liés aux vaccins Mpox, la décentralisation des laboratoires et par un recentrage structurel de la stratégie : en 2025, le cluster assumait encore une partie des coûts des campagnes réactives de vaccination contre la rougeole, le choléra et la Mpox. En 2026, ces interventions sont pleinement transférées aux programmes nationaux spécialisés et au PEV, permettant une meilleure complémentarité et une réduction des doublons. Le coût 2026 couvre donc uniquement la détection rapide, les investigations, la prise en charge clinique et la mise en place des unités de traitement, ce qui diminue logiquement la dépense.

La principale nouveauté financière de 2026 réside dans l’introduction d’un coût dédié à la continuité des services essentiels pour les conditions chroniques, notamment le VIH, la tuberculose et les maladies cardiovasculaires, pour un montant moyen de 166 USD par service. C’est la première fois que le cluster intègre pleinement le VIH dans la réponse humanitaire, incluant les ARV, les tests rapides, le suivi biologique, le transport d’échantillons et la prise en charge des co-infections. Cette intégration répond à un besoin critique, car plus de 27 000 personnes vivant avec le VIH dans les zones humanitaires risquent une interruption de traitement.

Autre innovation majeure, le renforcement des systèmes de santé laboratoires, surveillance épidémiologique, gestion des urgences, DHIS2, capacités des DPS, formation du personnel représente désormais un poste à part entière, estimé à 571 USD par service. Ce montant reflète l’ambition stratégique d’aller au-delà de la simple réponse humanitaire ponctuelle pour créer les préconditions d’une relance durable des services et d’une meilleure préparation aux épidémies. Il s’agit également d’une transition nécessaire vers des modèles d’intervention plus intégrés, où les cliniques mobiles deviennent l’exception plutôt que la règle, et où la réponse est prioritairement ancrée dans les structures de santé existantes.

Dans ce contexte, la priorisation extrême retenue en 2026 est réaliste et cohérente avec la dynamique actuelle des financements et les capacités opérationnelles des partenaires. Elle permet d’assurer que les ressources disponibles seront dirigées vers les populations vivant dans des conditions de privations extrêmes de services vitaux, conformément au ciblage intersectoriel de sévérité 3 et 4, et en donnant une priorité opérationnelle absolue à la sévérité 4. Enfin, la complémentarité renforcée avec les programmes nationaux de vaccination permettra de garantir l’alignement des campagnes réactives avec les priorités du PEV, assurant une continuité entre les interventions d’urgence et les actions de la routine.

Cette approche intégrée, rationnelle et ambitieuse permet au Cluster Santé de proposer pour 2026 une stratégie financière responsable, techniquement justifiée et alignée à la fois sur les priorités humanitaires, les objectifs sectoriels et les priorités nationales de santé publique.

4. MÉTHODOLOGIE DE CIBLAGE

À l’instar des autres clusters, la méthodologie de ciblage du Cluster Santé pour 2026 repose sur la sévérité sectorielle et intersectorielle. Les interventions sont concentrées dans les zones de santé classées en sévérité 3 et 4, ces dernières caractérisées par des privations extrêmes de plusieurs services de santé vitaux constituant les cibles priorisées, auxquelles l'ensemble des activités essentielles de réponse est systématiquement déployé.

Par rapport à 2025, la méthodologie 2026 opère un ajustement majeur : une priorisation plus stricte et plus réaliste, rendue nécessaire par la dynamique actuelle des financements, les contraintes opérationnelles persistantes et les capacités limitées de nombreux partenaires. Ainsi, seuls 50 % des besoins en soins de santé primaires et secondaires sont ciblés en 2026, contre 70 % en 2025. Les besoins en soins primaires sont calculés en couvrant 98 % des personnes déplacées et retournées, ainsi que 10 % des familles hôtes extrêmement vulnérables, reflétant leur exposition disproportionnée aux risques sanitaires.

  • Pour la santé maternelle, 50 % des besoins en consultations prénatales et 30 % des besoins en accouchements assistés sont ciblés, en raison des déficits en personnel spécialisé, des URO peu fonctionnelles et des défis d’accès.
  • Pour la malnutrition aiguë sévère, il est estimé que 5 % des enfants MAS développent des complications médicales, et le Cluster décide de cibler 100 % de ces cas, car l’absence de traitement conduit au décès.
  • Pour les blessés de guerre, 50 % des besoins sont retenus.
  • En santé mentale, le ciblage passe de 100 % en 2025 à 50 % en 2026, reflétant une transition progressive vers l’intégration mhGAP dans les structures.
  • Pour les cas de viols, 70 % des besoins sont ciblés.
  • Pour les épidémies, 100 % des besoins en choléra et rougeole sont ciblés, tandis que pour la Mpox, seuls 50 % sont retenus, la maladie étant en cours d’intégration dans la routine.

Concernant la vaccination réactive, elle n’est plus ciblée directement par le Cluster en 2026, mais un effort important de synergie sera mis en place avec les programmes nationaux de vaccination de routine et les programmes verticaux, afin d’assurer une complémentarité opérationnelle lors des flambées.

Ciblage par groupes de population

Le ciblage 2026 reflète les vulnérabilités différenciées :

  • Déplacés et retournés : 3,3M en besoin, 1,9M ciblés, 1,2M priorisés.
  • Familles hôtes : 4,2M en besoin, 0,6M ciblés, 0,5M priorisés.
  • Enfants <5 ans : 1,5M en besoin, 0,5M ciblés, 0,3M priorisés.
  • Femmes enceintes/allaitantes : 100 000 en besoin, 48 000 ciblées, 33 000 priorisées.
  • Personnes handicapées : 1,1M en besoin, 0,4M ciblées, 0,3M priorisées.
  • Personnes à risque de violence : 500 000 en besoin, 200 000 ciblées, 100 000 priorisées.
  • Personnes vivant avec le VIH/maladies chroniques : 27 000 en besoin, 100 % ciblées, 19 000 priorisées pour la continuité du traitement.

5. PROMOTION D’UNE PROGRAMMATION DE QUALITÉ ET INCLUSIVE

Le Cluster Santé veillera à ce que chaque intervention respecte pleinement les priorités transversales de l’EHP. La redevabilité envers les populations affectées sera renforcée par la création de comités communautaires au sein des structures de santé, incluant femmes, jeunes, personnes handicapées et leaders communautaires. Des consultations régulières seront organisées avant le déploiement des cliniques mobiles afin d’adapter les jours, les horaires et les lieux d’intervention en fonction des contraintes locales (ex. éviter les jours de marchés ou de mouvements de groupes armés). Une information claire sur la gratuité des soins sera diffusée via radios communautaires, affiches, mégaphones et relais communautaires. Les retours reçus par exemple, la demande d’avoir davantage de prestataires féminines pour les consultations de SSR seront intégrés dans la planification opérationnelle mensuelle du cluster.

La protection transversale sera opérationnalisée par des analyses rapides de risques dans chaque zone d’intervention, permettant d’adapter les circuits de soins, de sécuriser les zones d’attente, de créer des espaces confidentiels pour les consultations VIH/SSR, et de prioriser les structures situées dans des zones où la présence de groupes armés réduit l’accès aux soins.

L’intégration du genre guidera le déploiement prioritaire des services de santé maternelle et l’approvisionnement continu en kits de santé reproductive. Les interventions VBG incluront la préposition des kits post-viol, la formation du personnel à la prise en charge clinique des viols, la mise en place de circuits sécurisés pour les survivantes, et un référencement bidirectionnel avec le cluster Protection et les acteurs MHPSS.

La PSEA sera garantie via des mécanismes de plainte confidentiels adaptés aux femmes, jeunes filles et adolescentes, et par la formation obligatoire de tous les prestataires soutenus par le cluster. Les personnes handicapées bénéficieront de petites adaptations structurelles (rampes, signalétique, accompagnement communautaire) et d’un accès prioritaire aux services essentiels.

Le VIH sera pleinement intégré dans la réponse humanitaire par la continuité des ARV, l’accès au dépistage, la prise en charge des co-infections, et la possibilité d’intégrer ces services dans les cliniques mobiles en cas d'impossibilité d'utiliser les structures existantes. Le cluster encouragera également l’usage de mini-chaînes d’approvisionnement d’urgence pour éviter les ruptures d’ARV dans les zones d’accès limité.

6. PLAIDOYER POUR UN RENFORCEMENT DES ACTIONS DE DÉVELOPPEMENT

La réponse humanitaire ne peut, à elle seule, restaurer durablement l’accès aux services de santé vitaux dans un pays où les infrastructures sont dégradées, les ressources humaines insuffisantes, la gouvernance fragile et les besoins chroniques persistants. Le défi est encore plus aigu dans les zones humanitaires d’accès difficile, constamment exposées aux violences, à l’instabilité, aux déplacements massifs et aux épidémies répétées, où les systèmes de santé sont en collapsus par endroit, comme c’est le cas à Bulapé (Kasaï), dans le Tanganyika, en Ituri, au Nord-Kivu et dans plusieurs zones du Kwango ou de la Tshopo. Dans ces environnements précaires, les populations survivent avec un accès minimal voire nul aux services essentiels. Le Cluster Santé plaide ainsi pour un engagement accru, coordonné et durable des acteurs du développement et de la paix, afin de combler les défaillances structurelles du système de santé là où elles sont les plus critiques.

Les investissements doivent prioritairement renforcer la réhabilitation et la modernisation des infrastructures de santé, l’accès à l’eau, à l’énergie, à la chaîne du froid, ainsi que l’équipement biomédical permettant aux structures de fournir des soins de qualité, y compris en chirurgie obstétricale, en urgences, en pédiatrie et en prise en charge des maladies chroniques. Le renforcement massif des ressources humaines en santé est central : formation pré-service, déploiement dans les zones reculées, incitations, suivi de carrière, ainsi que des équipes mobiles de soutien technique pour appuyer les structures en crise.

Le déploiement d’un système de santé communautaire fonctionnel, même en contexte humanitaire, est indispensable. Il doit garantir la surveillance communautaire, les premiers secours, la prévention, la santé mentale de base, la référence sécurisée, et l’accompagnement des patients chroniques et des survivantes de violences sexuelles. Sans une communauté structurée, aucune stabilisation durable n’est possible.

Le développement doit aussi consolider la gouvernance de la santé : leadership, planification, gestion des ressources, contrôle de qualité, transparence. La décentralisation effective de la prise de décision vers les DPS, BCZ et structures locales est essentielle pour renforcer leur autonomie opérationnelle. Cette autonomie doit s’exercer en toute transparence et avec une redevabilité claire envers le ministère de la Santé national, afin de garantir l’alignement national, l’efficacité et la cohérence du système.

Les acteurs du développement doivent soutenir la modernisation du système d’approvisionnement pharmaceutique : centrales, hubs logistiques, entrepôts, systèmes numériques, transport sécurisé. Ces efforts visent à réduire les ruptures chroniques en médicaments essentiels, kits d’urgence, intrants nutritionnels, psychotropes et ARV qui paralysent aujourd’hui les zones les plus isolées.

Le plaidoyer insiste également sur la nécessité pour les bailleurs du développement d’identifier explicitement leurs interventions dans les zones humanitaires, afin d’assurer une cohérence stratégique avec l’action humanitaire et les intervenants de paix. Une stratégie conjointe Humanitaire-Développement-Paix est indispensable pour stabiliser les zones fragiles, réduire les besoins récurrents et préparer une transition véritable vers la résilience.

Concernant le choléra, il est impératif que les bailleurs financent pleinement le Plan multisectoriel d’élimination du choléra en RDC, particulièrement dans les zones humanitaires endémiques et hyperendémiques où l’absence d’eau potable, de latrines fonctionnelles et de surveillance communautaire entraîne des flambées interminables.

Enfin, ce plaidoyer souligne la nécessité d’un engagement financier accru du gouvernement, notamment pour soutenir les salaires du personnel, l’approvisionnement en intrants, le Programme Élargi de Vaccination, les programmes verticaux et le fonctionnement opérationnel des structures dans les zones les plus fragiles.

L’ensemble de ces interventions vise à transformer progressivement la réponse humanitaire en un socle durable de résilience, ancré dans les priorités nationales, capable d’accompagner le pays vers une stabilité sanitaire à moyen et long terme, et surtout de réduire la dépendance chronique à l’urgence dans les zones les plus touchées.

Objectifs sectoriels de réponse

OS1 : Sauver des vies et alléger les souffrances des personnes touchées par des chocs récurrents liés notamment aux conflits, aux catastrophes naturelles et épidémies, à travers d’une assistance médico chirurgicale d’urgence sûre, équitable, inclusive et fondée sur des principes humanitaires.
Objectif sectoriel 1.1 : Assurer un accès immédiat et équitable aux soins de santé vitaux (primaires et secondaires), incluant la santé maternelle, reproductive, néonatale, infantile et adolescente, ainsi que la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère avec complications.
Objectif sectoriel 1.2 : Renforcer l’accès aux services de santé mentale, à la prise en charge des blessés et aux soins post‑viol (PEP VIH, contraception d’urgence, traitement IST), en garantissant la qualité et l’inclusivité des interventions.
Objectif sectoriel 1.3 :Déployer une réponse rapide et efficace aux flambées épidémiques (rougeole, choléra, Mpox), afin de réduire la sur‑morbidité et la surmortalité en contexte de crise humanitaire et sanitaire.
OS2 : Améliorer l’accès sûr, équitable et digne aux services de santé de qualité des personnes affectées par les chocs récurrents, selon les droits fondamentaux et les standards, afin d'éviter une érosion accrue de leurs capacités d'adaptation.
Objectif sectoriel 2.1 :Garantir la continuité et la qualité du paquet minimum de services essentiels (PMSE) ainsi que la poursuite de la prise en charge des conditions chroniques (VIH, tuberculose, maladies cardiovasculaires) en contexte humanitaire.
Objectif sectoriel 2.2 :Accroître durablement les capacités du système de santé à se préparer, à prévenir, détecter et répondre rapidement aux épidémies et aux urgences humanitaires.
Objectif sectoriel 2.3 :Promouvoir la relance des programmes de santé publique et la résilience communautaire (vaccination de routine, santé communautaire) tout en renforçant la participation communautaire et la cohésion sociale pour consolider la résilience post-crise.
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